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Spécial web - La Cité Il est temps, il est grand temps... par Maurice Moissonnier Texte intégral de l'article paru dans Regards 43 - février 99 |
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Je veux bien m'efforcer de répondre à votre demande, non sans avoir remarqué qu'il faudrait bien des pages pour faire comprendre, avec toutes les nuances nécessaires, une douloureuse expérience personnelle que d'autres ont connue de façon plus dramatique encore... On m'épargnera de revenir sur maintes analyses qui ont mis en lumière l'essentiel : à savoir le processus de la dérive de l'Internationale Communiste et de ses sections internationales, fondamentalement influencées par les conceptions (masquées !), les besoins, les pratiques (en partie dissimulées) de l'Etat-guide dirigé par Staline et presque tous ses successeurs. Cette situation générant ce qu'il faut bien appeler une schématisation falsificatrice du corpus marxiste. J'évoque cet aspect des choses parce que, au sortir de la Résistance et bardé de certitudes, membre de l'UJRF à 17 ans et membre du parti à 20 ans, j'ai fait, comme beaucoup d'autres, mon éducation marxiste « de base » par la lecture de l'Histoire du Parti communiste (bolchevik) de l'URSS (éditions de Moscou, 1946). Heureusement, responsable du Comité de parti des étudiants lyonnais à partir de 1948, j'ai été amené, pour mes études d'histoire et pour dépasser les textes de deuxième main de ces connaissances initiales, à aborder la lecture de tout ce que l'on publiait alors - et en particulier des oeuvres de Marx et Engels, de Lénine, de Politzer, etc. Jusqu'en 1956-58 inclus, les textes de la direction du Parti ont été pour moi des références excluant par principe toute contestation. Les urgences de la bataille contre la guerre d'Algérie concentraient toute mon attention dans cette dernière période. A ce moment, éloigné de Lyon par mes affectations successives, je n'étais plus au comité fédéral et je n'ai pas vécu les épisodes de l'annulation d'une conférence fédérale où s'étaient élevées des contestations, ce qui avait entraîné un remake de cette conférence après le Congrès du Havre (voir document 28/2/79, p.3)! Ma désignation au Comité de rédaction de la Nouvelle Critique, puis, ensuite, à celui des Cahiers d'histoire de l'IRM m'a permis d'avoir une vue plus exacte des problèmes qui se posaient depuis le rapport Krouchtchev. Cependant mes travaux de recherche et d'écriture pour la Révolte des Canuts et la Commune à Lyon, ajoutés aux articles à rédiger, à la rédaction de biographies pour le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, me laissaient peu de temps, en sus de mon enseignement au lycée, pour suivre les choses de près. C'est après 1968, après la déclaration condamnant l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie que toutes les interrogations refoulées sont montées en surface ! A la suite de la maladie de Waldeck Rochet et de la mise sous le boisseau de la protestation du PCF, ma cellule avait voté une motion demandant la réaffirmation de la position du Parti... Dès ce moment, j'ai senti monter une méfiance à mon égard, malgré la proposition, que j'ai acceptée, de candidature aux élections de 1973, dans la circonscription de Soustelle. Mes interrogations et mes désaccords se sont développés à partir de la façon dont a été conduit l'accord sur le programme commun : brutales volte-face, propos mal contrôlés, évidentes divisions dans la direction ; le tout, sur le plan local, souligné par l'échec du lancement du Point du Jour alors que les militants de la fédération s'étaient investis dans cette initiative journalistique. A cela s'ajoutait la façon, désinvolte à mon sens, avec laquelle s'était effectuée « l'abandon » de la « dictature du prolétariat » couplé avec un débat de diversion sur la « morale ». Dans les comités de rédaction de la Nouvelle Critique et des Cahiers d'histoire de l'IRM, un effort d'approfondissement théorique et politique s'était développé mais nous avions l'impression de « jouer du piano au fond du jardin » tandis que les affaires sérieuses se traitaient ailleurs et sans vrai rapport avec cet effort. |