Regards Janvier 2000 - Supplément

RAYON LIVRES
Pour le pluralisme dans les sciences

Par Françoise Amossé


Qu'est-ce qu'avoir un point de vue naturaliste sur la culture ? Et pourquoi en avoir un ? Avec la Contagion des idées, Dan Sperber pousse au plus loin son... idée. L'apport des sciences cognitives aux sciences sociales se présenterait comme une lumière pour mieux comprendre les comportements individuels et ceux de la société, mieux saisir les représentations que l'on a de soi, de ses désirs, des projets qu'on forme pour soi et pour la société. C'est la raison pour laquelle ce forcené du croisement des connaissances, de la transversalité des échanges sur les savoirs, du pluralisme des sciences, développe le thème central de son livre en deux cents pages. Passionnantes. A partir d'un processus matériel, via le cerveau de l'individu, la culture est faite en premier lieu d'idées "contagieuses", chargée de psychologie, très humaine, qui envahissent, sous différentes versions, les populations entières, de manière durable... Dan Sperber n'ignore pas les difficultés qui se lèvent pour se faire comprendre à ce sujet. L'utilisation des mots est déjà fort connotée. Contagion, épidémiologie, cela sent sa "maladie", sa "folie", sa biologie... Et pourtant, "il s'agit de se doter d'un nouveau et puissant moyen de comprendre et d'expliquer les phénomènes sociaux. L'épidémiologie des représentations vise non à se substituer aux moyens de compréhension existants, mais à s'y ajouter".

Biologie, psychologie humaine et sciences sociales ? Leur immixion crée moult inquiétudes que Dan Sperber n'ignore pas. Il nous rassure : si l'image, la représentation de nous-mêmes et du monde que renvoie la psychologie cognitive et une épidémiologie des représentations, peut effrayer parce que rien n'y serait immédiatement reconnaissable, de par la nouveauté qu'elles recèlent, rien à craindre : objectivement, "les images plus ordinaires que nous avons de nous-mêmes ne sont pas menacées. La physique moderne laisse intacte l'image du monde matériel sur laquelle nous nous guidons. De même, aucune science sociale à venir ne se substituera à nos savoirs intuitifs. Au plus, elle les mettra en perspective".

Ne craignons donc plus d'être contagieux. Soyons curieux et lisons Sperber.

Dan Sperber,

La Contagion des idées,

Editions Odile Jacob

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