Regards Juillet/Août 2000 - La Création

ESTIVALES
D'une expo à l'autre

Par Pierre Courcelles


AVIGNON

Une exposition, ample, occupant les 22 salles du Palais des papes, et près de 20 annexes dans la ville, réunissant arts plastiques et audiovisuels, architecture, littérature, mode, musiques et spectacles, et un titre des plus simples, "La Beauté". Mais titre provocateur si on le replace dans le contexte des disputes esthétiques (et autres) dont l'art contemporain est l'objet depuis une dizaine d'années en France.

Le commissaire de l'exposition, Jean de Loisy, n'a pu l'ignorer qui pourtant écrit dans sa présentation : "Quelle que soit leur époque d'origine, certains chefs-d'oeuvre, au-delà de nos différences, de notre culture, nous réunissent mystérieusement. Ils sont, pour chacun ou presque, l'éclaircie qui nous rassemble. Fugitifs ou durables, ces moments de grâce partagés sont peut-être la beauté que nous poursuivons." Cette vision optimiste et consensuelle, si elle n'est de circonstance, n'est qu'une chimère, une fiction. Les oeuvres de l'art moderne et de ses métamorphoses contemporaines n'ont jamais cherché à rassembler ni à être objets de partage. Elles ne visaient pas non plus a produire de la "beauté". Surtout pas. Aujourd'hui, moins que jamais. Sans dire que la "beauté" est une notion prise dans la gangue de l'exact relativisme culturel.

Mais, soit, les artistes invités et les oeuvres exposées (choix excellents, par ailleurs) n'ont nul besoin de l'annexion de ce mot qui viendrait les légitimer dans un discours unanimiste. On n'enferme pas des oeuvres vivantes dans de vieux habits étriqués. La visite des expositions n'apprendra rien sur la "beauté". Il est bien qu'il en soit ainsi, ce sont les oeuvres qu'on nous montre qui diront ce qu'elles sont dans l'interrogation du temps d'une société qui, au fond, les nient – que ce soit dit crûment ou métaphoriquement. Il est vrai que quelqu'un a dit que la "beauté" était révolutionnaire... A deux pas d'Avignon, profitant de la niche "beauté", l'Hôtel-musée Campredon à L'Isle-sur-la-Sorgue présente sous le titre "Folies de la beauté", 350 oeuvres d'artistes appartenant à l'Art Brut, cet art de marginaux, d'illuminés, de visionnaires, cher à Jean Dubuffet.

On ne peut quitter Avignon sans visiter une exposition d'importance, "Rendez-vous", qui met en scène une partie de la collection du galeristeYvon Lambert. Riche de 450 oeuvres qui couvrent les quarante dernières années, de Twombly à Claude Lévèque, cette collection a été prêtée à la ville d'Avignon pour une durée de vingt ans, au terme desquels elle pourra être définitivement cédée. Installée dans l'Hôtel de Caumont réaménagé, elle fait désormais de la Cité des Papes l'une des villes françaises les mieux pourvues en art contemporain. n

Avignon, Palais des Papes et divers lieux de la ville, "La Beauté", jusqu'au 1er octobre 2000. Tel. 04 32 74 32 74 (Office du tourisme). Site Internet : http://www.2000enfrance.com

L'Isle-sur-la-Sorgue, Hôtel Campredon, du 7/7 au 22/10 2000. Tel 04 90 38 17 41

Avignon, Hôtel de Caumont, "Rendez-vous", Collection Yvon Lambert, jusqu'au 1er octobre. Le second volet de cette exposition sera présenté du 6/10 au 31-12-2000. Tel. 04 90 16 56 20

SAINT-REMY-DE PROVENCE

Le site archéologique de Glanum où se superposent, du Ve siècle av. J.-C. au IIIe siècle de notre ère, habitats celto-ligure, gallo-grec et gallo-romain est l'un des sept lieux choisis par la Caisse nationale des monuments historiques et des sites pour les expositions "Changement de temps", l'une des manifestations les plus attrayantes de l'été. Le principe en est pédagogique qui consiste à aménager des rencontres entre la création contemporaine et des monuments nationaux porteurs d'histoire. Et ces dialogues sont le plus souvent instructifs et surprenants, donc à ne pas manquer. n

