Regards Juillet/Août 2000 - Le sens des connaissances

EN CONSCIENCE
Ecologistes inspirés/Biologistes anxieux

Par Jean-Claude Oliva


Ecologistes inspirés

Si ce n'est "le bréviaire de la foi nouvelle dans l'équilibre de la vie" selon les termes de J.M.G. Le Clézio qui l'a préfacé, c'est en tout cas l'une des bibles de l'écologie, écrite en 1948, au soir de sa vie, par Aldo Léopold, alors professeur à l'Université du Wisconsin et porte-parole des idées du jeune mouvement écologiste.

Qu'il ait été passionné de chasse, titulaire de la chaire de gestion du gibier et auteur d'un ouvrage de référence sur le même sujet, surprendra sans doute le lecteur français témoin des guerres picrocholines entre chasseurs et écologistes. C'est que, note encore JMG LeClézio, "pour Aldo Léopold, né dans le rêve pionnier, passionné de chasse, l'évidence de la détérioration est une constatation physique non un parti pris intellectuel". Sa fréquentation assidue de la nature est le point de départ d'observations et de toutes ses réflexions. Pour accepter le voisinage des prédateurs, – on pense là encore aux démêlés actuels avec les loups dans les Alpes ou les ours dans les Pyrénées –, il faudrait "penser comme une montagne", une expression qui fera florès. Plutôt que patrimoine, c'est-à-dire propriété, fût-elle commune, Aldo Léopold affirme "la terre en tant que communauté, voilà l'idée de base de l'écologie, mais l'idée qu'il faut aussi l'aimer et la respecter, c'est une extension éthique". n

Aldo Leopold,

Almanach d'un comté des sables,

Editions GF Flammarion, 288p, 43F.

Biologistes anxieux

Pionnier des méthodes de procréation assistée et chercheur soucieux de ses actes, Jacques Testard interroge le célèbre biologiste Jean Rostand au travers de son oeuvre dans un dialogue qui ne put se nouer en réalité. "Pour penser à l'homme en se consacrant à la biologie, sans jamais exclure l'un de l'autre, Jean Rostand sut se débarrasser à la fois du projet totalitaire d'une science ignorant l'homme et du projet totalitaire d'une métaphysique ignorant le monde [...] put parvenir à ne jamais séparer sa vision humaniste du monde d'avec le quotidien de ses recherches." Visiblement Jacques Testard a trouvé des échos profonds à ses propres interrogations. Une façon sans doute de prendre du recul, de se donner le temps de la réflexion dans des domaines des sciences et des techniques qui connaissent des développements effrénés. Au-delà se dessinent des affinités réelles avec la personne Jean Rostand "constitué en biologiste à la marge, indemne des conditionnements de l'institution et des pièges de la spécialisation" et sa démarche "une certaine manière de faire de la science avec un retour permanent vers la société des observations glanées depuis la paillasse ou la lecture, et avec la vision globale de l'objet biologique conformément à une philosophie humaniste qu'on dirait aujourd'hui soucieuses de la complexité et de l'écologie." Des conversations fécondes. n

Jacques Testart,

Des grenouilles et des hommes, conversations avec Jean Rostand,

collection Points Sciences, Editions du Seuil, 194F, 42F.

retour