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EUROPE ROSE Par Sophie Béroud |
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Entretien avec Jaime Pastor* |
| Avec 44,54% des voix et 183 députés, le Parti populaire a remporté un succès éclatant lors des élections législatives du 12 mars 2000 en Espagne. En 1996, le parti de José Marķa Aznar n'avait pas réussi à atteindre la majorité absolue et s'était vu contraint de négocier un accord de gouvernement avec Convergencia i Unio (le parti de centre droit nationaliste du catalan Jordi Pujol), mais cette fois le triomphe est sans partage, de l'ordre de ceux remportés par le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de Felipe Gonzalez durant la décennie 1980. Comment expliquer une telle hégémonie alors que lors des élections municipales et européennes de juin 1999, le PSOE avait récupéré un peu de son assise électorale, faisant quasiment jeu égal avec le PP ? |
| Chômage diminué, intégration de l'UE, réduction des impôts |
| Trois facteurs principaux peuvent être avancés. En premier lieu, la bonne conjoncture économique a favorisé le gouvernement en place : la diminution de dix points du taux de chômage, l'intégration dans l'Union économique et monétaire, la réduction des impôts ont assuré au PP le soutien de classes moyennes que les affaires de corruption avaient détachées du PSOE entre 1993 et 1996. Malgré une vague de privatisations, aucune lutte sociale de grande ampleur n'a permis de cristalliser une véritable opposition contre le maintien de la politique de restriction budgétaire. En second lieu, le virage au centre droit effectué par le parti de José Maria Aznar dès son arrivée au pouvoir en 1996 lui permet d'occuper à son avantage la place qu'avait si bien su créer Felipe Gonzalez pour le PSOE. Le Parti populaire a réussi à négocier habilement avec les deux principales confédérations syndicales, les CCOO et la UGT, perpétuant ainsi la pratique des pactes sociaux établie dès la transition. |
| Enfin, malgré un accord de dernière minute conclu entre le PSOE et Izquierda Unida, fédération constituée autour du Parti communiste, l'alternative proposée par la gauche n'a pas été crédible, d'autant plus qu'elle impliquait une série de concessions de la part de IU, depuis l'acceptation de l'appartenance à l'OTAN jusqu'à l'approbation des orientations de la politique européenne. S'il est vrai qu'un tel accord électoral entre socialistes et communistes n'a jamais été monnaie courante en Espagne, le PSOE ayant choisi depuis 1977 de faire cavalier seul, son caractère inédit n'a pas atteint la dimension attractive souhaitée dans la mesure où il ne recouvrait pas de réelles perspectives de changement. L'échec électoral de cette alliance a encore accentué le déclin de l'organisation communiste, qui ne représente plus aujourd'hui que 5,4 % de l'électorat et qui s'est également effondrée dans son fief andalou. |
| Le processus autonomique, les grands changements |
| La presse européenne n'a eu de cesse de décrypter le retour de la droite en 1996, puis son triomphe du 12 mars 2000, comme une preuve supplémentaire de la normalisation de la jeune démocratie espagnole. Une telle lecture n'apporte rien de très pertinent au regard de ce qui fait véritablement sens dans l'actualité sociale et politique espagnole. L'une des grandes ruptures introduites par le scrutin pourrait concerner le processus autonomique. Ouvert par la constitution de 1978, inachevé, ce processus suit le rythme d'une négociation permanente entre Madrid et les Communautés autonomes dites historiques, notamment la Catalogne et le Pays Basque. Depuis 1993, le fait que les partis centraux et "espagnols" n'aient pas disposé de la majorité absolue aux Cortes avait placé les partis régionalistes en position charnière dans le jeu politique. |
| Cette situation s'était traduite par une accélération de la dévolution des compétences aux régions, en particulier en matière fiscale. Une telle approche de l'autonomie régionale n'est pas dans la tradition du PP, héritier, quoi qu'il en laisse paraître, du courant franquiste. Un retour à une pratique plus centraliste est possible, et ce d'autant plus que le parti de José Maria Aznar a acquis à son tour une position clé en Catalogne lors des élections régionales d'octobre 1999 et s'est également renforcé au Pays Basque, où le Parti nationaliste basque (de droite) est affaibli par ses relations ambiguës avec les mouvements les plus proches de l'ETA. |
| A Madrid le 15 mai. |
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* Chercheur en sciences politiques. |