|
OUVERTURE/COMMENTAIRE Par NASSER MANSOURI-GUILANI * |
|
Voir aussi Epargne |
| Quel est donc le véritable objectif des promoteurs de l'épargne salariale ? En dernière analyse, ils cherchent à promouvoir une logique patrimoniale par opposition à la logique salariale ; ce qui induit une autre conception de société et des relations sociales. En dépit de tous les discours sur la fin du salariat et fin du travail, les salariés constituent plus de 90 % de la population active occupée de la France. La relation salariale implique la rémunération de la force de travail sous forme d'un salaire fixé d'avance ; salaire qui, en France, comprend les cotisations sociales. Cette relation rend possible, entre autres, le financement d'un système mutualisé de solidarité bâti sur le travail. |
| Or, la doctrine libérale considère le travail comme un coût qu'il faut réduire afin d'augmenter la rentabilité du capital. Aussi, la promotion de l'épargne salariale vise en fait à réduire le coût salarial. Dans cette optique, au lieu d'être rémunéré en fonction de son travail et de sa qualification, le salarié aurait intérêt à l'être surtout en fonction de la valorisation du capital, de l'argent qu'il aura mis de côté, en vue d'obtenir une rente ; celle-ci pouvant prendre plusieurs formes : dividendes, intérêt et, surtout, des plus-values boursières. Cette conception aboutit à un changement profond de la responsabilité sociale de l'entreprise : au lieu de créer de la valeur ajoutée pour répondre aux besoins de la société globale, l'objectif devient la maximisation de la valeur boursière pour les actionnaires. Cette logique patrimoniale est porteuse de plusieurs risques. L'objectif de maximisation de la valeur boursière repose essentiellement sur une logique d'abaissement des coûts salariaux. Il tourne contre l'emploi et la reconnaissance des qualifications dans les salaires ; de ce fait, il nourrit des tendances déflationnistes (1). L'indexation de la rémunération de la force de travail sur les variations des valeurs boursières rend cette rémunération totalement aléatoire : si, en période de hausse des valeurs, le salarié-actionnaire peut espérer gagner des sous (et cela alors même que cette possibilité peut tourner contre lui, ses confrères et ses concitoyens ; ce qui n'est pas anodin), il va certainement perdre dans les périodes de baisse de la Bourse. Effectivement, plus la Bourse monte et plus s'accroît le risque de son effondrement. |
| Ces éléments posés, l'ampleur de l'épargne salariale et l'aspiration des salariés à son égard montrent que l'on ne peut placer le débat uniquement au niveau idéologique. Désormais, la question se pose aussi de façon concrète. Par exemple, comment mobiliser l'épargne des salariés au service de l'emploi et de l'amélioration de la situation sociale non seulement en France mais aussi dans les autres pays et surtout dans le tiers monde ? Comment utiliser l'actionnariat salarial comme un moyen d'intervention des salariés dans la gestion des entreprises ? Comment défendre les intérêts des salariés-actionnaires ? Et ainsi de suite. Ces questions sont autant de chantiers de travail et de mobilisation pour ceux qui se placent dans une perspective de dépassement du capitalisme (2). |
|
* Economiste. Dernier ouvrage paru :
l'Economie
française
en dix leçons, Les éditions de l'Atelier, 1999. 1. J'ai essayé d'expliquer
ce mécanisme tout au long
de mon livre l'Economie
française en dix leçons et,
notamment
au chapitre 6 : mobiliser
le système
financier
pour l'emploi. 2. Voir
notamment
J-Cl. Delaunay, "Actionnariat
et fonds
de pension :
le cas des
Etats-Unis",
la Pensée,
n° 319,
juillet-septembre 1999. |
|
Epargne Par N.M.G.
|
|
Les formes variées de l'épargne des salariés (participation, intéressement, plans d'épargne-entreprise, épargne-retraite, fonds de pension) constituent aujourd'hui une réalité de notre économie. En 1997, 19 000 entreprises, employant près de 4,5 millions de salariés, avaient un accord de participation. 60 % d'entre elles avaient distribué des primes d'un montant moyen de 6 106 francs. Le nombre d'entreprises ayant un accord d'intéressement s'élevait à 8 700 ; deux tiers d'entre elles avaient versé, en moyenne, une prime de 5 647 francs à près de 2,5 millions de salariés. 1,3 million salariés avaient un plan d'épargne entreprise (PEE) dans 8 702 entreprises, le montant moyen du dépôt par épargnant s'élevant à 14 283 francs. Les Fonds communs de placement d'entreprise (FCPE) détenaient en 1998 plus de 230 milliards de francs d'actifs, contre 49 milliards de francs dix ans plus tôt (1).La part du revenu disponible des ménages consacrée à l'acquisition d'actifs financiers (actions, obligations, parts de sicav, etc.) est de lOEordre de 10 % (10,6 % en 1998).
1. "L'actionnariat salarié :
vers un véritable partenariat dans l'entreprise", rapports
du sénateur
Jean Chérioux, rapports du Sénat, n° 500, 1998-1999. |