Regards Juin 2000 - Lectures

PLANETE LIVRES
Emois provinciaux

Par Odette Casamayor


Un roman étrange comme la vie quotidienne à Altenburg, cette petite ville en Thuringe, après la réunification allemande en 1990. Cependant l'étrangeté est là d'une accablante simplicité.

Nous sommes à des centaines de kilomètres de Berlin, et les événements déclenchés à partir de 1989 sont ici dépourvus de ces résonances spectaculaires dont ils ont joui dans les grandes villes de l'ancienne RDA.

A Altenburg, la chute du mur de Berlin et les profondes transformations qui suivirent ont été vécues en sourdine, avec la paisible naturalité du quotidien provincial. C'est justement dans ce léger et délicieux retard sur certains détails ordinaires de la vie qu'excelle la plume d'Ingo Schulze.

Agé de 37 ans, cet Est-Allemand, né à Dresde, a conquis le public et la critique d'outre-Rhin avec son style si particulier. Schulze dévoile le visage oublié de la réunification.

Ses personnages n'étaient pas ouvertement en faveur ou contre l'ancien régime communiste , ils ne sont pas non plus excessivement enthousiastes avec la nouvelle société. Ils se contentent de suivre leur vie, jonglant tant bien que mal avec les nouvelles règles du capitalisme. Ignorants, solitaires et déboussolés, les personnages d'Ingo Schulze vont affronter le chômage et l'injustice, le racisme et l'individualisme exacerbés. Ils ne vont rien comprendre à ce qui leur arrive, mais la clairvoyance n'est pas le premier de leurs soucis. Idem pour le lecteur. Il faut continuer à vivre. Une fatalité. Et, sans remède, les plus grandes et douloureuses trahisons auront lieu, insensiblement insérées dans le calme et la routine. C'est prévu. L'auteur nous avertit dès le titre de ce deuxième roman. Il s'agit "d'histoires sans gravité", qui flottent dans l'air de la province est-allemande, avec douceur, en attendant innocemment un lendemain, qui sait, si tragique ?

Ingo Schulze,

Histoires sans gravité,

Fayard, 130 F

retour