|
D'AUTRES BATAILLES, D'AUTRES AMBITIONS Par Xavier Delrieu |
|
|
| Ça bouge, ça remue, ça s'agite. Entre OPE et OPA, la valse des fusions et des acquisitions fait tourner la tête de tous les acteurs de la nouvelle économie, celle qui est liée aux nouvelles technologies et principalement à Internet. Les hérauts annoncent leurs ambitions dans cette bataille planétaire. Le temps du ramassage des cadavres n'est pas encore venu, mais ne saurait beaucoup tarder. "Jusqu'ici, notre succès se limitait à l'Allemagne. |
| De même pour Club Internet dont le succès est centré sur la France ; les deux groupes ont des ambitions mondiales et nous avons donc posé les fondements pour atteindre nos ambitions globales, y compris dans le téléphone fixe", expliquait Ron Sommer, président du directoire de Deutsche Telekom, le mercredi 16 février. Le jour même, venait d'être conclu le rachat par Deutsche Telekom, via sa filiale T-Online, de Club-Internet, fournisseur d'accès Internet (FAI) totalisant 380 000 abonnés et jusqu'à présent détenu par le groupe Lagardère. |
| Le géant allemand, numéro 1 européen et numéro 2 mondial avec ses 4,2 millions d'abonnés, fait donc son entrée en France quelques mois après avoir pris le contrôle de l'opérateur téléphonique Siris. En échange, le groupe Lagardère reçoit 6,51 % de T-Online dont il devient le deuxième actionnaire. |
| Le montant exact de cet échange est particulièrement difficile à évaluer compte tenu qu'à la mi-avril 9 % du capital de Deutsche Telekom vont être introduits en Bourse. |
| Après ce rachat, Arnaud Lagardère, fils du père, affiche de grandes ambitions : "Nous avons le même objectif de devenir le leader mondial des fournisseurs d'accès à Internet". Le temps des entreprises nationales étant révolu, on se place aujourd'hui dans des perspectives européennes : "Après tout, poursuit le cogérant du groupe, il ne me déplaît pas que ce soit notre collègue allemand plutôt que l'américain AOL qui croisse en France". |
| Dans un tout autre domaine, mais toujours lié à Internet, Alcatel vient de se replacer dans la course technologique. On se souvient qu'en 1998 le géant français des télécommunications avait été sévèrement puni pour n'avoir pas satisfait aux exigences de la Bourse – en l'occurrence, aux fonds de pension made in USA. Son cours s'était pris un gadin historique. Il fallut remonter la pente, ce qui entraîna un retard dans les investissements. C'est pourquoi, le 23 février, Alcatel a annoncé l'acquisition de Newbridge, un fabricant canadien de matériel de télécommunications, spécialisé dans le transport de données à haut débit, et qui connaît actuellement quelques difficultés. |
| L'enjeu des années à venir sera à n'en pas douter l'Internet à haut débit, justement. En effet, pour véhiculer de la vidéo en temps réel ou plus simplement pour télécharger un film sans y passer trois nuits d'affilée, il est nécessaire de considérablement remanier les techniques qui ont fait le succès d'Internet mais qui aujourd'hui s'avèrent bien limitées. A l'heure où l'on propose de plus en plus de contenus, notamment grâce aux regroupements dans le milieu de la communication, il s'agit de ne pas rater la technologie qui prévaudra à l'avenir. Alcatel, qui est déjà très bien implanté dans le marché de l'une d'elles, l'ADSL, ne doit cependant pas être distancé par ses concurrents Cisco, Lucent et Nortel. |
| C'est pourquoi la firme française a acquis Newbridge qui commercialise une technique qui permet de faire passer la télévision, la voix ainsi que l'Internet à haut débit par le classique fil en cuivre du téléphone. L'une de ses originalités consiste à proposer la télévision différemment : on peut regarder ses programmes quand on le désire, le téléviseur se transformant en un simple terminal. Elle est déjà commercialisée en Angleterre, en Irlande ainsi qu'aux Etats-Unis. Cette acquisition n'a cependant pas fait l'unanimité dans les milieux boursiers puisqu'elle intervient tardivement. |
| Un petit tour maintenant chez Havas qui, un an après le rachat de Cendant Software, un groupe américain présent dans le monde des jeux pour PC (Sierra, Blizzard) et le multimédia éducatif (Coktel, Knowledge Adventure), tenait absolument à afficher sa bonne santé et ses intentions pour l'avenir. "Il y a un an et demi, Havas Interactive ne pesait que 100 millions de francs de chiffre d'affaire, autrement dit pas grand-chose, précisait Agnès Touraine, directrice générale adjointe d'Havas. Pour rester sur le marché du multimédia, il nous fallait acquérir une dimension mondiale". Aujourd'hui, Havas Interactive pointe en cinquième position mondiale sur le marché des logiciels pour PC. Mais ici encore, une présence visible sur les réseaux s'avère particulièrement stratégique. C'est pourquoi les sites américains de jeux en ligne de Sierra (Won. net) et de Blizzard (Battle. net) vont êtres lancés en Europe. |
| Un autre site à vocation européenne sera sans doute créé dès la rentrée scolaire de septembre : Education. com sera destiné aux élèves, aux parents ainsi qu'aux enseignants. Quoi de plus normal pour une société qui réalise la moitié de ses activités dans le monde de l'éducation ? "Il faut aller beaucoup plus vite et beaucoup plus fort sur Internet", a précisé Éric Licoys, président du groupe Havas. C'est pourquoi Havas "investira plus d'un milliard de francs dans Internet d'ici trois ans" a-t-il ajouté. Soit, mais à la vue des sommes qui circulent actuellement dans les secteurs concernés par la "nouvelle économie", un milliard de francs paraît une somme assez dérisoire. |
|
|