Regards Avril 2000 - Points de vue

EXTREME DROITE
Des intellectuels autrichiens en lutte

Par Ulf Bierbaumer *


L'Autriche, jeune pays né en 1934, a manqué sa chance de nouveau départ à la fin de la guerre de 39-45.

A cette époque, tout recommence sur la base d'un mensonge. Ce ne sont pas les camps d'extermination qui restent dans les mémoires, mais la défaite de la Wehrmacht allemande dans laquelle beaucoup d'Autrichiens ont joué un rôle important.

Ce ne sont pas les écrivains exilés que l'on fait revenir, ce sont souvent les auteurs de l'austro-fascisme qui recevront les prix officiels. Ce ne sont pas les dramaturges de la résistance antifasciste des années trente comme Brecht ou Jura Soyfer qu'on monte dans les théâtres, ce sont souvent des reprises de mises en scène des années 40.

Depuis lors, les artistes et les intellectuels, anti-racistes et anti-xénophobes, sensibles aux problèmes de changements de langage, constatent un durcissement dans "les mots" de la politique. L'extrême droite et un certain journalisme – un Autrichien sur deux ne lit-il pas le Kronenzeitung, le journal de la Couronne ? – ne connaissent plus de tabous. Surtout dans l'utilisation du vocabulaire de l'époque nazie. Haider et Le Pen se ressemblent.

Des dérapages restent sans commentaires et plus en plus brutale se répand. Les écrivains et d'autres artistes le critiquent dans leurs revues, c'est le cas de Thomas Bernhard, de Elfriede Jelinek, de Werner Schwab. C'est ainsi que se formait, avant les dernières élections, une forte résistance anti-fasciste : l'Autre Autriche.

Cette autre Autriche ne se cache pas.

Elle dit que Schüssel prépare l'avènement de la droite xénophobe, qu'il déroule le tapis pour Haider, futur chancelier. Qui entre-temps se retire de la direction du "mouvement".

Acte purement tactique. L'Autre Autriche lutte. Les auteurs font des lectures en plein air.

Les diverses organisations des écrivains et des cinéastes annoncent le boycottage total de tous les membres du gouvernement.

Les manifestations continuent. La solidarité qui s'exprime de presque toute l'Europe a une énorme importance. Non seulement quand il s'agit de sanctions contre l'Autriche officielle, mais encore par le biais de fax ou de messages sur Internet.

La protestation est autant dirigée contre Haider que contre Schüssel, traître politique comme le pays en a connu d'autres, dans les noires années 30.

Pour prêter serment devant l'actuel chef d'état, Thomas Klestil, les ministres du nouveau cabinet avaient dû prendre les couloirs clandestins de l'ancien palais d'hiver des Habsbourg.

Ils devaient éviter la foule des manifestants.

Ils ont pris les mêmes chemins secrets que ceux qu'avaient empruntés les assassins nazis de Dolfuss en juillet 1934, tuant le parlementarisme de la jeune Autriche. Mais ce gouvernement qui commet chaque jour au moins une faute, fait un faux-pas, doit disparaître démocratiquement. Par la grande porte.


* Critique de cinéma, professeur d'université au Institut for Theater, Film und Medienwissenschaft de Vienne.

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