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CONSEIL CONSULTATIF Par Michel Simon * |
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| L'école doit-elle "enseigner" des savoirs ou développer en chacun l'aptitude à acquérir et à faire siens des savoirs, scolaires et non scolaires, et cela tout au long de sa vie ? Dans la société "informationnelle" et mutante où nous entrons, n'est-ce pas le second de ces enjeux qui devient décisif ? Soyons clairs, tant les pressions sont fortes pour imposer un enseignement "light" : on ne saurait opposer l'un à l'autre ces objectifs. Il existe un impératif de culture commune, et une tête bien faite (l'exemple de Montaigne lui-même le prouve) ne saurait être une tête vide. En outre, rien n'est peut-être plus favorable à l'acquisition de capacités et de propensions à apprendre "transposables" que l'approfondissement (joyeux si possible) de disciplines déterminées, lesquelles ne peuvent être en nombre infini. |
| Pourtant, forçant derechef le trait, j'aurais pour ma part tendance à écrire (fort banalement, j'en conviens) que l'école se juge d'abord aux esprits qu'elle forme et aux chances qu'elle donne en la matière à tous, quels qu'ils soient, et quelques différentes que puissent être les voies d'accès à la culture et à sa reconnaissance sociale, compte tenu de la diversité des milieux sociaux et de la singularité de chaque individu. Tout (connaissances, repères évidemment indispensables, etc.) me semble devoir être subordonné à cette fin. Dit autrement, l'objectif, me semble-t-il, est que chacun, à partir d'un "socle" partiellement commun, puisse, pendant et surtout après son passage scolaire, se développer librement selon sa pente et "picorer" où il en a envie (quitte à "tuer le père" professoral si nécessaire, sport qu'il m'est arrivé de pratiquer non sans allégresse, quelque gratitude que j'éprouve à l'égard de plus d'un de mes maîtres). Cela s'articule à l'évidence à la formation continue et, au-delà, à la libre conduite par chacun de sa vie. |
| Penser l'avenir sans oublier le passé |
| J'ajoute que l'accès aux productions artistiques (littéraires incluses : goûter un texte, est-ce un "savoir" ?) et aux joies qu'elles fournissent, tout comme à un usage maîtrisé du corps (EPS) et au plaisir de vivre qu'il procure, cela entre dans les missions d'une école orientée vers l'épanouissement multilatéral des individus. Le dire ne remet pas forcément en cause la primauté en dernier ressort ("basique") des "savoirs", ni l'extension qu'on peut donner à ce terme, à la condition qu'on s'en explique. Dans la formulation actuelle (" |
| L'école doit être jugée d'abord sur ce qu'elle enseigne") (1), je crains que beaucoup n'entendent matières, programmes, examen, bref : le moule. Non que je récuse quelque chose de tout cela (sauf, et très énergiquement, le moule, en même temps que toute conception étriquée, voire utilitariste de l'école, laquelle me paraît sous-tendre plus d'un aspect des orientations actuelles et de leurs justifications "démocratiques"). De toute façon, (ici, c'est le communiste qui parle) la clarification s'impose, en ce domaine comme en tout autre. |
| Surtout quand on pense au passif qui est le nôtre (cf. notre rapport à Freinet et à ses successeurs), lequel ne supprime pas l'actif (Langevin-Wallon), mais continue de peser très lourd. Y réfléchir n'est pas s'auto-flageller. Et ce n'est pas hors de saison. n M.S. |
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* Sociologue. 1. Iintitulé de l'appel lancé à l'initiative du PCF. Cf Regards 53 (janvier 2000). |