Regards Février 2000 - L'Evénement

CLIMAT
Esprit planétaire, es-tu là ?

Par Jean-Claude Oliva


Voir aussi L'agenda 21

Les scientifiques ont les premiers tiré la sonnette d'alarme à propos du climat. La perception croissante de ces problèmes par l'opinion publique est directement liée à leur message. Pourtant l'idée que les activités humaines peuvent avoir des conséquences sur la planète, le bon sens l'indique ; elle ne date pas d'hier, pour preuve l'opinion de Charles Fourier, il y a plus d'un siècle (voir encadré page 9). Aujourd'hui, le réchauffement climatique est acquis. Mais on continue à s'interroger sur les modifications de la dynamique des climats, au-delà de la seule température. Dans dix ou quinze ans, nous connaîtrons peut-être les données fines de ces effets dynamiques : réchauffement ici, refroidissement là, sécheresses ou précipitations accrues, tempêtes, courants marins, etc. A cet égard, il y a une attente forte vis à vis des connaissances scientifiques.

La communauté scientifique mondiale réclame des systèmes d'observation permanents de l'océan et de l'atmosphère. Un rapport tout récent de l'Académie des sciences américaine souligne que "les nations du monde devraient développer et améliorer le réseau de collecte de données climatiques" (le Monde du 15 janvier). Il y a encore à l'heure actuelle un manque général de données et une "couverture" très insuffisante des océans. Le rôle de la vapeur d'eau est important, on l'a vu, puisqu'il s'agit du principal gaz à effet de serre ; mais les nuages ne sont pas encore intégrés dans les modèles actuels d'évolution du climat. Interrogations aussi quant au rôle actuel des océans dans l'absorption de gaz carbonique : l'océan est-il en général (et a fortiori localement) un puits ou une source de CO2 pour l'atmosphère ? En 1995, le programme international CLIVAR a lancé pour quinze ans l'étude de la variabilité climatique.

CLIVAR, un programme international pour étudier la variabilité climatique

Son objectif principal est de mieux appréhender le rôle du couple océan/atmosphère dans le système climatique en mettant l'accent sur la variabilité à des échelles allant de la saison à un siècle. CLIVAR comprend à la fois des programmes de modélisation mathématiques et des phases d'observation. La France via le programme CORIOLIS-Atlantique contribuera au déploiement d'une instrumentation (avec les "profileurs" Provor, c'est-à-dire des flotteurs dérivants profilants) permettant d'effectuer des mesures en profondeur, en temps réel et sur une grande échelle spatiale. Un réseau d'observatoires "fonds de mer" doit voir le jour avec GEOSTAR qui sera installé en Méditerranée mi-2000. Outre des données sur le niveau des océans (voir "quand le niveau monte"), les satellites donnent des indications sur la température de la troposphère (au dessous de 18 kilomètres d'altitude) mais à ce niveau, le changement de température reste très controversé. D'où la nécessité d'approfondir encore une fois nos connaissances.

Deuxième perspective d'avenir, les mesures à prendre visant à limiter le rejet de gaz à effet de serre (GES). "Force est de constater, souligne Serge Antoine, président d'honneur du Comité 21 (voir encadré ci-contre), que si des mesures de précaution ont été prises rapidement après les accords de Montréal, en ce qui concerne la destruction de l'ozone stratosphérique par les Chlorofluorocarbones (CFC), il n'en va pas de même pour les gaz à effet de serre. C'est que les enjeux concernant les activités humaines sont bien plus considérables."

La question cruciale des choix énergétiques au niveau mondial

La question des choix énergétiques qui à elle seule mériterait un dossier complet, est posée de façon cruciale. Les pays développés qui devaient diminuer leurs émissions de GES de 5 % en 2010 par rapport à 1990 les ont augmentées. En 1995, les Etats-Unis (premier émetteur mondial) dépassent de 5 % le niveau de 1990, le Japon et le Canada de 8 % ; la France généralement considérée comme une bonne élève de Rio, concède néanmoins une hausse de 2 %. Ce sont les transports (camions et automobiles) qui sont les premiers responsables de l'émission de CO2 dans notre pays (37,7 % contre 27,7 % pour l'industrie). D'évidence, les mesures à prendre impliquent des changements des modes de production et de transports qui sont au coeur de l'organisation de l'économie et de la société capitalistes.

