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HISTOIRE Par Jean-Paul Auffray* |
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| En rentrant en France, après avoir travaillé dans les grandes universités américaines, je me suis aperçu que nos physiciens se contentent volontiers d'idées reçues concernant les grandes figures de l'histoire de la physique. J'avais été étonné par exemple, puis choqué, de découvrir il y a quatre ans leur ignorance quasi universelle du fait que la relativité a été découverte non par Einstein en 1905 mais par Henri Poincaré en 1904. Cela m'a valu de rédiger l'Espace-temps pour Flammarion en 1996, puis Einstein et Poincaré sur les traces de la relativité pour les Editions Le Pommier-Fayard nouvellement fondées sous l'égide de Michel Serres, l'an dernier. |
| Une conversation au sujet de Newton l'été dernier avec un éminent physicien, prix Nobel de physique, m'a révélé à quel point nos scientifiques, mêmes les meilleurs, peuvent se tromper – et tromper leurs élèves – dès qu'il s'agit de placer les grandes découvertes dans leur cadre historique authentique. Le Newton véridique, tel qu'il transparaît à travers ses écrits et ses actions, est un personnage attachant, profondément humain. S'il n'est pas l'auteur de toutes les découvertes qu'on lui attribue généralement, s'il a eu des a priori fondés notamment sur ses convictions religieuses et théologiques, il a su courageusement maintenir le cap de ses certitudes et même en faire le fer de lance de sa pensée scientifique. Newton n'a pas été un mathématicien le lundi, un alchimiste le mardi, un théologien le mercredi. Il ne peut se comprendre que comme un exemple éclatant de l'unité de l'esprit. |
| L'histoire des sciences est peu enseignée en France. Que pouvons-nous espérer faire dans ces conditions ? Certaines associations semblent vouloir prendre le relais des universités défaillantes. L'été dernier, et à nouveau cette année, l'Association science technologie société (ASTS) fondée dans la dynamique de réflexion créée dans le sillage du Colloque national sur la recherche et la technologie organisé en 1981 par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche, m'a invité à évoquer ces problèmes devant des réunions citoyennes ouvertes à tous. Peut-être parviendrons-nous à amorcer un changement de comportement par petites étapes successives. Newton s'en trouvera rajeuni, lui qui, entre tous, mérite mieux, beaucoup mieux, que les données historiques et scientifiques incomplètes et parfois erronées propagées sur son compte depuis bientôt trois siècles. |
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* Scientifique, musicien, philosophe et historien, publie Newton ou le triomphe de l'alchimie, Editions Le Pommier, 226 p, 119 F |