Regards Mars 2000 - Edito

Le rendez-vous de Martigues

Par Henri Malberg


Comme tout bouge...

Voici le numéro un mondial de l'assurance, Axa, qui doit renoncer à augmenter les primes des familles de handicapés, à la suite d'une révélation du journal l'Humanité, reprise par tous les médias. Le géant Total Elf qui a perdu sa superbe après le naufrage de l'Erika. Et McDonald rudement malmené par les paysans du Larzac. Sur le plan social et à propos des 35 heures, des salariés refusent les pressions patronales et des luttes pour les salaires ont repris. Le sentiment que le capitalisme est florissant sur le dos du plus grand nombre est très fort. La fameuse "cagnotte" trouble la vie politique pour ce qu'elle révèle de possibles. Du côté de la santé, de la protection sociale et des retraites, l'actualité met en difficulté les partisans des fonds de pension et de la gestion comptable de la santé.

On peut également allonger la liste avec des événements internationaux. C'est la riposte des progressistes autrichiens et des forces de gauche en Europe à l'entrée de Haider dans le gouvernement de Vienne. Et la victoire électorale à Téhéran des réformateurs. Victoire des femmes, de la jeunesse, victoire du désir de vivre libre face aux intégristes islamistes dont on disait il n'y a pas si longtemps qu'ils étaient en train de gagner le monde. Naturellement, ce n'est qu'un début, etc. Mais apparaît aujourd'hui possible ce qui semblait impossible.

Le monde change. Le monde cherche de nouvelles réponses. Le capitalisme, le libéralisme n'ont pas gagné la partie. Pas plus que la haine du prochain, le racisme, la xénophobie, tout ce qui est avilissant et réactionnaire. Le 30e Congrès du Parti communiste français, qu'est-ce d'autre que la tentative de mieux comprendre les mouvements profonds de la société, de mieux répondre aux attentes, d'aider à tous les rassemblements avec tous ceux qui cherchent à révolutionner le monde. Et d'y contribuer comme communistes porteurs d'idées, de sens, de propositions, de luttes. En clair, une grande relance du communisme français.

Identifier le communisme. C'est le titre du dossier de ce numéro de Regards. Il met en dialogue Emmanuelle Cosse, Albert Jacquard, Danièle Linhart, Bruno Rebelle, Jean-Louis Sagot-Duvauroux et Robert Hue. En dialogues, et non en questions-réponses, comme le lecteur le verra.

Les semaines qui viennent sont pour les communistes essentielles puisqu'ils vont voter, choisir une politique et des directions. Cela comme un point d'orgue majeur après des mois de réflexions. Permettez-moi, au nom de l'équipe de Regards, d'exprimer notre fierté d'avoir avec Forum, qui en est à son numéro 7, contribué à explorer les questions, les problématiques posées à la société et au Parti communiste.

Le communisme cherche à redonner du sens dans une situation complètement nouvelle à son option de civilisation. Il cherche à renouveler sa pratique politique pour faire bouger les choses, rendre la vie meilleure, en ne perdant jamais de vue que l'objectif n'est pas d'aménager le système mais de le pousser dans ses retranchements, de le dépasser et le changer.

Comme parti politique, l'une des questions les plus pointues discutées entre communistes, comme on le verra dans "Forum" (1), c'est d'aller vers un parti communiste de notre temps, de le rénover profondément pour qu'il puisse être au service du mouvement de la société, une grande force rassembleuse et révolutionnaire.

D'où le débat sur des pratiques militantes mieux en rapport avec les aspirations individuelles, avec des expériences permettant de dégager des façons d'être communiste à partir de l'adhérent et pas seulement à partir des structures existantes. D'où aussi le débat sur des directions plus représentatives des nouvelles générations, de la place des femmes, et de ce qu'on appelle le métissage du peuple français. Au total, c'est bien l'avenir, le rôle, la façon d'être du Parti communiste qui sont en question.

L'affaiblissement électoral du Parti communiste depuis maintenant près de vingt ans a ouvert une béance politique et un déséquilibre qui donne sa chance à une gestion social-démocrate du système. Or, la domination de la gauche par le Parti socialiste avec les conséquences que cela entraîne, est-elle définitive ? Peut-on imaginer qu'un parti – celui des communistes – donne de la force à une autre voie que celle de la social-démocratie et lui dispute le terrain des idées et de la décision politique (2) ? Ainsi, de quelque façon qu'on le considère, le congrès de Martigues s'annonce comme un événement au plein sens du terme. n H.M.


1. Voir dans ce numéro de Regards.

2. Voir à cet égard le Comité national du Parti communiste du 15 février dernier.

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