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ARTS DU TEMPS Par François Mathieu |
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| Un commissaire en retraite et un suspect sont face à face. Le premier connaît le second depuis toujours. Les questions sont courtes. Le suspect y répond avec sincérité, dévoilant ainsi, dans ce qui est en fait un long monologue, toute son histoire et parallèlement celle de son village. Noël est un frustre, à la limite de la débilité depuis un accident survenu dans son enfance – alors qu'il circulait sur un tandem avec sa mère, il était tombé sur la tête. |
| Employé plus ou moins par pitié comme factotum chez un important papetier libraire, il a découvert les agissements pédophiliques de son chef, les a dénoncés à mots couverts dans un lettre anonyme qui, mal comprise, a provoqué son licenciement. |
| Avant son accident, Noël était un enfant intelligent et cette intelligence resurgit souvent et, s'il est parfois un instrument, il est aussi un observateur au regard acéré et, en conséquence de sa simplicité, un témoin franc. Et si ce qu'il a vu et subi a fait de lui un assassin, le récit qu'il fait de sa conduite dépasse largement le fait divers et sa propre histoire. Il y a là tout l'art d'un des grands romanciers contemporains, Belge de langue néerlandaise. Le village qui, même s'il l'a quitté, s'impose au suspect, colle à sa vie en dépit de sa volonté. |
| Ce lieu prend ainsi des dimensions allégoriques. La bourgeoisie locale, avec, à sa tête, un notaire véreux, grotesque, monstrueux, est décrite avec férocité, mieux encore avec la haine lucide dont Noël (Hugo Claus?) est capable. Pédophilie, drogue, prostitution, trafics en tous genres, réseau terroriste intégriste, tout cela fait bon ménage. |
| Nul doute possible, c'est un portrait de la Belgique récente avec ses affaires scandaleuses et criminelles que brosse Hugo Claus avec talent. |
| Hugo Claus, |
| le Passé décomposé, |
| traduit du néerlandais par Alain van Crugten, éditions du Seuil, 170 p. 95 F. |
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