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ETRANGE DICTATURE Par Viviane Forrester |
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| Opinion publique. |
| "Le succès de l'Horreur économique est un signe politique qui prouve à quel point les gens sont politiquement en éveil. Je pensais que cette culture relevait d'une spécificité bien française, mais partout dans le monde cette conscience existe. J'ai pu m'en rendre compte au cours de tous ces débats que j'ai menés dans le monde entier. L'opinion publique a un rôle énorme à jouer et, d'ailleurs, elle se manifeste de plus en plus, après une période où les réfractaires à la pensée unique ont pu se sentir isolés. Il est urgent que cette opinion publique mondialisée se manifeste comme lorsqu'elle refuse les accords de l'AMI ou comme elle le fait à Seattle. Nous avons vu qu'elle l'emporte, sans violence et sans difficulté." |
| Les mots pour le dire. |
| "Il existe de plus en plus de termes piégés qui servent une propagande idéologique. Le terme de mondialisation surtout, qui amalgame le politique, l'économie et le social. Economie ? Ce que l'on nomme comme “ mondialisation ” qui serait une sorte de fatalité recouvre en fait une des mille gestions possibles de la mondialisation. Il ne s'agit pas d'une fatalité. La mondialisation peut être excellente ou désastreuse, selon la façon dont elle est gérée. On confond trop souvent ce qui relève d'une gestion ultralibérale de la mondialisation et la mondialisation elle-même. Ce n'est pas l'économie qui domine le politique aujourd'hui. Mais une certaine politique hégémonique basée sur une idéologie ultralibérale qui asservit la mondialisation et détruit l'économie réelle. Le concept même d'économie. L'économie réelle est liée aux destins des populations. Aujourd'hui, elle l'est d'abord au monde des affaires, lequel a basculé dans la spéculation, dans une économie virtuelle. L'économie réelle, réaliste, donne la priorité aux personnes. Or, nous vivons une période où des flux financiers anarchiques et virtuels ont la primauté sur les personnes." |
| Imposture. |
| "La mondialisation est un état actuel de l'Histoire. Il est neutre et dépend de la manière dont il est géré. Il l'est actuellement par une idéologie ultralibérale, sans contre-pouvoirs. Il existe mille autres façons de la gérer. Or, l'on nous impose l'idée qu'il n'y a pas d'alternative au modèle de société actuel que l'on nomme “ économie de marché ”. Dire qu'il n'existe qu'un modèle possible de société est stalinien. C'est absurde car une économie spéculative remplace l'économie de marché." Une étrange dictature. "Il s'agit d'une dictature sans dictateur, assez puissante pour supporter la démocratie. Si nous vivions sous une dictature absolue, nous regretterions les temps actuels. Cette “ étrange dictature ” délègue les pouvoirs institutionnels aux gouvernements mais garde la mainmise sur tout ce qui est à gouverner. Les grandes institutions économiques internationales (FMI, OMC, OCDE, etc.) dirigent les politiques internationales et locales sans être élues. Elles ne se préoccupent pas des affaires du monde, mais uniquement du monde des affaires. Autour du profit privé, réputé profiter à tous et générer automatiquement de l'emploi. Or, chaque jour des entreprises hyperbénéficiaires licencient en masse et voient aussitôt leur cote monter en flèche à la Bourse. Elles reconnaissent d'ailleurs que leur mode de gestion favori est l'abaissement du coût du travail, donc des licenciements." |
| La dignité des hommes. |
| "Selon la Déclaration des droits de l'Homme, tout homme a droit à un emploi. Si ce droit est refusé, il doit être compensé par une société qui remplirait son rôle. Il ne s'agit pas d'assistanat mais de dette. Les chômeurs sont laissés de côté mais aussi les gens vivant dans la précarité, même avec un emploi. La plupart refusent aujourd'hui ce sentiment d'humiliation qui paralyse sans raison. Il serait essentiel que les travailleurs et les chômeurs soient associés, manifestent ensemble, car il s'agit du même combat." Workfare. "Ce système s'apparente à un esclavagisme moderne. A ce que l'on nommait le “ welfare ”, le prix du bien- être, on a substitué le “ workfare ” qui, au bout de deux ans de chômage, supprime toute prestation sociale, déjà très faible, si l'on n'accepte pas un emploi, quels qu'en soient le contenu, les horaires, la localisation, le salaire. Quiconque refuse cette servitude se trouve sans aucune ressource et n'a pas de choix. Cette contrainte (qui diminue le chômage de longue durée dans les statistiques) est une insulte à la Déclaration des droits de l'Homme. Le plus inquiétant est l'indifférence dans laquelle elle a lieu." |
| Priorités. |
| "Aujourd'hui, il s'agit de renverser les priorités qui doivent logiquement aller aux secteurs de la santé, de l'éducation, etc. alors que des économies sont opérées d'abord sur ces secteurs qualifiés de “ déficits publics ”, car non rentables pour le profit privé. Il est hallucinant de voir des professions vitales pour la civilisation réclamer dans la rue plus d'effectifs et ne pas les obtenir alors que l'on nous parle de “ priorité à l'emploi ” ! C'est la logique de cette gestion ultralibérale. Elle n'a rien de fatal. On peut, il faut y résister." n V.F. |
| * Le choix des mots est de la rédaction. |
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