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Notre héros, tout autant acteur que spectateur, fraternise avec les gamins, lesquels sont assassinés sans pitié par de mystérieux individus. Basile mène l'enquête. Au détour d'un bar louche, on reconnaît la figure de Jean-Claude Izzo, puis d'autres clins d'oeil à l'univers de Goodis, Thomson. Spécialiste du polar, Cédric Fabre a écrit là un véritable roman noir, parfois insoutenable tellement il est dur, et sensible aussi. Il lorgne également parfois du côté du fantastique, pour ne pas dire de la science-fiction. Parlons plutôt d'anticipation, de prospective. Outre le fait de décrire un monde déshérité sentimentalement et artistiquement, Fabre campe des lutins dont l'union fait la force face aux géants. L'espoir, semble-t-il nous dire, ce sont les jeunes qui se tournent vers l'anarchisme et la commune. Bref, lorsque la révolte gronde chez les rebelles de tous poils. Oui, il est encore possible d'écrire un livre politique... de qualité. Sans pour autant nous livrer un message (il y a la Poste pour ça...), l'auteur de la Commune des minots crée une parabole, que l'on peut se contenter de trouver poétique, mais qui n'est pas innocente. En se battant pour préserver la mémoire – de leurs parents – ces enfants perdus tentent de rallumer la flamme de la liberté, de l'humanité : "Pour qu'un jour, on se souvienne que le monde va et vient, mais que la beauté, elle ne disparaît jamais, qu'elle existe toujours, même si c'est derrière l'oeil d'un petit voyou."
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