Regards Avril 2000 - La Planète

EXTREME DROITE
L'Autriche vue de Suède

Par Jonas Sjönstedt *


La constitution du nouveau gouvernement en Autriche a provoqué une vague de protestation et de désapprobation. Pas moins de 14 Etats membres de l'Union européenne ont réagi d'une manière extraordinairement forte, réaction nécessaire et bienvenue qui atteste de l'implication européenne. D'autant plus appréciée qu'elle aurait pu déjà se manifester dans d'autres cas, comme lors de la participation des néo-fascistes au gouvernement italien des années 90. En Autriche, Jorg Haider et son parti, le FPÖ, a basé sa politique sur le racisme et la haine des immigrés. Ce leader n'a pas craint d'exprimer lui-même tout le bien qu'il pensait des unités SS de Hitler. Le discours raciste, la mentalité qui le porte sont en eux-mêmes anti-démocratiques. C'est pourquoi il est nécessaire de réagir, que ce soit vis-à-vis d'un pays européen ou non.

Quelle intervention de l'Union européenne dans un pays membre ?

Evidemment, l'adhésion à l'Union européenne de l'Autriche rend la situation particulière. L'UE fonctionne indéniablement sur le mode supranational : les nouvelles lois, celles auxquelles les Etats doivent se soumettre, sont promulguées par le Conseil des ministres européen où les gouvernements de tous les Etats sont représentés. Dès lors, Haider et le FPÖ ont non seulement une influence dans leur pays, l'Autriche, mais aussi une marge politique au sein de l'Union, avec un pouvoir en ces lieux plus large que son propre parlement national, par le principe de supranationalité européenne. Dans ces circonstances, il était primordial pour la Gauche suédoise que la Suède et les autres pays membres réagissent fermement contre l'Autriche. Mais à entendre certains débats au Parlement européen et dans différents médias, il apparaît que se sont exprimées en cette occasion des positions peu raisonnables. Deux questions doivent être éclaircies.

1. Sur quels droits repose l'intervention directe de l'Union européenne dans la formation d'un gouvernement d'un pays membre ?

2. Pourquoi Haider et son parti ne sont-ils pas politiquement acceptables ?

1. La réponse à la première question me semble simple. D'un côté, l'Union européenne n'a pas et ne doit pas avoir à intervenir dans la formation d'un gouvernement de quelque pays que ce soit. Elle n'a aucun mandat pour ce faire. Il ne serait d'ailleurs pas recevable qu'elle ait à l'avenir un pouvoir d'intervention supérieur à celui du processus électoral national qui saperait un des principes même de la démocratie – l'électeur national restant maître du choix de son parlement comme de son gouvernement. D'un autre côté, les pays voisins de l'Autriche peuvent et doivent s'intéresser aux élections des gouvernements si celles-ci ont des effets dans les relations entre pays membres. C'est la raison pour laquelle il me semble important que la réaction contre l'Autriche émane des Etats-membres, et non pas de l'Europe en tant qu'entité politique. Si l'idée se concrétisait de faire de l'Union européenne le juge suprême qui fait et défait les gouvernements européens, cela rendrait caduc tous les discours sur l'Union comme association d'Etats indépendants. Le seul pouvoir dévolu à l'Union européenne est l'éventuelle suspension de l'Autriche si des atteintes aux droits de l'Homme étaient avérées, ce qui n'est heureusement pas encore le cas et les Nations unies devraient à leur tour se manifester.

2. Il est également important de savoir pourquoi le parti de Haider n'est pas acceptable. Les raisons s'examinent au regard du principe démocratique. Lorsqu'un parti comme le FPÖ a pour fonds de commerce électoral le racisme, il se place clairement hors du champ démocratique. Cependant, ce débat a fait naître, notamment au Parlement, une série de discours entretenant les plus insupportables amalgames et confusions. Des partis de gauche, le PCF et le Parti de la gauche suédoise en particulier, ont été à cette occasion montrés du doigt et catalogués comme "extrémistes". Si l'on suit la logique de la droite libérale européenne, il faudrait admettre que l'Union serait, à l'heure actuelle, en droit de s'immiscer dans les affaires de la Finlande, de l'Italie, de la France et partout où des communistes ou des partis de gauche participent au gouvernement. Cette logique montre combien les opinions peuvent s'égarer si l'on perd de vue le point de vue démocratique. Les critiques de Haider contre l'Europe ne peuvent être un motif de boycott, même si celles-ci lui ont permis de marquer des points sur le plan électoral. Le FPÖ a été partisan de la construction européenne, dès le début. Il a été le premier parti autrichien a réclamer l'abandon du principe de neutralité pour rallier l'OTAN. Il soutient complètement les accords de Schengen. Si Haider a tort de s'opposer à l'élargissement de l'Europe, ce n'est cependant pas sur cet argument qu'il faut à notre tour contester Haider. Notre démarche sera d'autant plus crédible et nous permettra de dialoguer avec les Autrichiens si nous nous en tenons au fond, à ce qui me paraît essentiel : le respect de la démocratie et la lutte contre le racisme. n J.S.

Traduit de l'anglais par Françoise Amossé


*Député de la Gauche verte suédoise.

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