Regards Juillet/Août 2000 - Lectures

ARTS DU TEMPS
Au rendez-vous des poètes

Par Pierre Courcelles


Neuf siècles de poésie, deux volumes, 3280 pages, 470 poètes, connus, inconnus, mal connus. Voilà la fiche d'identité de l'Anthologie de la Poésie française qui vient de paraître dans la Bibliothèque de la Pléiade (1). Les éditions Gallimard sont en quelque sorte des récidivistes qui, en février dernier, lançaient, en collection de poche, deux tomes consacrés à la poésie française du XXe siècle, certifiant ainsi qu'elles possèdent le plus complet catalogue de poésie française (2). Dans la Pléiade, les plus anciens ont gardé le souvenir de l'Anthologie d'André Gide, parue en 1949. Elle était incontestable, du fait de son auteur. Mais le temps a passé et on ne lit plus et on ne s'intéresse plus à la poésie à la manière de Gide.

Au reste, c'est la nature même d'une anthologie que d'être incomplète, que le dessein, s'il fut jamais formé, d'une anthologie complète ressemblerait au châtiment des filles de Danaos. Et puis, toute anthologie est celle de son auteur, à nulle autre pareille, et chaque anthologue unique. Pour se dégager de cette double vérité, on ne voit que les ressources offertes par la publication sur Internet où un site consacré à la posésie serait alimenté en permanence par les internautes, sans hiérarchie, sans contrainte éditoriale... Mais c'est rêver, sans doute, bien qu'existent déjà sur Internet un nombre appréciable de sites consacrés à la poésie.

On s'en remettra donc, pour l'heure, au papier bible de la Bibliothèque de la Pléiade. L'Anthologie qu'elle propose se veut panoramique, et ne dissimulant pas, du coup, qu'entre le Moyen Age et notre temps, l'art de la poésie connut des périodes fastes et d'autres qui le furent moins. C'est bien qu'il en soit ainsi, sauf à penser qu'on ne doit retenir que les chefs-d'oeuvre et ne vivre que dans leur seul sillage. C'est alors oublier que les chefs-d'oeuvre ne sont que la partie émergée de l'art et qu'ils s'appuient forcément sur sa partie immergée constituée d'oeuvres moyennes, bonnes, moins bonnes, mauvaises. Rejeter, comme certains, le XVIIIesiècle, au motif qu'il est poétiquement déficitaire, c'est aussi encourager l'incuriosité intellectuelle. C'est oublier qu'une anthologie expose les choix d'un individu, fussent-ils les plus "objectifs", comme c'est ici le cas, et que son intérêt est de permettre au lecteur de construire sa propre anthologie, faite de toutes celles qu'il peut avoir sous la main. De Bernart Marti à Aragon, passant par Clément Marot (XVIe), Malherbe (XVIIe), Fontenelle (XVIIIe) et Victor Hugo, les deux volumes de La Pléiade constituent ainsi une introduction aux territoires de la poésie. Et une initiation, du fait de l'abondant appareil de notes et de notices.


1. Anthologie de la Poésie française, deux tomes.1. Moyen-Age, XVIe siècle, XVIIe siècles. Textes choisis, présentés et annotés par Jean-Pierre Chauveau, Gérard Gros et Daniel Ménager. 1 604 p., 320 F, jusqu'au 31 août, 370 F ensuite. 2. XVIIIe siècle, XIXe siècle, XXe siècle. Textes choisis, présentés et annotés par Martine Bercot, Michel Collot et Catriona Seth. 1654 p., 330 F, jusqu'au 31 août, 380 F ensuite. Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade. A l'achat de trois volumes de la Pléiade, les libraires offrent Un siècle Nrf, album Pléiade de 459 illustrations choisies et commentées par François Nourissier. Un régal. 2. En poche, on trouvera, outre les deux volumes de la Poésie française du XXe siècle, des anthologies couvrant la poésie lyrique française des XIIe et XIIIe siècles (en édition bilingue), ainsi que les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.

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