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Spécial web - La Cité Il est temps, il est grand temps... par Maurice Moissonnier |
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En avril 1978, j'ai signé le texte destiné à la publication dans l'Humanité après en avoir discuté avec Althusser, Labica, Balibar, etc. pour demander l'ouverture d'une discussion. Le refus de publication entraîna sa publication dans le Monde, ce qui, en ce temps-là, était une faute impardonnable ! Tardivement, le 9 et 10 décembre, cette discussion s'ouvrit... sans lendemains. Les « coupables » purent y parler. J'avais préparé un texte qui ne fut pas prononcé faute de temps mais qui fut envoyé à « Fabien ». On peut vérifier (ouverture d'une discussion ? François Maspero 1979, pp. 37 à 45). J'y reprenais ce que je disais, en conclusion d'un débat très tendu, le 31 mars 1978 : « Les autres formations de gauche donnent le spectacle de coteries dirigeantes cramponnées à leurs prérogatives et délibérant à huis clos. Nous pouvons montrer que ce n'est pas le cas chez nous et que nous sommes un parti de masse démocratique et hardi dans sa réflexion. Pour cela, il faut prendre l'initiative de débats larges, ouverts, fondés sur la circulation de l'information complète des militants, sur l'encouragement à la circulation des idées, sur la totale liberté de discussion, sur la confrontation réelle. Nous avons l'occasion de transformer nos difficultés actuelles en un moment historique de mutation du parti dans le sens indiqué au XXIIe Congrès. Nous pouvons, si nous en avons le courage, créer cette situation nouvelle » (pp. 37-38). « Or et c'est là que se pose le problème de la communication dans le parti, évoqué au début de cette intervention, tout de suite on a personnalisé le débat. Exprimer un avis conforme en tous points avec un projet de résolution, proposer un complément devenait une démarche d'opposition ; on devient alors un adversaire du XXIIe Congrès, adversaire subissant sans doute la pression de la bourgeoisie » (p. 45). Et je concluais : « C'est un effort de longue haleine que nous avons, les uns et les autres, à mener. Long parce qu'il porte sur une évolution des comportements et des habitudes de pensée. Il doit être accompli avec ténacité si l'on veut que le parti profite de la réflexion de chacun ». La déception ne fut que plus grande. Après la parution du texte d'Althusser, « ce qui doit changer dans le PC », et l'aigrissement des rapports lié à des flots de textes signés et envoyés à la direction, en même temps, pour la plupart, que publiés, ce fut, dans la préparation du XXIIIe Congrès, le retour à la « forteresse assiégée » sous l'accusation d'une offensive lancée par un groupe qui « voulait s'emparer de la direction du parti » ! Gardons raison : ce ne fut pas les procès de Moscou, mais, à certains moments, ça en prenait l'aspect. Je vous joins une photocopie de textes précis relatifs à la préparation du XXIIIe Congrès. Celui sur « la crise politique du monde socialiste » fut partiellement reproduit dans la Tribune du Congrès de l'Humanité (avril 79), sa conclusion évoque déjà (!) l'an 2 000... Celui daté du comité fédéral du 28 janvier 1979 reflète l'un des pires moments de mon « expérience personnelle ». Ce texte rédigé (ordinairement, au CF, je n'avais que quelques notes) est dû à une situation particulière. La séance du 21 où le rapport introductif contenait une violente diatribe contre moi avait été suspendue et, avant celle-ci, notre camarade René Desgrand était rentré chez lui car il se sentait mal. Au moment de reprendre la séance, nous apprenions son décès par crise cardiaque à l'arrivée à son domicile. La suite fut donc renvoyée au 26. Le texte a donc un caractère analytique réfléchi. Il a été prononcé alors que j'étais entouré de sièges vides, isolé comme un pestiféré. Dans le débat, une intervention m'a frappé particulièrement : celle d'un camarade de bonne foi dans son raisonnement : « Je vois de quoi le camarade M. souffre, il DOUTE ! ». Formidable indice de la pensée dominante d'alors dans le parti et fruit de la conception stalinienne persistante ! |