Regards Juin 2000 - Le sens des connaissances

SCIENCES/HISTOIRE
Quand les sciences ont rendez-vous avec l'histoire

Par Jean Rosmorduc


Voir aussi Eratosthène et la détermination de la circonférence terrestre

Certains idéologues de la bourgeoisie colonialiste du XIXe siècle résumaient volontiers l'histoire de l'évolution de la civilisation, en relation avec le progrès des sciences à deux étapes : la Grèce " classique " (Ve-IVe siècles a-J. C.) ; la civilisation européenne à partir de la Renaissance du XVIe siècle, présentée surtout sous la forme d'une retrouvaille avec la Grèce de Périclès. Exit donc les autres apports civilisationnels, l'Egypte antique comme Babylone et l'Inde, et bien davantage encore l'empire des Omeyyades puis des Abbassides.

L'un des objectifs des " Grands rendez-vous de la science et de l'histoire ", organisés par l'ASTS, l'AKAL, l'Unesco, le Palais de la découverte et l'AFAS, était d'illustrer, à travers quelques coups de projecteur sur certains moments de l'histoire, le caractère erroné de la thèse de Renan et de ses émules. Ces flashes ont visé l'Ecole d'Alexandrie (voir ci-contre Eratosthène) que les récentes fouilles de l'équipe de J.-Y. Empereur et l'exposition au Petit-Palais, ont rappelée à notre souvenir ; "le siècle d'or" de la civilisation arabo-musulmane, de Samarkand à Bagdad et Cordoue ; la Renaissance européenne de la révolution copernicienne à Galilée; les Lumières et l'oeuvre scientifique de la Révolution et enfin un forum plus général sur l'histoire des sciences et des techniques dans le patrimoine culturel mondial.


* Président de l'association Kastler, Arago, Langevin (AKAL).

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Eratosthène et la détermination de la circonférence terrestre

Par Jean Rosmorduc


Il est courant d'entendre affirmer que les Anciens et les gens du Moyen-Age croyaient que la Terre est plate. Idée erronée : les Grecs savaient – peut-être depuis Pythagore (Ve siècle a-J.C.) – que notre planète est sphérique. Pour eux, elle était immobile au centre de l'Univers. Ce savoir a été transmis presque en permanence. Il a cependant existé quelques périodes d'oubli – généralement assez brèves – où, du fait de la perte de l'héritage grec, le modèle de la Terre plate a été repris. Que sait-on d'Eratosthène, héros notable de cette histoire ? Il serait né à Cyrène vers 276, aurait séjourné à Athènes jusqu'à l'âge de 40 ans. Le souverain lagide, Ptolémée III, le fait alors venir à Alexandrie comme responsable de la Bibliothèque et précepteur de son fils, le futur Ptolémée IV. Eratosthène a mis au point une méthode de recherche des nombres premiers impairs plus petits qu'un entier naturel n donné, a effectué des travaux sur la chronologie. Sa méthode de détermination de la circonférence terrestre dénote, outre un sens certain de l'observation, d'incontestables compétences en géométrie. Le résultat – 252 000 stades égyptien soit environ 40 000 km – est excellent, surtout compte tenu des moyens de l'époque. Jacques Blamont, membre de l'Institut, considère que l'Ecole d'Alexandrie a également marqué le début de l'introduction de la mesure dans les sciences. On ne prête qu'aux riches, dit-on, mais il est certain que la détermination de la circonférence terrestre par Eratosthène, succédant aux estimations antérieures d'Aristarque de Samos – distances de la Terre au Soleil et à la Lune, dimensions du Soleil et de la Lune – a apporté à l'astronomie un renseignement quantitatif intéressant. Cette science était auparavant essentiellement descriptive. Même si Aristote évoquait, dans son traité Du ciel, la possibilité de mesures, il ne les avait pas réellement effectuées. De plus, déterminer les dimensions de corps célestes qui, dans le cas du Soleil et de la Lune, conservaient un caractère divin (même chez les Grecs), marque une avancée certaine vers davantage de rationalité, au sens où nous l'entendons aujourd'hui. Le pas décisif est probablement celui qui est accompli au XVIIe siècle par Galilée mais l'oeuvre d'Alexandrie constitue aussi, de ce point de vue, une étape capitale. n J.R.

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