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FETES DE L'IMAGINAIRE Par Cédric Fabre |
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| Il est dans l'actualité : réédition de ses récits de voyages et d'errances chez Phebus (1), un livre que lui consacre Guillaume Cherel (2) et une exposition de photographies à Etonnants voyageurs (3). Ecrivain à fleur de peau, doublé d'un agitateur politique, Jack London a passé sa vie à tailler la route : sur la mer d'abord en écumant les bancs d'huîtres avec sa barque, le "Razzle Dazzle", avant d'être matelot sur le "Sophie Sutherland", en 1893 ; plus tard, en 1897, à 21 ans, il suit la vague des cent mille chercheurs d'or partis en Alaska ; puis vagabond du rail, clochard dans l'east end de "cet impitoyable creuset social qu'on appelle Londres". Partout où l'homme allait, il se fondait, et voyait de l'universel dans toute vie, définissant le "wild" – les espaces sauvages –, avec l'Appel de la Forêt ou Martin Eden pour mieux cerner l'homme et sa condition : "Le dénouement est le même pour tous, écrit-il dans John Barleycorn. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil, pas même cette idée chimérique après laquelle soupirent les âmes faibles : l'immortalité." |
| Le Californien – né en 1876 à San Francisco – n'a jamais su où se placer dans le monde – ce qui fait en général les plus humbles et les plus subtils des voyageurs. Dans les Enfants du froid, il raconte une épopée vers l'or du point de vue indien. C'était en 1897 : il quittait alors Oakland, en Californie, et s'embarquait pour la terre des "red-necks", le Klondike des chercheurs d'or, entre l'Alaska et le Canada. Bagarres, souffrances d'un no man's land partagé par ceux qui arrivent à se situer du côté de la loi du plus fort – à moins que le plus fort fût le froid : l'écrivain est observateur sobre et brillant, trempant la plume dans le réel, comme un Albert Londres, inventant déjà une nouvelle forme de journalisme née avec le siècle de l'information. Mac Orlan disait de London : "Ses livres sont ceux d'une génération malmenée, qui ne fut pas celle des cénacles littéraires." L'homme était révolté, véritable agitateur social et écrivain plus engagé que ce que la mythologie a fait de lui : lorsqu'il vit avec |
| Le Peuple d'en bas, les miséreux de Londres, il écrit un livre politique, lui qui adhéra aux thèses marxistes, et qu'on appelait déjà à 19 ans le "boy socialiste." Marchant sur ses traces jusqu'en Alaska, cent ans après le "Kipling du froid", Guillaume Cherel, dans son livre vivant et documenté écrit : "London, c'était l'énergie de vivre (...) c'était un cri de colère permanent. Un révolté de naissance. Pourfendeur d'injustices. |
| Pas un théoricien du communisme. Un véritable révolutionnaire actif. Il était le romancier des bagarres, qu'elles soient de saloon ou sociales. (...) London n'a pas vécu quarante ans, mais quarante vies (...) le chaînon manquant entre Mark Twain et Hemingway." Il est vrai que ses états de services ne sont pas ceux d'un pied-tendre : il fut tour à tour pirate, ouvrier, marin, vagabond, chercheur d'or, reporter de guerre, journaliste sportif, éleveur et fermier... |
| Rééditant les ouvrages qui pourraient être les meilleurs de London, Jean-Pierre Sicre, patron des éditions Phébus, écrit : "L'essentiel était que l'on en vienne un jour ou l'autre – et ce jour est là – à dévoiler en notre langue le vrai visage d'une oeuvre trop longtemps édulcorée, et qui mérite encore de nous parler. (...) Car London, prodigieux raconteur d'histoires (...) est bien plus que cela : l'un des premiers à avoir compris (...) que l'homme moderne courait à une méchante chute s'il s'avisait d'oublier, un jour, qu'il a des comptes à rendre au monde sauvage, dont il n'est jamais que l'enfant dévoyé." |
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1. Les Enfants du froid, le Peuple d'en bas et Patrouille de pêche viennent d'être réédités chez Phebus, collection Libretto, dans des traductions revues par Louis Postif et François Postif. 2. Guillaume Chérel, London, le mangeur de vent, Ed. Flammarion, collection Etonnants voyageurs, 2000, 248 p., 110 F. 3. Jack London, 50 photographies de Jeanne Campbell Reesman, texte de Michel Le Bris. |