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ENVIRONNEMENT EUROPEEN |
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Entretien avec Bertrand Charrier* |
| Votre organisation dénonce une série de problèmes relatifs au Danube, qui dépassent la pollution de la Tisza. Pourquoi ? |
| B.C. : Nous sommes une organisation internationale dont le siège est à Geneve. Nous sommes implantés dans 21 pays. Nous avons une analyse plus générale, notamment sur le problème de l'eau, qui dépasse le cadre d'un seul pays. Lors du Sommet de l'eau à La Haye fin mars, nous avons par exemple présenté des travaux sur la souveraineté de l'eau et la gestion des eaux internationales. Nous avons donc une approche politique et écologique. La Green Cross est une jeune organisation, créée en 1993, présidée par l'amicale Gorbatchev. Comme la Croix Rouge est sur les champs des batailles, nous, nous intervenons sur les conséquences écologiques des conflits. |
| La pollution sur le Danube, est-ce une nouveauté ? |
| B.C. : Une première mission de la fondation Cousteau avait déjà évalué en 1992 les problèmes écologiques graves du Danube. Nous avions travaillé avec la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) afin de parer au plus pressé et d'établir une cartographie des points noirs. Il s'agissait surtout des rejets industriels des grandes usines, de produits chimiques, mais aussi des rejets des grandes villes, puisque à l'époque Vienne n'avait même pas de centrale d'épuration. La pollution du Danube est un problème récurrent qui n'a pas été pris suffisamment au sérieux depuis le début. |
| Qui a manqué de sérieux ? |
| B.C. : Je crois que c'est une attitude générale face aux problèmes d'environnement et de développement. C'est une question d'analyse de la façon dont on doit gérer un fleuve international. Créer une commission, une convention, c'est bien, mais il faut aussi lui donner les moyens de travailler. Pour l'instant, il n'existe aucune concertation sérieuse pour gérer un fleuve international, ou appliquer la loi du pollueur-payeur. Une partie de l'argent devrait partir à une structure internationale qui doit aider au développement des centrales d'épuration et des industries moins polluantes. C'est ce que font les agences de bassin en France et dans un certain nombre d'autres pays. |
| Mais quand nous avons affaire à des pays non solvables, comme c'est le cas pour certains pays riverains du Danube ? |
| B.C. : Dans ce cas, c'est clairement la communauté internationale qui doit prendre le relais. Il faut dans tous les cas accélérer les procédures d'intégration de ces pays dans l'Union européenne. Il se dit que c'est à terme de vingt ans. |
| Dans vingt ans il ne sera pas trop tard pour le Danube ? |
| B.C. : Pour le Danube, pour les gens qui attendent, c'est un problème de solidarité internationale que les pays riches sont incapables de comprendre. On a toujours l'impression de donner beaucoup, en fait c'est très peu. Les appels à la communauté internationale doivent être bien plus forts. Les pays d'Europe centrale et orientale doivent se mobiliser. Il faut qu'ils soient plus fermes. |
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* Physicien, directeur exécutif de Green Cross international, ancien directeur scientifique de la fondation Cousteau. |