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ESTIVALES Par Guillaume Chérel |
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Voir aussi La bibliothèque (2000) idéale |
| Dans le monde de la science fiction, certains le comparent déjà à Balzac, Dumas... Rencontre. |
| Bordage est un géant !" dit de lui Ayerdhal, un autre poids lourd de la SF française. A 44 ans, il a déjà écrit quelque dix mille pages, tous les jours, de 8 h 30 à 19 h... Cet ancien basketteur de National 3 (1, 86 m, 86 kg), à la Vendéenne de la Roche-sur-Yon, n'a découvert la SF qu'en 1975 en lisant, pour une dissertation, les célèbres Chroniques martiennes de Ray Bradbury. Après une expérience de libraire, il se consacre aujourd'hui exclusivement à l'écriture. Loin de la SF pure et dure ou des mondes cyber-punks, il a su créer un univers personnel où la spiritualité tient une place importante, et s'adonne à des genres aussi divers que le space opera, la fantasy historique ou le polar scientifique. Il est l'auteur des Guerriers du silence (Grand prix de l'imaginaire : cinquante mille exemplaires vendus), de Terra Mater, de la Citadelle Hyponéros (prix Cosmos 2000) et de Wang, tous parus à l'Atalante. Dernier ouvrage publié : Graines d'immortels, chez Flammarion, et les Fables de l'Humpur chez J'ai Lu. Dans un débat au dernier Festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo (1), il a assuré : "On résume souvent notre lectorat à des spécialistes jeunes et de sexe mâle à 95 %. Or, ce n'est pas du tout ce que j'observe quand je dédicace mes livres. Je vois des femmes, des personnes âgées... Dans la SF, ce n'est pas le mot science qui m'intéresse, c'est fiction." |
| Que diriez-vous à un parfait néophyte, pour lui donner envie de lire de la SF ? |
| Pierre Bordage : Tout d'abord que je m'inscris, pour ma part, dans la lignée de Homère, de l'Odyssée... La narration est on ne peut plus classique : il s'agit d'un récit, avec des personnages, des lieux, un temps donné, des rebondissements. Quand j'étais môme, j'étais fasciné par la mythologie. Je trace le même sillon. On éprouve le même vertige avec la SF qu'en lisant l'Odyssée. J'essaie de "retoileter" les mythes. |
| Il y a eu un fort courant SF dans les années cinquante, soixante, soixante-dix, puis c'est retombé dans les années quatre-vingt. Comment expliquez-vous ça ? |
| Pierre Bordage : Je pense que nous nous sommes laissés damer le pion par les Américains. Les auteurs français des années 70 leur ont laissé le soin de raconter des histoires. Certains d'entre eux ont eu le tort de vouloir écrire des brûlots politiques. Leurs récits étaient formels. Maintenant, on voit arriver beaucoup de jeunes qui veulent raconter des histoires : Jean-Marc Ligny, Michel Pagel, Roland C. Wagner, Ayerdhal, Serge Lehman... Pour être efficace, il faut rester au premier degré et entraîner le lecteur. Il faut une cohérence. |
| En quoi le genre SF est important pour vous ? |
| Pierre Bordage : La littérature aide à se poser des questions. La SF les pose sur notre avenir. Combien de fois ai-je entendu des scientifiques dire : "On nage en pleine science fiction !" Moi, je suis persuadé que le siècle sera marqué par l'infiniment petit. Cela posera de plus en plus de problèmes génétiques, éthiques. C'est une question fondamentale : quel sera le devenir de l'espèce humaine ? Pourtant, je déteste les sciences... Mais pour écrire mon polar scientifique, dans la collection Quark Noir (Flammarion), je me suis fait aider par un astrophysicien. Je m'informe comme je peux pour écrire, mais je peux aussi inventer, c'est ça qui est bien. L'espace est un univers on ne peut plus merveilleux. |
| A lire, de Pierre Bordage : |
| Les Derniers Hommes |
| (J'ai Lu, saga à 10 F) |
| Les Fables de l'Humpur |
| (J'ai Lu, collection Millénaires, 414 p, 89 F) |
| Les Guerriers du silence, |
| Terra Mater et la Citadelle Hyponéros |
| (trilogie de 1800 pages chez J'ai Lu) |
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1. Voir Regards n°57, mai 2000. |
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La bibliothèque (2000) idéale Par G.C.
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Denoël : la Guerre olympique, Foetus Party, Mourir au hasard, de Pierre Pelot (une valeur sûre). Ainsi que : Elle qui chevauche les tempêtes, de Lisa Tuttle et George R. R ; Existenz, de Christopher Priest ; la Dernière Licorne de Peter S. Beagle. Robert Laffont : la Maison des Artéides (Avant Dune 1), de Brian Herbert et Kevin J. Anderson ; Expansion et rupture dans le réel, de Peter Hamilton. Ainsi que la Menace Mercure, de Cédric Bannel (jeune auteur de fiction proche et plausible). Flammarion : Au-delà de nos rêves et la Poupée à tout faire (collection Imagine, dirigée par Jacques Chambon), de Richard Matheson (le maître du genre, auteur de L'homme qui rétrécit et Je suis une légende) ; Sable Rouge, de Paul J. McAuley et Bouvard, Pécuchet et les savants fous, de René Reouven (collection Imagine). J'ai Lu : Horizons lointains (collection Millénaires), écrit par onze des meilleurs auteurs de SF, dont Orson Scott Card, Dan Simmons, Frederik Pohl, David Brin, Joe Hadelman... ; Aucune étoile aussi lointaine, de Serge Lehman (jeune, beau, brillant... cet auteur est destiné à une belle carrière) ; la Trilogie Steampunk, de Paul Di Filippo ; En remorquant Jéhovah, de James Morrow. Fleuve Noir : De minuit à minuit, par 27 auteurs (dont Andrevon, Darrieussecq, Pierre Pelot, Jean-Bernard Pouy, Vincent Ravalec, Martin Winckler...) sur le thème de l'angoisse ; l'Ombre d'Arabat, de Thomas Harlan ; Toons, de Roland C. Wagner. |