Regards Juin 2000 - Points de vue

ALLEMANDE
La crise du PDS

Par Karine Gantin


Le Parti du socialisme démocratique allemand (PDS) traverse une crise aiguë. Alors qu'une place lui est aujourd'hui faite dans le paysage politique allemand à gauche du SPD et des Verts, tous deux en phase de recentrage, le PDS est confronté à une alternative : se recomposer rapidement pour surmonter ses contradictions, ou bien s'effondrer sur lui-même.

Cet héritier du SED, l'ancien parti communiste de RDA, doit inventer une identité et une certaine cohérence à partir d'éléments très composites : constitué de militants majoritairement est-allemands et souvent en difficulté sociale, dirigé par des cadres âgés dont le parcours politique se déroula principalement sous la RDA, représenté par des élus locaux et nationaux qui souhaitent de plus en plus accéder à des responsabilités publiques nouvelles, le parti s'appuie en même temps sur un électorat principalement jeune, voire proche des milieux alternatifs. Au PDS se juxtaposent de surcroît deux volontés politiques aujourd'hui sans cohérence : à la fois des modernistes, autour de Gregor Gysi, qui tentent de nouer des alliances avec la société civile sur la base d'une acceptation du jeu démocratique, et des tenants d'une attitude conservatrice parfois ambiguë, regroupés au sein de la Plate-Forme communiste et du Forum marxiste. Alors que la tendance moderniste, entraînée par la dynamique électorale du parti, va jusqu'à envisager les conditions d'une alliance avec le SPD au pouvoir, la base militante s'arc-boute, quant à elle, dans son rejet d'un système politico-économique dont elle souffre gravement depuis la réunification. L'opposition entre ces deux tendances tourne à l'affrontement ouvert.

Le clivage s'accroît d'autant plus que l'ampleur de la révolution politique et culturelle à accomplir ne s'accompagne pas toujours de débats démocratiques internes suffisants. La crise actuelle s'est nouée autour d'un vote massif du parti contre une motion présentée par la direction (219 contre, 126 pour) lors du congrès d'avril à Munster : la motion admettait la possibilité, sous réserve d'examen au cas par cas, d'interventions allemandes à l'étranger sous mandat de l'ONU. Comme chez les Verts allemands, le thème de l'intervention militaire extérieure est depuis longtemps une source de dissensions internes fortes dans un PDS revendiquant une culture pacifiste – doublée chez certains d'accents nostalgiques en faveur d'un communisme rassembleur à l'image de celui de Tito, – voire de Milosevic. Lothar Bisky, le président du PDS, et Gregor Gysi, le chef du groupe parlementaire PDS au Bundestag et ténor du parti, ont alors annoncé qu'ils abandonnaient leurs fonctions.

Le congrès d'octobre obligera à quelques éclaircissements. La chef du PDS de Thuringe, Gabriele Zimmer, proche des modernistes et vice-présidente du parti, a été proposée dès avril par la direction comme remplaçante de Byski. Cette décision, destinée à indiquer la sortie de crise, ne doit cependant pas occulter les enjeux à venir.

La chef du PDS de Berlin et députée Petra Pau, également moderniste et réputée proche des milieux alternatifs berlinois, insiste ainsi pour rajeunir les instances dirigeantes en y mêlant notamment les élus du parti, proches selon elle des réalités politiques et de la base. Pau, qui avait également été pressentie comme nouvelle présidente, rappelle par ailleurs l'importance des processus de démocratie et de débat internes.

Aujourd'hui, en effet, seule une relance décrispée du débat politique sur les orientations du PDS et sur sa rénovation permettra au parti de réussir son pari ambitieux de s'implanter dans toute le pays, d'intégrer la culture politique des deux Allemagnes et de continuer la tradition socialiste de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

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