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TRAC DU NASDAQ Par Xavier Delrieu |
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Voir aussi Samedis du libre, épisode 3 : Logiciels libres et Internet |
| Le meilleur est à venir." Et puisque c'est Bill Gates qui le dit, dans un nouveau spot télé, on peut le croire. Après le verdict rendu le lundi 3 avril par le juge Jackson dans l'affaire qui oppose Microsoft au Département américain de la justice et 19 Etats de la Fédération, tout le monde a l'air relativement satisfait mais surtout très impatient de connaître la suite des événements. En fait, la réalité ressemble très étrangement à la fiction : comme dans les films fleuves de prétoire made in USA, l'exposé des faits traîne en longueur puis, après une bonne coupure publicitaire, on entre dans le coeur des débats. Il aura donc fallu trois ans pour que Microsoft soit reconnu coupable de violer la législation anti-trust en écrasant dans l'oeuf toute concurrence par des comportements de "prédateur". Trois ans pour affirmer une évidence. Chacun connaît en effet la façon dont Microsoft s'est imposé, et Scott McNealy, le président de Sun Microsystems ne surprend personne en affirmant : "A chaque fois que nous signons un accord commercial, ils arrivent derrière nous et investissent dans la nouvelle opération pour essayer de tout dominer. L'argent est tout simplement le meilleur outil de Microsoft pour assouvir sa soif de monopole." Avec un tel pouvoir financier, la firme peut même se permettre de rater quelques trains. Elle a toujours les moyens de le rattraper, comme elle l'a fait avec Internet, la révolution que Bill Gates n'avait pas anticipée. Il faudra maintenant attendre quelques semaines pour connaître les sanctions qui seront décidées. Un démantèlement en plusieurs entités est envisageable. Il n'en reste pas moins que Bill Gates pourra ensuite faire appel, une procédure qui peut durer trois ans. Il est aujourd'hui particulièrement difficile d'imaginer les conséquences de ce jugement. Certes, Wall Street n'a pas ignoré ce verdict en infligeant le jour même un -7,6 % au Nasdaq et un -14,5 % à l'action Microsoft. Dans la semaine qui a suivi, les cours se sont montrés fébriles et versatiles. Cependant, pour des sociétés qui ont connu en très peu de temps des envolées boursières prodigieuses, cette baisse est toute relative. |
| Reste maintenant à déterminer si ce lundi 3 avril 2000 ne marque pas un coup d'arrêt à la frénésie boursière sur les nouvelles technologies. À l'heure où les fusions-acquisitions dominent l'actualité économique, les acteurs du secteur ont tout intérêt à entretenir le système. Une défiance des investisseurs pourrait mettre à mal la "nouvelle économie". En fait, tous les intéressés font le même constat : il va falloir dégonfler la bulle financière générée par l'engouement pour les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). Mais personne ne l'espère, des entrepreneurs qui montent leurs sociétés aux politiques qui surfent sur la croissance mondiale, des gérants de fonds de pension aux petits investisseurs particuliers qui ont investi leurs économies. Néanmoins, l'horizon qui était auparavant parfaitement bien dégagé s'est assombri de quelques nuages. C'est pourquoi il est fait appel au bon sens commun pour ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Toutes les sociétés liées de près ou de loin avec Internet ont connu une formidable faveur de la part des investisseurs, mais sans aucun discernement. Le e-business fait miroiter des gains considérables alors que ces sociétés ne sont absolument pas rentables à l'heure actuelle. On n'investit pas dans une société précise parce que son projet est réellement porteur. On investit dans l'Internet. Il est pourtant clair que certaines d'entre elles ont un avenir assuré. Aussi, un revirement dû à une perte de confiance pourrait entraîner une dégringolade des cours tout aussi aveugle. |
| Autre conséquence possible : une chute des investissements. Les start-up ayant besoin de beaucoup d'argent pour se développer, elles dépendent en grande partie de l'optimisme ambiant. À quelques mois des élections présidentielles américaines, on peut parier que tout sera fait pour éviter un krach trop brutal. Mais cette situation ne pouvant durer éternellement, une glissade maîtrisée est souhaitée par les opérateurs. D'autant que l'affaire Microsoft n'est pas l'unique révélateur de ce changement d'étape. D'autres signes de repli, comme l'entrée catastrophique sur la Bourse d'Amsterdam du titre World-OnLine, se font jour un peu partout. À l'heure du développement d'Internet dans notre pays, les sites en français, qui font cruellement défaut sur le web, ont tout naturellement tendance à se multiplier. |
| Et Microsoft dans tout cela ? Il faudra bien entendu attendre les sanctions pour connaître l'avenir du géant de Redmond. Mais dès l'annonce du verdict, Bill Gates a annoncé son intention de faire appel. Or, si celui-ci s'éternise, tout le contexte économique aura eu le temps de se modifier. Nous vivons actuellement une période de changements. Auparavant, le monde de la micro-informatique était un territoire ressemblant à un Eldorado et Microsoft en était le maître absolu. Maintenant, c'est vers Internet que se tourne la nouvelle économie. Et Microsoft y compte beaucoup de concurrents. Grâce à ses gigantesques ressources financières, la firme investit tous azimuts. Ainsi, lorsque le juge Jackson affirme que "les pratiques anticoncurrence de Microsoft ont entravé le processus compétitif à travers lequel l'industrie du logiciel informatique stimule généralement l'innovation pour le plus grand bénéfice du consommateur", il n'est pas du tout sûr que ce combat ne soit pas d'arrière-garde. |
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Samedis du libre, épisode 3 : Logiciels libres et Internet
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Depuis le mois de janvier 2000,
APRIL et GCU, deux associations militant en faveur de la création, de l'utilisation et de la diffusion des logiciels libres ont mis en place, en collaboration avec Intern@tif, un rendez-vous mensuel autour du logiciel libre. Dans cette continuité, le mois de mai sera l'occasion de se rencontrer et débattre avec des acteurs de l'informatique libre autour du thème de l'Internet. n
Prochain rendez-vous :
Samedi 13 Mai à 13h 00
à l'espaceregards
Thème abordé :
Logiciels libres
et Internet
15, Rue Montmartre, 75001 PARIS
Métro : Châtelet-Les Halles
Tél. : 01 40 13 79 00 |