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PALESTINIENS Par Marina Da Silva |
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| Organisé à l'Institut du Monde arabe, en collaboration avec la Campagne pour le droit au retour des Palestiniens, un colloque rassemblait, fin décembre, des historiens, des avocats, des chercheurs pour traiter de la question du droit au retour dans tous ses aspects. |
| Exilés, les Palestiniens sont aujourd'hui plus de cinq millions hors de leur pays, entassés pour la plupart dans des camps de réfugiés misérables en Cisjordanie, à Gaza, au Liban, en Jordanie et en Syrie. Leurs conditions d'existence sont épouvantables, en particulier au Liban où ils sont privés de tous les droits. Les camps forment de véritables poches de ségrégation que les Palestiniens, sans aucune possibilité de mobilité sociale, ont endurées dans la perspective du retour. A la suite des accords d'Oslo, la situation a nettement empiré. Pour le philosophe Georges Labica, "Nous sommes aujourd'hui dans une société qui se place dans le discours du droit, droits de l'homme, droits de l'Etat, droit international... Mais ceux-là mêmes qui s'autorisent le droit de dire le droit ne le respectent pas". D'où une différence énorme dans la façon de traiter les réfugiés. En ce qui concerne les Palestiniens, les subtilités sont nombreuses entre ceux de 1948 considérés comme réfugiés et reconnus comme tels par les instances internationales, ceux de 1967 qui apparaissent comme des déclassés et ne bénéficient pas des mêmes droits que les précédents, et encore les exilés qui ne sont pas même répertoriés. |
| L'exclusion en marche pour "un peuple en trop" |
| On nous dit que dans notre société, qui est celle de la mondialisation, l'exclusion est inévitable", poursuit Georges Labica en constatant que "dans des sociétés d'abondance comme les nôtres, il y a des gens qui sont en trop. Du côté des Palestiniens, on a affaire à un peuple en trop qui gêne tout le monde" et concluant que "le droit d'ingérence a été inventé et fonctionne selon la simple loi du plus fort". Devant ce constat, quelles perspectives ? Elias Sambar, directeur de la Revue d'Etudes palestiniennes, souligne que si la question du retour passe par un traitement au cas par cas, selon les situations et la répartition géographique, Palestiniens placés sous le contrôle de l'Autorité palestinienne, Palestiniens en Israël, Palestiniens dans les camps, en exil... il est vital, dans les négociations, de défendre le droit au retour comme un droit national et inaliénable. |
| Stratégie de la division et de la dispersion |
| La stratégie du négociateur israélien est d'essayer de diviser ce droit en droits différents, liés à des communautés selon qu'elles sont au Liban, dans les territoires ou en exil. De traiter les réfugiés non plus en un peuple qui réclame un droit de nation mais en des communautés qui ont des problèmes selon leur emplacement géographique et social. Il est fondamental de défendre cette cause comme une cause nationale et d'obtenir le droit de la nation palestinienne à être chez elle." |
| Cette stratégie de la division est aussi celle de la dispersion. L'on assiste en effet à une politique généralisée visant à vider les camps de leur population et le droit de toute substance. Curieusement, les douanes danoises, britanniques, canadiennes... sont tout à coup devenues extrêmement accueillantes pour les réfugiés palestiniens. A travers ces facilités d'immigration, à une échelle de plus en plus massive, c'est le droit au retour dont les camps étaient emblématiques qui est directement visé. S'il dénonce sévèrement l'abandon des camps, les conditions de vie très dégradées (la population ne cesse d'augmenter et de s'appauvrir et aucune extension géographique n'est possible), Salah Salah, membre du Conseil national palestinien et représentant des camps au Liban, rappelle que "L'idée du retour a toujours été la base qui a caractérisé l'organisation du camp, les camps ne devant finir qu'avec le retour". |
| De la conscience du provisoire à celle du permanent |
| Ce retour semble aujourd'hui bien loin. Si l'on assiste à des bouleversements dans la région, ceux-ci ne sont pas en faveur des Palestiniens. D'ici un an, la totalité des pays arabes auront signé un traité de paix avec Israël. Les Palestiniens risquent alors d'être très isolés. Pourtant Israël n'obtiendra des Etats que des reconnaissances, sa légitimité passe par les réfugiés. En tentant de faire la paix avec seulement la moitié d'un peuple, de se redéployer grâce à l'absence de démocratie qui existe dans le monde arabe, les Israéliens se bercent d'illusions. Toutes les questions liées au statut final des négociations étant complexes et liées les unes aux autres, comment nier que le dossier du retour est une dimension politique, juridique et morale intégrante de l'auto-détermination ? |
| Comme l'a rappelé l'écrivain libanais Elias Khoury, c'est "l'attente qui a formé une conscience asilaire et donné naissance à l'OLP. Aujourd'hui la conscience du permanent va remplacer la conscience du provisoire". Une conclusion qui pourrait se prêter aux pires pronostics si ne se manifeste une solidarité active avec les réfugiés, pour exiger l'application des résolutions de l'ONU et notamment la résolution 194 appelant au retour des Palestiniens sur leur terre. . |
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