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Un triple défi Par Henri Malberg |
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| Le Parti communiste est en mouvement. C'est indiscutable, visible. Cela se lit dans les textes discutés actuellement en préparation du XXXe Congrès. Cela se voit dans la tribune de discussion de l'Humanité comme dans le supplément Forum qui paraît depuis six mois dans Regards. |
| Un secrétaire fédéral a écrit dans l'Humanité voici quelque temps que les communistes étaient agacés par tout ce qui pouvait ressembler à une sorte de consensus mou sur un nouveau cours du Parti. La remarque est juste. Ce à quoi aspirent les communistes et les personnes attentives à ce congrès, c'est une réflexion et des options claires. C'est le cas avec la parution ces jours-ci de sept textes "brefs" qui, dans des domaines essentiels, proposent des alternatives et des choix. A chacune et chacun, qu'il exerce des responsabilités ou non dans le Parti communiste, d'exprimer son cheminement de pensée et son opinion. |
| C'est un profond débat démocratique qui est en cours, un appel à l'intelligence collective. Débat ouvert, évolutif, et qui se fait en rejetant l'esprit de tendances et la tentation, rare d'ailleurs et isolée chez les communistes, de se mettre en ordre de bataille. Entre communistes, on se parle et les réponses ne sont pas toujours évidentes, raison de plus pour s'écouter et construire ensemble. |
| Le congrès du Parti communiste, dans quelques semaines maintenant, sera très important. Chacun sent bien que des choix doivent être faits, des idées nouvelles lancées, des expériences entreprises. Il faut avoir l'audace de la remise à plat des questions politiques et d'organisation. L'audace d'ouvrir une nouvelle page. |
| Ce n'est pas insulter le passé, ou le sous-estimer, que dire que des réponses nouvelles doivent être apportées dans un monde complètement bouleversé. Au contraire, c'est la véritable façon d'être fidèle à la source. Le Parti communiste se trouve, en vérité, devant un triple défi. |
| Le premier défi, c'est qu'il est de quelque façon sommé de dire plus nettement pourquoi il combat, ce qu'il propose comme réponses aux problèmes actuels. Une certaine façon de répondre aux questions, pleine de certitudes et d'un savoir historique dont les pages à venir semblaient aller de soi, ne sont plus de mise. Les communistes pensent que c'est le mouvement de la société elle-même et l'intervention du peuple, l'élargissement de la démocratie et la part de spontané dans laquelle il faut s'immerger, s'instruire, pousser tout ce qui va de l'avant contre le capitalisme, tout ce qui aliène les individus et enchaîne la société. Ne pas prétendre tout savoir ne veut pas dire ne rien anticiper. Ou au moins tenter de le faire. Beaucoup de gens – et les communistes aussi – attendent des analyses pointues, une critique nette du monde comme il va et des idées, des propositions, des objectifs. |
| Une anecdote : un dimanche vers 19 h sur France 2, à l'émission de Michel Drucker, Gérard Miller faisait référence, pour prouver que la gauche existe, à la proposition communiste de contrôle des fonds publics versés aux sociétés privées (1). Il y a bien dix, quinze idées fondatrices comme celle-ci qui n'appartiennent certes pas qu'aux communistes, mais qui ont besoin d'être nettement exprimées au nom du Parti communiste. |
| Il est indispensable que le Parti communiste sorte de son congrès plus au clair avec la perspective à venir et les objectifs de son combat. Objectifs qui vont au-delà – et qui dès aujourd'hui sont bien plus exigeants – que la politique du gouvernement actuel. Ce qui ne veut pas dire, pensent le plus grand nombre des communistes, qu'il ne faut pas être dans ce gouvernement et pousser les choses le plus loin possible. |
| Et puis, des questions théoriques se posent qu'il faut élucider. Par exemple, qu'en est-il du nouveau rapport entre individu et collectif ? Entre Etat et pouvoir démocratique, entre la reconnaissance absolue de la diversité communiste et le besoin de cohérence. Entre nations et mondialisation (2). |
| Le deuxième défi tient au Parti lui-même. Il y a en France 200 000 adhérents au PC, il y en a sans doute autant qui, ces dernières années, ont été communistes et ne le sont plus du fait des aléas de la vie. Et tant de jeunes dont les aspirations sont les mêmes que celles des communistes. Qu'avons-nous à nous dire nous-mêmes, sur le sens de notre engagement, sur nos succès, sur nos échecs, sur notre fonctionnement, sur nos directions et nos dirigeants ? Il y a bien besoin d'un grand déballage fraternel sur les conditions à créer pour que le Parti communiste soit bien mieux un pôle de combativité et de confiance. Et un pôle créatif, car il y a des choses à inventer. Pensons à cette contradiction : des personnes, des mouvements, des forces progressistes s'ébranlent dans ce pays sur des objectifs exigeants. Chacun voit dans sa famille, parmi ses amis, beaucoup d'idées très avancées faire leur chemin. Est-ce qu'une partie de ces personnes, de ces mouvements si proches de la pensée communiste– ou est-ce l'inverse ? – ne pourraient pas se retrouver dans un parti communiste moins rigide, renouvelé, dont la vie d'organisation serait plus souple, plus diversifiée. |
| Ou encore, et c'est le plus probable, comment tant de gens pourraient trouver des formes de relations régulières avec le Parti communiste ? Et comment inventer des formes plus diverses d'activités communistes qui correspondent à la diversité des centres d'intérêt ? Par ailleurs, la cellule reste indispensable comme organisation de proximité, mais ce n'est pas la seule possible. Il y a bien des choses formidables dans ce parti communiste, des initiatives, des luttes qui se mènent, des gens de valeur, des militants, des élus, des femmes remarquables. Combien sont estimés, parfois admirés. |
| Et, en même temps, risquons le mot, combien de scléroses, de choses bloquées, de réflexes automatiques dictés par l'habitude, de pratiques qui ne rencontrent pas la vie, les aspirations et les mouvements progressistes de fond de notre époque. La vie, sous le poids des mutations et la pression des exigences capitalistes, est littéralement soulevée par l'intensité, la rapidité. Le Parti communiste est-il organisé pour faire face à ces rythmes, à l'apparition des choses, la rencontre avec les personnes et les collectifs qui sont engagés dans des luttes transformatrices. |
| Enfin, il y a un troisième défi, le rapport entre le Parti communiste, qui est un parti politique, et la diversité des mouvements, le syndicalisme, le féminisme, les courants progressistes dans la jeunesse, ce qu'on appelle les mouvements de société, tout ce bouillonnement dont l'existence sur la scène française, européenne et mondiale constitue une nouvelle chance pour la transformation anticapitaliste de la société. A cet égard, le lecteur trouvera dans Forum de ce numéro une discussion extrêmement pointue sur les rapports entre le Parti communiste et le mouvement social entre Claude Debons et Michel Deschamps (3). |
| Les temps changent. Jacques Chirac vient de dénoncer le pouvoir exorbitant de l'argent. On peut sourire et protester. En vérité, une grande expérience est en cours. A Total-Elf et rentabilité financière s'associent marée noire et mépris pour l'intérêt général... A EDF, SNCF, Télécoms et services publics de l'Equipement s'associe l'image positive du service rendu à tous. |
| Tout cela a un sens. |
| Les temps changent. . |
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1. Il s'agit de la proposition de loi
des députés communistes défendue par Robert Hue. 2. et 3. Voir le Forum dans ce numéro. |