Paradoxalement, les pays en développement, notamment la Chine, semblent arriver à limiter la hausse de leurs émissions. Il n'en reste pas moins vrai qu'un incontournable problème pointe à l'horizon. Aujourd'hui, les pays en développement produisent entre 30 et 40 % des GES au niveau mondial mais qu'en sera-t-il en 2050 ? Comment limiter ces émissions sans les technologies ultra-sophistiquées sur lesquelles parient les Etats-Unis avec plus d'un milliard de dollars d'investissement par an, sans aide internationale et sans sacrifier des populations déjà durement éprouvées ? "En ce qui concerne l'Afrique, la lutte contre l'effet de serre ne peut qu'aller de pair avec la lutte contre la pauvreté", insiste Serge Antoine. Le lien entre global et local se trouve ainsi posé d'une façon inédite.

Des causes locales ont une action globale et vice versa. Des émissions de CO2 relativement localisées à certains pays développés comme les Etats-Unis, semblent d'ores et déjà entraîner un réchauffement global. "L'atmosphère ne respecte pas les frontières et le gaz carbonique ajouté se retrouve partout, note Robert Kandel. Par l'effet de serre de la vapeur d'eau et du gaz carbonique, l'atmosphère transmet à toutes les parties du globe les réponses climatiques aux perturbations humaines." D'évidence, cela nécessite des stratégies planétaires, des coopérations élargies et les programmes internationaux comme CLIVAR, les rencontres comme celles de Rio ou de Kyoto en font partie. Mais l'action peut être locale : par exemple, établir le bilan d'une entreprise ou d'une commune sur l'émission de GES et en déduire des mesures concrètes. En France, un "mémento des décideurs" a été élaboré en direction des collectivités territoriales par le ministère de l'Environnement. Au Japon se développe un mouvement des communes japonaises prenant des engagements de limitation de rejet des GES à cinq ou dix ans.

Prévoir les changements climatiques à l'échelle locale ou régionale qui intéresse les populations, agir sur les causes humaines, ne suffit pas. Il faut aussi faire face aux événements. Les Néerlandais dont une partie des territoires se situent au dessous du niveau de la mer ont déjà prévu pour leurs digues 70 centimètres supplémentaires correspondant à la montée du niveau des océans. Mais quelle solution pour des îles du Pacifique ou pour le Bangladesh ? Certains modèles prévoient un réchauffement plus important vers les pôles. Il n'est pas exclu, confie Philippe Roqueplo, auteur de Entre savoir et décision, l'expertise scientifique (éditions de l'INRA), que certains pensent y gagner et valoriser des régions entières aujourd'hui désertiques comme la toundra : "dans cette affaire, tout le monde n'a pas forcément les mêmes intérêts."

Même raisonnement pour les ressources en eau, réparties de façon inégale sur le globe et déterminantes pour l'agriculture et la consommation humaine. Les effets des changements ne seront pas les mêmes partout, semant la désolation ou de nouveaux poirs selon les endroits. Dans des pays comme la France, la dynamique des précipitations et des vents est à regarder de près. Si le régime des précipitations augmente, multipliant les risques de crues dévastatrices, l'aménagement de fleuves, comme la Loire peut devenir une nécessité incontournable. Il s'agirait alors de passer d'une écologie de conservation des sites à une écologie plus active et plus responsable : c'est le principe de précaution. Ce n'est pas l'inaction de peur que... mais l'action pour éviter les conséquences prévisibles de phénomènes naturels et/ou d'activités humaines.

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L'agenda 21

Par J.-C.O.


L'Agenda 21 a été inventé lors du sommet de la Terre en 1992. Il s'agit d'une stratégie d'actions, à toutes les échelles, pour les années à venir, le XXIe siècle... L'action doit se faire avec l'ensemble de la population locale, société civile et institutions. L'objectif visé est le développement et la gestion de la collectivité, d'une façon durable dans le temps, dans le souci des générations futures, autonome (notamment pour les pays du Sud), économe des ressources et prévenant les risques. La dimension environnementale y est étroitement associée aux dimensions économiques et sociales dans la lutte contre la pauvreté, par exemple. Isolés, l'environnement ou le social n'ont pas de sens. Aussi sont-ils considérés comme un tout cohérent. En France, à la suite de Rio, est né le Comité 21, regroupant des associations déjà existantes. Il élabore des propositions, des outils pour les collectivités dans la perspective du développement durable.

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