Regards Avril 2000 - Lectures

DERNIERES LIVRAISONS
Economie/Afrique du Sud/Environnement

Par Françoise Amossé, Gilles Couty, Jacqueline Derens, Jacques Freyssinet


Voir aussi Une alternative à la régulation marchande ?

L'e-phénomène

Aux États-Unis, 40 % des foyers sont connectés, ils n'étaient que 7 à 8 % à l'être cinq ans plus tôt. Mais 7 à 8 % c'est, à l'heure actuelle, le taux de connexions des Français. Encore un effort ! La "netéconomie" – les activités économiques sur Internet – nous mènera-t-elle, comme l'annoncent des économistes américains, vers un temps d'ultra-prospérité économique ? Voire. Ce qui est certain, c'est qu'en 1999, cette activité via le Web a généré un chiffre de 500 milliards de dollars. Le chiffre d'affaires dégagé par employé est supérieur de 65 % à celui des secteurs traditionnels. Comparativement, l'industrie automobile a mis cent ans pour atteindre les... 350 milliards de dollars. Même si les chiffres apparaissent discutables, les éléments de comparaison flous, il semble bien qu'il y ait de l'argent à faire sur Internet, les plus grandes entreprises l'ont bien compris. Depuis 1995, les réseaux sont devenus de nouveaux enjeux économiques, financiers et commerciaux, ouvrant leurs lignes au monde des affaires, rétrécissant les frontières entre l'offre et la demande. Tous les marchés sont concernés. Le succès financier du boom des processeurs est certain, comme il est sûr qu'Internet est le moteur d'une troisième révolution industrielle, à base d'information. Le parti pris de ce livre de Solveig Godeluck est tout entier contenu dans les qualités de son parrain, Jean-Michel Billaut, directeur général de l'Atelier de veille technologique de Paribas sur l'Internet marchand. Il a l'avantage d'être bien informé, étant bien entendu que les commentaires n'appartiennent qu'à leurs auteurs. n F.A.

Solveig Godeluck, Jean-Michel Billaut,

le Boom de la netéconomie,

éd. La Découverte, 135 F

La difficile sortie de l'héritage

Voici un recueil d'essais universitaires sur des questions fondamentales que le gouvernement sud-africain doit résoudre pour véritablement transformer le pays et sortir de l'héritage funeste de l'apartheid. Comment affirmer l'identité communautaire et construire une nation ? Quelle réforme agraire, quelle politique de redistribution des terres ? Quel rôle pour les autorités traditionnelles, avec une étude comparative entre la Namibie, le Botswana, l'Afrique du Sud ? Que veut dire être ouvrier aujourd'hui en Afrique du Sud ? Des essais aussi sur le camps de squatters autour de Johannesbourg, la Namibie, la Zambie, l'Angola et le Mozambique ainsi que sur la Sadec et les enjeux régionaux. Fruits de recherches effectuées par des sociologues, des économistes, des juristes ou des géographes, ces essais sont d'une lecture abordable et constituent des outils qui stimulent la réflexion, d'autant plus que certains partis pris ou affirmations peuvent irriter le lecteur. n J.D.

Dominique Darbon (sous dir.),

l'Après Mandela,

Editions Karthala, 195 F

Les enjeux de l'effet de serre

En 1977, deux chercheurs de l'Université de Princeton (Etats-Unis) font état de leurs recherches sur le réchauffement de la planète (de 2,9 degrés de sa température en cinquante ans) donc une élévation du niveau de la mer qui submergerait des zones côtières, des Pays-Bas à l'Inde. En 1990, un climatologue et un paléontologue français, Jean-Claude Duplessy et Pierre Morel, publient Gros temps sur la planète. Leurs arguments : élévation du niveau de la mer et augmentation de la force des vents jusqu'à 300 km/h avant le milieu du XXIe siècle. Le livre de F. Ploye, ingénieur centralien et chercheur, aborde le phénomène, qui n'est plus contesté par la communauté scientifique, sous son aspect le plus global, intégrant les travaux les plus récents. L'activité humaine, qui semblait avoir l'infini pour horizon, se retourne contre ses auteurs.

Les repères et les conditions de l'action humaine changent et vont changer. Les tempêtes récentes sont un signe. La conférence de La Haye réunira les 160 Etats du monde à la fin de l'année, dix ans après celle de Rio. Qu'en sera-t-il notamment de l'opposition américaine à la réduction des émissions de gaz ?

L'auteur a présenté son ouvrage au Sénat. Michel Moussel, président de la mission interministérielle "effet de serre" en a souligné l'opportunité : "Le réchauffement de la Terre [...] suscite partout une intense activité diplomatique ; mais compte tenu de l'ampleur de ce qui est en jeu – l'organisation de la vie au niveau mondial – il est indispensable et il est grand temps que l'opinion publique s'empare du problème : le livre de F. Ploye nous aide". n G.C.

François Ploye,

l'Effet de serre : science ou religion du XXIe siècle ?,

préface d'Hervé Le Treut, éd. Naturellement, 185 p, 110F

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Une alternative à la régulation marchande ?

Par J.F


La crise du mode de régulation fordiste ou keynésien des économies capitalistes, puis l'effondrement des économies à planification centralisée d'Europe orientale ont favorisé le retour en force des théories économiques libérales et leur ont donné une position idéologique dominante. Elles ont alimenté les préconisations de la plupart des organisations internationales (Banque mondiale, FMI, OCDE) et commandé, à des degrés divers, les politiques économiques nationales. L'ouvrage de Maurice Décaillot exprime d'abord le rejet argumenté de cette conception hégémonique mais là ne se situe pas son originalité.

Son projet est de renouveler la formulation d'une problématique alternative, "de proposer une vision des bases socio-économiques de la vie des sociétés humaines comme échange de travaux sociaux". Il ne suffit pas de dénoncer "l'horreur économique" ; mais montrer qu'une autre conception de la dimension économique du fonctionnement social, construite par le mouvement socialiste au XIXe siècle, conserve sa pertinence dès lors qu'elle intègre les transformations intervenues dans les techniques et les modes d'organisation, les formes de concurrence, le rôle de la monnaie et du financement, la composition du salariat et la nature de l'activité productive.

En second lieu, Maurice Décaillot ne se satisfait pas de la reformulation théorique d'une économie construite sur le travail et la satisfaction des besoins. Il propose un outillage technique de représentation des processus économiques qui a d'abord valeur pédagogique mais qui, au delà, fournit les instruments d'un débat sur l'efficacité ou la performance économique, non réduite à la seule maximisation d'un gain monétaire. On trouve là la double expérience de l'auteur comme enseignant et comme acteur direct dans la sphère économique. La question est simple : existe-t-il aujourd'hui "une alternative crédible à une régulation marchande mondialisée commandée par des critères de mise en valeur des capitaux" ? Maurice Décaillot ne propose "ni projet, ni appel" ; il ne croit pas à "un messianique progrès" ; il explore "les évolutions possibles et les marges de choix qu'elles offrent" ; il propose un "point de vue pour bâtir". .

Maurice Décaillot, Au-delà du marché. L'économie humaine, Ed. La Dispute, 1999, 314 p.

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