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Spécial web - La Cité Regards croisés sur
luniversité et la recherche par Roger Fourme Texte intégral du texte paru dans Regards 47 - juin 99 |
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Ce qui me semble être la clé de voûte de la mission de lUniversité, cest la recherche, ce mot étant pris dans tous ses prolongements. Avec plusieurs volets complémentaires et indissociables, dont les plus importants sont un inventaire systématique et critique de létat des connaissances en chaque domaine ; la contribution effective à lévolution de ces connaissances ; et enfin lorganisation sous les formes les plus appropriées de leur diffusion et de leur mise en oeuvre, en particulier par la formation initiale, la formation permanente et la valorisation. La recherche - au sens professionnel du terme - est cette forme particulière dactivité de création, cette curiosité et ce questionnement inlassables où réside un des plus puissants ressorts du progrès humain. Rien nautorise à penser quil y ait de bonnes raisons de réduire le soutien à la recherche fondamentale. En fait, il ny a aucun signe dépuisement des questions à résoudre, bien au contraire. Et le développement social lui-même soulève des problèmes qui interpellent la recherche au niveau le plus élevé: par exemple ceux qui sont liés à lenvironnement global, à lénergie, à la santé publique, à lexploration spatiale au delà de la proche banlieue terrestre. Mais je crois aussi quil faut redonner à la recherche fondamentale ses lettres de noblesse et les moyens de sa spécificité: du temps, de la sérénité, de la liberté, toutes choses qui deviennent des denrées rares. Car la recherche souffre de marchandisation. On lui transfère de plus en plus la part de la recherche industrielle délaissée par les entreprises multinationales, ou on la somme de résoudre rapidement tel ou tel problème de société, médical par exemple. Le résultat est en général décevant pour toutes les parties. Pour la recherche fondamentale, qui se trouve détournée de son mouvement propre et amputée dune partie de sa créativité, cependant que des domaines de recherche sans applications immédiates sont mis en sommeil. Pour lindustrie également, car - au-delà des aspects financiers immédiats - les résultats de lexternalisation de la recherche sont le plus souvent médiocres si on les compare à ceux dune véritable coopération où chaque partenaire apporte son savoir-faire. Pour la collectivité enfin, car les avancées scientifiques qui ont provoqué de véritables bouleversements sont presque toutes issues de laccroissement général des connaissances résultant de la recherche fondamentale, et non dactions ciblées et étroites. La valorisation de la recherche est insuffisante en France, et ceci pour un faisceau de raisons. Il faut agir sur plusieurs plans: mieux coupler la recherche fondamentale (mais sans la détourner de ses finalités) à la société et à lentreprise par des interfaces nouvelles, abaisser les obstacles techniques et juridiques à linnovation, oeuvrer pour réduire les différences de langage et de culture entre chercheurs et responsables dentreprise... Sans esquiver une question de fond, linsuffisance en France de la recherche industrielle. |
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Si lon adhère à lidée que le développement des capacités et de la créativité de chaque citoyen devient la vraie richesse dun pays moderne comme la France, alors il faut que la démarche de la recherche soit largement diffusée bien au delà des professionnels de la recherche. Cest en effet le meilleur outil pour lintégration de savoirs et dinformations dont le volume croît de manière exponentielle, pour développer des capacités cognitives larges et la capacité de réaliser, pour organiser et confronter de manière critique les informations, pour acquérir un jugement autonome. Tous les futurs enseignants et, plus généralement, la masse des étudiants, devraient être rompus à cette démarche, et cest à lEnseignement Supérieur dy veiller. Il me semble donc essentiel que les enseignants du Supérieur aient, en majorité, une activité effective de recherche, et que les chercheurs à temps plein des grands organismes participent de manière significative et évaluée à cet enseignement dès le Premier Cycle. Cest donc la jonction à un niveau inédit de la recherche et de la formation qui devrait caractériser lUniversité moderne. En France en particulier, il reste du chemin à parcourir. Notre opinion publique nest certainement pas convaincue quil sagit dun objectif prioritaire et que, face aux enjeux et retombées, linvestissement dans ce domaine est éminemment rentable au meilleur sens du terme. Par suite, la nécessité dun effort financier considérable est souvent éludée. Cest pourtant une évidence. Il sagit daméliorer les infrastructures, de faire la jouvence de la formation pratique, de mettre en oeuvre les nouvelles technologies pour lenseignement. Il sagit aussi de porter les salaires de métiers exigeants et de très haut niveau de compétence à un niveau plus décent (ceci, joint à une forte diminution des charges denseignement, permettra peut être de préserver la qualité du recrutement). Trouver des moyens financiers nouveaux exigera la concertation de lEtat, des régions, des acteurs économiques et des citoyens. Je voudrais souligner aussi la nécessité de rénover la Fonction Publique: une bonne partie de notre force de travail pourrait être récupérée pour des tâches mieux en rapport avec nos compétences en mettant en oeuvre quelques mots-clé : simplifier, responsabiliser, contrôler à posteriori et sérieusement. Si ce changement doptique na pas lieu, si des ressources intellectuelles, financières et technologiques suffisantes ne sont pas affectées à lEnseignement Supérieur, en France et aussi dans les autres pays dEurope, alors il faudra en assumer les conséquences. La recherche de premier plan désertera graduellement les universités. La qualité de la formation ira sabaissant, avec une différenciation croissante entre lenseignement pour la masse et lenseignement pour lélite. La réflexion critique perdra du terrain. Et les étudiants français et européens travailleront avec des outils multimedia sophistiqués élaborés à Berkeley ou Yale, et commercialisés par Disney Corporation, Microsoft et Time Warner. Cependant, une telle évolution na rien dinéluctable. LEurope est un énorme réservoir dhumanisme, de science et déducation, nourri de la richesse de la diversité. Il est possible de combiner les efforts nationaux et les collaborations entre les partenaires européens afin que la pluralité des approches, des contenus et des cultures soit maintenue. |