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CONCOURS DE BEAUTE Par Xavier Delrieu |
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Voir aussi Microsoft, le procès |
| Une opération financière 100 % pur jus. France Télécom vient d'acheter Orange, le troisième opérateur anglais de téléphonie mobile. L'addition, elle, est salée : 328 milliards de francs (50 milliards d'euros). Un montant à faire passer toutes les cagnottes pour de la menue monnaie. En quelques mois, cet opérateur sera passé de mains en mains. Il a tout d'abord été acheté par l'Allemand Mannesmann en décembre 1999 pour 30 milliards d'euros. Mais, à peine quelques mois plus tard, le groupe britannique Vodaphone AirTouch lançait une OPA hostile contre Mannesmann. Or, la Commission européenne, au nom du respect de la concurrence, impose en préalable à toute validation de fusion la cession d'Orange, qui, entre temps, s'est offert une licence UMTS pour près de 50 milliards de francs. |
| Cette future norme de la téléphonie mobile permettra, d'ici à environ deux ans, de visionner des films vidéos ou encore de consulter Internet ou tout autre service sur le petit écran de son portable. Une aubaine pour tous ceux ont manqué le premier train des mises aux enchères et qui pourrait très rapidement se retrouver à la traîne des géants du secteur des télécoms. En sortant la calculette, on s'aperçoit que France Télécom achète chacun des 6 millions d'abonnés à Orange près de 55 000 francs. Cette somme est extraordinairement importante puisque personne ne sait réellement comment se fera le retour sur investissement. Partout dans le monde, les abonnés se sont en effet habitués à des baisses de tarifs dues à la concurrence acharnée entre les différents opérateurs. Seront-ils prêts à payer l'addition des fusions-acquisitions qui prévalent actuellement ? Il semble que, peu à peu, la réalité de l'économie liée aux technologies de la communication s'éloigne de celle du monde des humains. |
| L'intérêt d'Orange, outre ses abonnés, est que cette compagnie possède une licence UMTS qui sera exploitable, outre le Royaume-Uni, en Suisse, en Belgique et en Autriche. On se souvient qu'il y a à peine trois mois, la mise aux enchères de cinq licences au Royaume-Uni a donné lieu à une furieuse bataille financière. Le gouvernement de Tony Blair a ainsi récolté près de 250 milliards de francs. Seulement, personne ne sait très bien quelle sera l'attitude des consommateurs dans les années à venir, même si on peut tabler raisonnablement sur une augmentation de plus de 50 % du nombre d'abonnements au téléphone mobile dans les cinq années à venir, avec des pointes à près de 100 % pour un pays comme l'Allemagne. Mais cela ne saurait masquer de grandes incertitudes. Quel sera le prix d'un abonnement à cette nouvelle norme ? Les Européens, ou plus généralement les Terriens, ont-ils un besoin pressant de consulter Internet en marchant dans la rue ? Les écrans des portables actuels sont très petits et ne permettent pas un affichage de qualité, il faudra donc les modifier. Il sera aussi nécessaire de changer le clavier numérique : le slash (/), par exemple, qui est requis pour toutes les adresses Internet en est absent. Dans ces conditions, l'avenir ne se situe-t-il pas du côté du format des agendas électroniques du type Psion ? Et quel sera le prix de ces téléphones de l'avenir ? Aujourd'hui, sous l'influence d'une société de consommation en pleine euphorie, les parents abonnent massivement leurs enfants afin de pouvoir toujours les contacter (la liberté n'y gagne rien !). |
| Or, seront-ils toujours d'accord pour leur fournir un accès Internet sans aucune surveillance ? L'intérêt est cependant indéniable. Car, si à court terme, toutes ces questions peuvent compromettre l'avenir des mobiles du futur, il n'en reste pas moins qu'à long, voire à moyen terme, et sans tomber dans le "science-fictionisme" le plus aigu, tous nos systèmes de communication pourraient être changés. Il faudra simplement que tout ce monde technologique, et donc financier, ne se déconnecte pas trop des réalités et cesse de développer cette idée du XIXe siècle selon laquelle le progrès oeuvre pour le bien de l'homme. |
| On ne peut qu'être d'accord avec Dominique Wolton, qui, dans son essai Internet et après, écrit "L'idéal, pour ne pas dire l'idéologie, du progrès tient lieu de réflexion évitant que ne soit posée la question simple : toutes ces techniques de communication, pour quoi faire ?" La question posée en préambule et sous-jacente à tout cet ouvrage est plus que jamais d'actualité : la technologie étant au service des hommes, est-il concevable qu'elle soit en avance sur la société et que celle-ci puisse se considérer comme "en retard" ? Rappelons à cet égard certains chiffres éloquents parus dans le Figaro Magazine : selon une enquête, 4 Français sur 10 ont l'impression d'être "toujours en retard" par rapport aux évolutions technologiques, 5 % déclarent essayer de les anticiper, 51 % s'y adaptent. Une problématique importante qui nous rappelle celle de la charrue et du boeuf. France Télécom possédera donc une licence UMTS outre-Manche et une autre en France, puisque le gouvernement a décidé qu'elles seront accordées chez nous après ce qu'il est coutume d'appeler un "concours de beauté", c'est-à-dire sur présentation de dossier. Notons que les heureux élus devront tout de même débourser la somme de 32,5 milliards de francs chacun. Elles seront attribuées début 2001 pour une durée de 15 ans. |
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Microsoft, le procès Par X.D.
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Un démantellement
de Microsoft serait terrible pour les consommateurs
et pour l'industrie toute
entière, une telle mesure serait une vraie menace
à l'innovation" menaçait Steve Ballmer, le nouveau p-dg de Microsoft,
peu de temps avant que
le juge Thomas Penfield Jackson ne rende son
verdict.
Un joli paradoxe puisque, justement,
Microsoft était accusé
de maintenir "son pouvoir de monopole par des moyens anticompétitifs" notamment en liant le
logiciel de navigation Explorer à Windows
et de pratiquer des
politiques commerciales au détriment des consommateurs. Le verdict du juge était tombé le 3 avril : oui, Microsoft a bien violé le Sherman Act,
la législation antitrust américaine, qui n'interdit pas les monopoles mais réprime toutes les sociétés qui, profitant de leur
puissance, tente d'écraser la concurrence.
Il restait encore à définir les sanctions. Le 7 juin, donc très rapidement,
elles sont tombées.
Microsoft sera démantelé en deux parties distinctes : l'une s'occupera
de Windows, l'autre
regroupera les logiciels
de bureau (Word, Excel...) et les Internet. Pour ces dernières, le juge avait même pensé en cours de route créer une
troisième entité.
Bien entendu, Microsoft a fait appel. Une procédure qui pourrait prendre
deux années, ou plus.
C'est pourquoi le juge a demandé la mise en place dans les 90 jours d'un code de "bonne conduite", ceci pour empêcher toute "pratique abusive" durant cette période.
Il impose très rapidement deux choses : que
Microsoft livre les codes source de Windows pour que chaque constructeur puisse y intégrer les
logiciels de son choix ; qu'un prix fixe soit
déterminé pour ce même système d'exploitation.
Il a enfin été demandé
à Microsoft de préparer son démantèlement,
dans les quatre mois.
La suite, un jour. |