Regards Juillet/Août 2000 - La Création

ESTIVALES
Expos/Arles, flashes sur le métissage

Par Jim Palette


Le Mexique, la Suisse, l'Asie, et le numérique sont à l'affiche des 31es Rencontres internationales de la photographie d'Arles. L'occasion de faire le point sur les influences et les fusions subies par l'image.

Si pour Gilles Mora, qui préside cette année encore aux destinées des Rencontres, "depuis longtemps la photographie s'est liée aux autres formes d'expression visuelle, ou bien a enregistré, provoqué les brassages de cultures ou de thèmes", c'est bien aujourd'hui "toute la photographie contemporaine qui se place sous le signe du métissage". Rien d'étonnant alors à ce qu'une part importante du festival soit consacrée à "l'éclatement des notions traditionnelles d'image ou de récit photographiques", rapports entre vidéo et photographie, peinture et photographie, et utilisation d'Internet. Dans ce contexte, l'exposition de Tom Drahos ne sera pas la moins emblématique. Ce photographe qui, depuis la fin des années 70, n'a cessé d'explorer de nouveaux territoires, a maintenant investi le champ des technologies nouvelles, images numérisées, CD-ROM, logiciels. Avec Paris-Jérusalem/ Chateaubriand. com (Abbaye de Montmajour et Chateau d'If, Marseille), il nous convie à un voyage où, dans un jeu de passerelles, "se croisent sources historiques, images contemporaines et imaginaire littéraire", temps présent et mélancolie de l'histoire.

Décloisonnement des pratiques, multiplicité des supports

Dans un même esprit de rêverie, Jean-Michel Albérola présentera "Le voisin", une réflexion inspirée de Walter Benjamin, "l'exposition tournera comme un satellite autour de la photographie" (Eglise des Jésuites), et le 5 juillet au Théâtre Antique "Un passage de frontière", qui semble composé comme une succession, un emboitement multi-thématique. Le lendemain, dans ce même endroit, c'est le philosophe et photographe Jean Baudrillard qui viendra éclairer – paradoxalement peut-être : "C'est la photographie, dit-il, qui nous rapproche le plus d'un univers sans image, c'est-à-dire de l'apparence pure" – le statut de l'image (Vanishing Point. Première partie : Pour une esthétique de la disparition, deuxième partie : L'horizon de la ruine).

Plus près d'un univers sans image, c'est-à-dire de l'apparence pure...

Alors que la situation actuelle en Asie sous ses multiples aspects sera évoquée dans "Le soleil se lève à l'Est" (commissaire Alain Sayag), la forme narrative quant à elle, ou plutôt les nouvelles formes de narration, seront l'objet de "Chroniques du dehors et autres hypothèses" à la Chapelle Sainte-Anne, une réalisation du Centre national de la photographie réunissant neuf artistes dont les histoires "s'articulent avec une évidence et une lisibilité revendiquées, tout en s'inscrivant dans le décloisonnement des pratiques et la multiplicité des supports". Multiplicité des supports encore pour "On Air !", sommet dans cette "perspective radicale des mélanges" voulue par la direction artistique du festival, qui réunira des plasticiens d'origines diverses dont Dominique Gonzalez Foerster et un "computer-jockey" japonais pour une improvisation mélant sources sonores et visuelles. A suivre en direct au Théâtre Antique le 8 juillet... ou de chez soi sur le web.

Comme chaque année, et dans un registre plus classique, les grandes expositions monographiques auront les faveurs d'un large public. Ce sera à n'en pas douter le cas pour Tina Modotti et la "Renaissance mexicaine", 1923-1934 à l'Espace Van-Gogh. Plus d'une centaine de tirages originaux dont la moitié inédits de cette immigrée italienne qui quitta San Francisco pour s'engager aux côtés du tout jeune parti communiste mexicain et nous livrer un témoignage d'une étonnante modernité sur un pays en pleine effervescence. Un film d'Alain Bergala, Edward Weston et Tina Modotti, Love Story à Mexico (6 juillet, Théâtre Antique) complétera la biographie de cette femme au destin romanesque et tragique, une histoire de photographie et d'amour à l'ombre des grands acteurs de la révolution mexicaine, dont Diego Rivera. Autres monographies d'importance, celles des Suisses Jakob Tuggener (1904-1988) au Musée de l'Arles Antique et Herbert Matter (né en 1907) au Musée Réattu. Le premier, très marqué par le cinéma expressionniste allemand et la Nouvelle Vision des années 20 laisse une oeuvre abondante sur la société suisse du début du siècle. Le second accomplit le principal de son travail de design et de photomontage pour l'Office national suisse du tourisme de Zurich entre 1932 et 1936.

Grandes monographies et débuts européens

On n'oubliera pas non plus deux expositions au charme particulier. Celle du danois Peter Sekaer (1901-1950), "l'inconnu qui voulait appartenir à la Farm Security Administration". Dans les pas de Walker Evans, dont il fut l'assistant, il laisse l'oeuvre attachante d'un Européen confronté à la culture et aux paysages américains (Musée Réattu). Et celle d'un Japonais né en 1934, Masahisa Fukase, avec une série mythique, "La solitude des corbeaux" (Abbaye de Montmajour), qui sera montrée pour la première fois en Europe à cette occasion. n J.P.

31es Rencontres internationales de la photographie, Arles.

La photographie traversée.

Résonances, croisements, disparitions, direction artistique, Gilles Mora, du 4 juillet au 20 août. Site internet : www. rip-arles. org. Catalogue, coédition Rip/Actes Sud. 350p. 250F.

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