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ARTS DU TEMPS Par Pierre Courcelles |
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| Prévert, il aurait eu 100 ans cette année, le 4 février. Donc, une imposante biographie lui tient lieu d'anniversaire, écrite par Yves Courrière. A force d'entendre le "Bizarre, vous avez dit bizarre ?" et le "T'a de beaux yeux, tu sais", on en est venu à oublier que ces deux formules utilisées dans les circonstances les plus diverses ont été écrites par Prévert, alors même qu'à les prononcer ont voit les images où elles ont été dites : Louis Jouvet à Michel Simon dans Drôle de drame et Jean Gabin à Michèle Morgan dans Quai des brumes, deux chefs-d'oeuvre de Marcel Carné, réalisés respectivement en 1937 et 1938 (Prévert écrira aussi pour Jean Renoir et Jean Grémillon, entre autres). Mais c'est ainsi : "longtemps après que les poètes ont disparu leurs mots courent encore les rues" (citation non garantie), c'est la rançon de la popularité. |
| A l'inverse, l'inventaire, on sait qu'il est de Prévert, mais on ne sait plus de quoi il est composé, au mieux on se rappelle qu'il y a quelque part des ratons laveurs. |
| Un sondage CSA réalisé en novembre 1999 pour le Parisien-Aujourd'hui-La Cinquième atteste d'ailleurs que Jacques Prévert est l'écrivain préféré des Français. Au reste, ce sondage ne faisait que confirmer ce qu'on savait par d'autres chiffres, ceux du nombre d'exemplaires vendus de son premier recueil de poèmes, Paroles, paru en 1946 : 2 millions d'exemplaires. |
| Sans compter les innombrables établissements scolaires qui portent son nom. Sans oublier les chansons colportées par les voix de Juliette Gréco, Yves Montand, Léo Ferré, Francis Lemarque. Mais Prévert n'était pas un bonhomme un peu bon papa, certains poèmes de Paroles en font foi. |
| Plutôt canaille, un peu voyou, beaucoup anar, antimilitariste, anticlérical, ça allait ensemble, rebelle, dissident, anti-embrigadement : "Embauché malgré moi dans l'usine aux idées, j'ai refusé de pointer." C'est tout Prévert, enfin presque car "engagé", il le fut, comme il l'entendait, à sa manière. Fréquentant les surréalistes, mais n'ayant jamais supporté l'omnipotence d'André Breton. |
| Ou pivot du Groupe Octobre qui portait au théâtre les textes contestataires de Prévert. Et même si Aragon et lui découvrirent qu'enfants ils jouèrent ensemble dans la même rue de Neuilly, il ne rentrera jamais au PCF, ("Je ne veux pas qu'on me mette en cellule"), compagnon de route, peut être, mais refusant la proposition d'Aragon d'écrire dans la revue Commune, dirigée par Paul Vaillant-Couturier. |
| Yves Courrière rappelle que la Nouvelle Critique, en 1950, éreintera Prévert de la plus belle manière stalinienne. |
| Et, plus proche, en 1992, dans les nouvelles Lettres françaises lancées par Jean Ristat, Michel Houellebecq fit paraître un article intitulé : "Prévert est un con." |
| De fait, si Prévert comptait parmi ses amis des écrivains de la trempe de Michel Leiris ou Robert Desnos, d'autres comme Jean Paulhan ou Albert Camus rejetèrent ce "Béranger du métro". Il n'y a donc aucune conclusion possible. Il y a aujourd'hui prescription. "Je suis comme je suis", chantait Juliette Gréco. n P.C. |
| Yves Courrière, Jacques Prévert, en vérité , |
| éd. Gallimard, coll. NRF Biographies, 719 p., 165 F |
| Dans la Pléiade, deux volumes sont consacrés à Jacques Prévert. Toujours chez Gallimard, dans la collection Découverte, un |
| Jacques Prévert, inventaire d'une vie par Bernard Chardère. |
| Dans la collection Folio, réédition d'un recueil de poèmes paru en 1984 : |
| la Cinquième Saison. |
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