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CONSEIL CONSULTATIF Par Bertrand Geay, François Bouillon, Jean-Yves Rochex |
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| Bertrand Geay |
| Tout appel qui va dans le sens de la reconstruction d'une alternative aux politiques scolaires menées depuis dix ans mérite d'être pris au sérieux. Cet appel s'attache à définir un cadre critique vis-à-vis de l'organisation actuelle de l'institution scolaire, en réfléchissant aux questions des savoirs, de l'argent, etc., tout en construisant une critique radicale bien différente des solutions actuelles, teintées de libéralisme. Une telle aspiration libérale est à l'oeuvre dans ce que je nomme, à dessein, le "management" éducatif, notamment dans la formation des cadres de l'Education nationale. Cette version technocratique du projet est une dénaturation des aspirations de rénovation pédagogique. Il s'agit d'un dévoiement des courants modernistes, happés par le "mouvement" libéral, au service d'une institution qui évalue, mesure, et rééquilibre les ressources dans une perspective purement utilitariste. Nul ne s'interroge sur cette réalité qui vise, entre autres, à la ségrégation. Or rien n'est plus facteur de dégradation des conditions de travail et des enseignements que ces élèves qui viennent à l'école sans y trouver des voies de réussite. A terme, on se prépare une réforme libérale encore plus radicale pour l'avenir. Il faut sortir de cette voie, réinterroger les savoirs, mais aussi les modes d'organisation institutionnelles. Il s'agit également de défendre des points essentiels. On n'est pas non plus sommés de répondre à l'obligation de moderniser. Ces interrogations essentielles sont au coeur du Conseil consultatif . |
| François Bouillon |
| L'avenir de l'école est en grande partie déterminé par la capacité de l'ensemble des forces sociales concernées à entrer en dialogue. L'autonomie de chacun ne doit surtout pas être une interdiction à échanger des points de vue. C'est pourquoi j'ai répondu à l'invitation du Parti communiste. La deuxième raison de fond, c'est qu'il me semble que nous sommes à une époque charnière du système éducatif. Des mutations sont en cours, d'autres à venir. Le sens de ces dernières n'est pas donné mais il importe, de toute urgence, aujourd'hui, d'en tracer les lignes et de peser dessus. Et ce, dans le sens d'une plus grande efficacité du service publique pour une école de l'égalité. |
| Jean-Yves Rochex |
| Je suis de ceux qui déplorent au moins trois choses : d'abord la confusion et le piétinement des débats sur l'école, entre les tenants de l'idéologie républicaine et les innovateurs ou les pédagogues mous. Il me semble qu'une véritable ouverture de la presse sur l'école ne consiste pas à donner la parole aux uns puis aux autres. Les questions qui se posent au système éducatif ne sont pas celles que l'on trouve dans les débats médiatiques. C'est pourquoi il est avant tout essentiel de déconstruire les interrogations. Deuxième chose : le déficit de pensée politique et syndicale sur l'école est patent, depuis longtemps. On est dans une espèce d'impensé libéral. La pensée ministérielle est, à mon avis, massivement soumise à la politique libérale, même si Allègre n'est pas Madelin. Troisième point, je suis convaincu qu'il y a une attente considérable de la part de tous, professeurs, enseignants et public. Pour dire les choses à l'envers, il y a une responsabilité sociale extrêmement importante de la part d'un collectif de ce genre et qui dépasse la dimension organisationnelle de tel ou tel courant. En France, l'école est une passion politique. Il faudra que nous soyons vigilants sur le mode de travail. Des collectifs d'intellectuels il en existe en bataille. |
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Bertrand Geay est sociologue à l'université de Poitiers et chercheur au Centre de sociologie européenne de Paris. François Bouillon est professeur de philo- sophie et syndicaliste. Jean-Yves Rocheix est Maître de conférences en Sciences de l'éducation à l'Université de Paris-VIII. |