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GRAPHISME Par Jim Palette |
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| Fondés en 1989 par Gérard Paris-Clavel et Vincent Perrottet, les Graphistes associés voulaient d'abord faire réfléchir avec leurs images. L'exposition de Chaumont permet de comprendre combien ils furent inventifs. |
| Il n'est pas si fréquent de pouvoir prendre conscience de ce que représente un travail de graphisme étendu sur une longue période, pour faire l'économie d'une visite à Chaumont. Et si "le Bauhaus a survolé la France en avion", comme le dit Vincent Perrottet à propos de l'une des plus extraordinaires aventures visuelles de ce siècle, saisissons cette fois l'occasion qui nous est offerte. D'autant plus que ce collectif, constitué d'Anne-Marie Latrémolière, Odile José, Sylvain Enguehard, Vincent Perrottet et Mathias Schweiser (et qui vit également passer au cours de ces années Jean-Marc Ballée, Catherine Breitner, Denis Imbert, Anne Drucy, Romain Gaulin, Fabrice Praeger, Nathalie Minne, Stéphane Dety, Marie Auché, Cyril Nicolas et Thomas Lélu) a été porteur d'un projet d'ensemble adjoignant d'autres dimensions aux dimensions proprement graphiques de son travail. |
| De l'argent... |
| Les éléments qu'ils livrèrent en 1998 en réponse à un questionnaire du graphiste allemand Holger Bedurke, sur les questions de la responsabilité, du sujet et de la commande, du mode de travail et des finances, sont sur ce point révélateurs : "Comme toute personne qui maîtrise une technique ou un langage nécessaire à l'organisation humaine, le graphiste, qui est quelqu'un qui lit, écrit et, s'il le peut, invente des formes, des signes et des combinaisons de signes, est responsable de ses actes et de ses images. Un grand nombre d'entre eux produisent des messages virtuels auxquels ils ne croient pas, sans y mettre l'exigence artistique, calquant l'idéologie et les méthodes de leurs commanditaires. C'est le domaine de la publicité, rempli d'irresponsables visuels corrompus par l'argent, le confort petit-bourgeois et l'illusion de côtoyer le pouvoir. Aujourd'hui, dans les pays développés, il y a saturation et pollution visuelle des espaces privés et publics par les images (sans imagination ni invention) de la consommation de masse. La grande majorité des graphistes participe à ce mouvement qui abîme le regard et l'intelligence de leurs concitoyens. Donc, tout ce que nous préférons traiter, ce sont les sujets qui nous donnent la possibilité de réfléchir, de créer, de s'amuser, ceux qui, par leur nature, respectent le public et nous-mêmes". |
| ...et des ailes |
| Cette "façon d'être", qui, de fait, a exclu "les commandes commerciales où l'argent et le pouvoir organisent la relation humaine (avec les commanditaires il faut partager le sujet pour partager les images)", et la volonté de transmettre des messages qui avaient une réelle urgence à l'être, n'auront de cesse de mener ce groupe sur des terrains aussi divers qu'enrichissants. Ainsi de la santé publique ("Le Centre d'information et de prévention du Sida et ses responsables, Didier Joyle et Antonio Ugidos, nous ont donné l'occasion unique depuis douze ans de réfléchir sur l'expression de la santé publique, de présenter des contenus essentiels à tous les publics et non à des cibles, de remettre en question des décennies de messages administratifs ou publicitaires. si le mot fidélité a un sens, c'est ici qu'il peut être employé"), des luttes syndicales, à travers le comité d'entreprise d'EDF/GDF (CCAS), en liaison avec des écrivains et des photographes, "pour le plus grand bien de notre connaissance de ces luttes, de l'industrie et du service public", du théâtre, celui de Rungis dirigé par Joël Gunzburger, des musées, comme le musée Ziem à Martigues, ou des galeries d'art ("Françoise Courtiade à Toulouse a contribué à construire notre langage formel, à nous donner les ailes de la liberté, et, en absence de moyens, à inventer dans l'urgence"), du cinéma, en travaillant notamment avec le réalisateur Miroslav Sebestik (Ecoute, la Grande Verrerie blanche, Charlotte dans la ville, un CD Rom pour le centre Georges-Pompidou). |
| Sans compter le conte, de nombreuses autres identités graphiques, ni les images de pur plaisir ou envie décidées un matin ou un soir. On regrettera de ne pouvoir, dans le cadre de cet ar-ticle, prendre le temps d'emmener le lecteur dans la complexité de certaines couches d'images, et leurs superpositions, dans les choix et les bonheurs typographiques, dans la richesse des angles trouvés pour aborder les thèmes, dans ces subtiles lignes fines et blanches qui surmontent les photographies de Myr Muratet (avec Matthieu Csech et Marc Pataut, l'un des trois photographes à les avoir accompagnées) pour le travail sur l'image de la ville de Fontenay-sous-Bois, et y ajoutent une inédite dimension, on se contentera pour l'heure de cette phrase de Braque choisie pour l'un des documents du CRIPS : "Contentons-nous de faire réfléchir, n'essayons pas de convaincre." Et vous, tentez d'aller à Chaumont. n J.P. |
| Les Silos, 7-9, avenue Foch, 52000 Chaumont. Jusqu'au 29 avril. |
| Liquidation totale, la vie continue. Editions Dumerchez, coll. Pas de ville sans visages, dir. Patrick Giraudo, 296 p., 200 F. |
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