Changement de temps, jusqu'en novembre 2000. Site de Glanum avec Serge Comte. Tel. 04 90 92 23 79 Château de Chambord-Catherine Beaugrand. Tel. 02 54 50 50 00 : Abbaye de Cluny-Ange Leccia Tel. 03 85 59 12 79 Cité de Carcassonne-Pierrick Sorin Tel. 04 68 25 01 66 En Ile-de-France : Saint-Denis, Basilique-Robert Wilson (Tel. 01 48 09 83 54) ; Paris, Panthéon-Sarkis (Tel. 01 44 32 18 00) Paris, Arc de Triomphe-Fabrice Hybert (Tel. 01 53 37 73 77). Sites Internet : http://www.monuments-france.fr - http://www.changement-de-temps.com

CERET

Né en 1903, près de Minsk, Chaïm Soutine arrive à Paris en 1913 et appartient à la légende artistique de Montparnasse des années 1910 à 1940. De 1919 à 1922, il peint un ensemble de tableaux à Céret, petite ville des Pyrénées françaises qui avait déjà accueilli Picasso, quelques années plus tôt. C'est cet ensemble de près de 70 oeuvres que présente le Musée de Céret. n

Soutine, Céret 1919-1922, Musée d'art moderne de Céret, jusqu'au 15 octobre. Tel. 04 68 87 27 76.

SETE

Robert Combas est l'une des célébrités de Sète (où il n'est pas né, mais y a vécu enfance et adolescence), avec Hervé Di Rosa (qui y est né). Tous deux sortis de la fournaise de la Figuration libre, début des années 1980. Il investit le Musée Paul Valéry avec des oeuvres récentes rassemblées sous le titre "Mai Aqui". n

Robert Combas, "Mai Aqui", Musée Paul Valery, du 7-7 au 1-10-2000. Tel. 04 67 46 20 98. Site Internet : http://www.combas.com

LA SEYNE-SUR-MER

La Villa Tamaris, en quelques années, est devenu un lieu d'exposition qui compte. Pour l'été, Jean-Louis Pradel, a monté une exposition autour de la "Figuration narrative", cet important mouvement artistique apparu en France au milieu des années 1960 et dont Gerald Gassiot-Talabot fut le guide. On y retrouvera donc les oeuvres de Adami, Erro, Klasen, Monory, Rancilliac, Telemaque, notamment.

La Figuration narrative, Villa Tamaris, La Seyne-sur-Mer, jusqu'au 3-9-2000. Tel. 04 94 06 84 00. L'exposition est accompagnée de la sortie du livre de J.-L. Pradel la Figuration narrative aux éditions Hazan.

NIMES

Mario Merz, né à Milan en 1925, est l'une des figures principales de l'Arte Povera, l'art pauvre à la manière italienne, dans les années soixante. Avant d'être connu pour ses igloos et ses installations, il pratiqua, dans les années cinquante la peinture. Il y revint à partir des années soixante-dix. L'exposition du Carré d'Art (haut lieu de l'art contemporain) est l'occasion de prendre connaissance de cette face peu connue de Merz, montrant des ensembles d'oeuvres réalisées au cours des dernières années. n

Mario Merz, peintures et dessins, Carré d'Art-Musée d'art contemporain, du 13 juillet au 24 septembre 2000. Tel. 04 66 76 35 70 La prochaine expo est consacrée aux oeuvres récentes de Rebecca Horn.

LILLE

L'oeuvre de Ladislas Kijsno, 78 ans, mérite amplement cette rétrospective au Palais des Beaux-Arts qui, après celle de Cagnes-sur-Mer en 1999, la célèbre dans ce pays du nord où ses parents, mère française, père polonais, s'installèrent en 1925. L'oeuvre généreuse d'un peintre généreux, infatiguable militant de la paix et des droits de l'homme. OEuvre qui s'est démarquée de toutes les modes artistiques apparues au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Quatre-vingts peintures, quarante-cinq dessins, trente études sur le thème du "Rêve de Gauguin". n

Ladislas Kijno, rétrospective, Palais des Beaux-Art de Lille, jusqu'au 20-10-2000. Tel. 03 20 06 78 00

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