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HISTOIRE D' EXPO Par Jim Palette |
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| On ne présente plus l'agence Magnum, créée en 1947 par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, George Rodger et David Seymour. Ses archives ne comptent pas moins d'un million de documents depuis les années 30. Parmi les images que nous gardons d'un événement, il est rare que l'une d'entre elles n'ait pas été subtilisée ou arrachée au mouvement du monde par l'un de ses photographes. C'est cette exceptionnelle richesse patrimoniale (liée en grande part à son fonctionnement original de coopérative, l'agence étant détenue exclusivement par ses membres) qui vaut à "Magnum essais sur le monde" d'être aujourd'hui accueilli à la BNF (1). |
| Les photographes de la célèbre agence dressent un état du monde depuis la chute du Mur de Berlin, dans des "essais" engagés témoins des différents styles de la photographie documentaire contemporaine. "La démarche de ces photographes, qui produisent des images d'auteurs sans se soumettre à des impératifs économiques de commande susceptibles d'entraver leur liberté, s'accorde en tous points avec notre propre démarche de constitution d'un patrimoine original et de qualité, indépendant des effets de mode et de fluctuations du marché." |
| Souhaitée par les membres de l'agence réunis à New York en 1995, l'exposition veut d'abord, à l'instar de "Family of Man", celle d'Edward Steichen qui proposait déjà à la mi-siècle une approche subjective de la société humaine, rappeler "l'importance de choisir un point de vue et d'affirmer un style pour documenter le monde, alors même que le monde s'emballe pour Internet et que la presse illustrée cherche sa place face à la télévision". Il s'agit donc en quelque sorte de faire le point sur ces différentes possibilités de regarder le monde. Etant entendu que c'est de la "cohabitation perméable" entre des univers certains plus "artistiques", d'autres plus "informatifs" (lire à ce propos ce qu'écrit Michel Ignatieff de la rencontre fondatrice de deux personnalités au départ aussi éloignées que celles de Capa et de Cartier-Bresson), que Magnum a tiré son originalité, et très probablement sa force. |
| L'exposition rassemble donc autour de la figure d'Henri Cartier-Bresson, qui y présentera de nouveaux travaux, cinquante-six photographes parmi lesquels des membres célèbres – Eva Arnold, Josef Koudelka, Marc Riboud, Leonard Freed, Martine Franck, Raymond Depardon, Guy Le Querrec, John Vink... – et des nouveaux venus comme Martin Parr, Chien-Chi Chang, Bruce Gilden ou encore Lise Serfati, qui, grâce aux partenaires historiques de l'agence (Groupe CCF, Canon, Kodak, Dai Nippon printing, la FNAC) ont tous reçu une bourse leur permettant d'élaborer un projet libre de toute contrainte. |
| De cela, il résulte quelque quatre cents photographies sous forme d'"essais". Agnès Sire et François Hébel, les commissaires de l'exposition, les ont organisées en trois grands groupes : "Persistance des rituels", qui explore les fondements de nos sociétés, "Chroniques du chaos", qui en montre les maux endémiques, guerre, pauvreté, épidémies, catastrophes du milieu naturel, et enfin "Esthétiques du quotidien" qui détaille nos modes de vie, utopies ou expériences en matière de cadre de vie, de culture ou de consommation. "A Magnum, la critique est permanente. C'est une sorte de groupe de recherche fondamentale sur la photographie documentaire. Chaque photographe est encouragé à creuser son style, s'attachant à un sujet pendant plusieurs mois, parfois plusieurs années", le résultat est là aujourd'hui, impressionnant, sous nos yeux. n J.P. |
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1. Bibliothèque nationale de France, 58, rue de Richelieu, 75002 Paris. Jusqu'au 7 mai. Et dans le réseau des galeries photos de la FNAC. Et aussi Magnum, éd. Phaidon, 536 p., 617 photos, 399 F. |