Regards Janvier 2000 - Points de vue

VOTE DES IMMIGRES
Pour un nouveau vivre-ensemble

Par Serge Guichard *


Le droit de vote aux étrangers, une idée qui fait son chemin... Que voilà une affirmation remarquable, étonnante et réjouissante. Comment comprendre l'évolution de l'opinion sur cette question, que peut-on en déduire ?

Il faut d'abord rappeler que l'émergence d'une opinion majoritairement favorable au droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales et européennes (selon les termes du sondage du 7 novembre qui donnait 52 % d'opinions positives) n'est pas conjoncturelle, inattendue. Les observateurs et militants concernés savaient que depuis plus de dix ans, les opinions favorables à ce droit de vote progressaient régulièrement. Notre joie au vu du résultat du sondage n'en fut pas moindre.

Sans doute y a-t-il plusieurs raisons. Les luttes des "sans- papiers" qui ont fait émerger un autre regard sur les migrants sont sûrement l'une des explications. Peut-on y ajouter la perception d'une nécessaire évolution de la citoyenneté, de la nation, pour les ouvrir aux mouvements du monde, aux enjeux de notre époque ? Je le crois. Le sondage évoqué comporte évidemment d'autres questions, qui montrent diverses ruptures. L'une est de génération, puisque 73 % des jeunes de moins de 25 ans sont pour ce droit de vote. Un fort clivage droite-gauche apparaît sur cette question de société. Les "électeurs-sympathisants" de gauche sont à 66 % pour, contre 36 % de ceux de droite. Enfin, on aurait tort d'oublier que 43 % des Français sont pour accorder ce droit aux législatives.

Autrement dit, l'argument selon lequel l'opinion n'est pas prête est levé. L'annonce par le groupe communiste d'une proposition de loi constitutionnelle a provoqué un vrai débat dans les partis politiques qui montre, à tout le moins, qu'aujourd'hui une très large majorité parlementaire peut être obtenue. C'est pourquoi nous proposons de ne pas en reporter le gain en 2007 mais de l'obtenir dès 2001.

Cette revendication de justice, de bon sens, rencontre, dans son évidente simplicité, de grands chantiers politiques. La déconnexion entre citoyenneté et nationalité, déjà à l'oeuvre avec l'Europe, ouvre de nouvelles ressources pour l'émergence des souverainetés, des autonomies, leur expression dans le quotidien et la conscience des partages nécessaires, la recherche d'un nouvel "en-commun". Nous avons tous à puiser, à gagner avec ce droit nouveau.


* Membre du comité national du PCF.

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