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PLANETE LIVRES Par Françoise Amossé, Alain Peter et Roland Pfefferkorn |
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| Convulsions d'un géant |
| Dans quel état se trouve vraiment la Russie ? Poutine, Primakov ? Jusqu'à quel point l'équipe de Elstine va-t-elle prendre la porte ? |
| Les élections de décembre en Russie vont donner à voir au monde où en est la situation politique. |
| Un aspect seulement de la politique, car la géante Russie, patronne de la nouvelle CEI, n'offre pas qu'un seul visage. C'est toute la complexité de la réalité de ce grand pays qu'évoquent, avec beaucoup d'informations et de nuances, deux incontestables spécialistes que sont Jean Radvanyi et Alexis Berelowich dans cette collection aux objectifs pédagogiques réussis que nous affectionnons particulièrement. Complétée par une liste précieuse de sites de renseignements via Internet. |
| Les 100 portes de la Russie, |
| Editions de l'Atelier, 135 F |
| La crise de 1929 |
| La crise de 1929 a fait l'objet d'un nombre considérable de travaux, notamment aux Etats-Unis. Elle a été notamment marquée par une chute violente de la production, un effondrement de la consommation, de l'investissement et de l'emploi, des crises bancaires à la chaîne et des crises des changes. L'ouvrage que nous propose Isaac Johsua est centré sur l'analyse "des mécanismes ayant guidé le déploiement de la crise". Il privilégie les quatre grands pays industrialisés de l'époque (les Etats-Unis, l'Angleterre, l'Allemagne et la France) dans la mesure où la crise de la périphérie était plutôt une conséquence qu'une cause des perturbations issues du centre développé. L'intérêt d'un retour critique sur cette crise emblématique est bien sûr lié aussi aux préoccupations contemporaines. Une nouvelle grande crise est en effet toujours dans l'ordre du possible, c'est du moins la conviction de l'auteur de ce nouveau livre. |
| Le premier mérite de cet ouvrage est précisément de se nourrir des recherches antérieures et d'en rendre largement compte. En effet, la grande crise de 1929 est un peu un condensé de toutes les crises et en même temps une crise-test pour les interprétations proposées. L'auteur pointe avec beaucoup de clarté les insuffisances des différentes théories, certaines d'entre elles pouvant même être purement et simplement écartées car elles ne sont pas conformes aux données disponibles. Isaac Johsua ne propose pas une modification du découpage des différentes phases de la crise, désormais considéré comme classique et retenu par la plupart des historiens : 1. D'août 1929 à janvier 1931, nous avons affaire à la phase proprement américaine de la crise durant laquelle le surendettement des ménages joue un rôle essentiel. 2. De mai 1931 à juillet 1932 nous entrons dans la phase européenne de la crise. 3. Enfin de novembre 1932 à mars 1933 la crise est liée essentiellement à l'insertion internationale des Etats-Unis et au lien dollar-or. |
| L'auteur prend cependant soin de hiérarchiser les différents facteurs qui ont joué un rôle dans le déclenchement ou la propagation de la crise. Il propose une hypothèse nouvelle (chapitre 5, pp. 111-165), essentiellement en portant un regard nouveau sur tout ce qui précède et ce qui suit cette crise. La thèse de l'auteur est indiquée de manière laconique dans le titre de son livre : la crise de 1929 est une crise de l'émergence américaine. D'après ses analyses, ce seraient les conditions de cette émergence, la rapidité avec laquelle elle a eu lieu, qui ont fait la grande dépression. |
| Les facteurs clés de ce changement sont liés pour l'auteur aux transformations profondes de l'univers socio-économique américain qui interviennent dans les premières décennies du XXe siècle. C'est désormais la fin de la Frontière. On passe très rapidement d'un monde où prédominait le travail indépendant d'entrepreneurs individuels, essentiellement agricoles, à un monde marqué par le salariat et les grandes entreprises industrielles. Pour ne prendre qu'un seul indicateur, on peut par exemple examiner les variations de la part des salaires dans le revenu national (économie privée). Cette dernière reste relativement stable tout au long de la seconde moitié du XIXe siècle (41 % en 1950, 45 % en 1900). En cinquante ans, la part des salaires ne progresse que de quatre points. Or, moins de trente ans plus tard, en 1929, elle atteint 56 %. C'est dire que le rythme des transformations socio-économiques s'est singulièrement accéléré aux Etats-Unis au début du siècle. La crise de 1929 ouvre l'ère des crises à dominante salariale. A partir du moment où les salaires pèsent d'un poids prépondérant au sein du revenu national, leur flexibilité à la baisse devient une grave menace pour l'ensemble du système qu'ils peuvent tirer vers le fond lors des phases régressives. R.PH. |
| Isaac Johsua, |
| la Crise de 1929 et l'émergence américaine, |
| PUF, 1999, 312 pages, 149 F |
| Nouvelles ères politiques |
| La revue Mouvements a consacré son numéro de décembre au devenir des sociétés de l'Est, sous-titré "que sont les espoirs devenus ?" En détaillant, grâce à une bonne connaissance des situations sociales, les structures des sociétés plutôt que d'examiner les appareils politiques, la revue apporte, sur des situations contrastées, un éclairage original, répondant à des questions aussi précises que celles-ci : "y a-t-il un mouvement syndical en Russie", d'après des entretiens avec des dirigeants syndicaux, "où en est la protection sociale" dans ce même pays, etc. Notons deux introductions politiques notoires, celles de Jean-Yves Potel et de Jacques Sapir, qui marquent le retour d'une critique politique fructueuse de situations trop hâtivement et trop souvent classés dans la catégorie "transition vers le marché", et leurs délivrances de bons et mauvais points. Encore une fois, la complexité caractérise nettement ces nouvelles ères politiques. n F.A. |
| Mouvements, n° 6, |
| Ed. La Découverte, 75 F |
| L'Histoire et les hommes |
| Quand un globe-trotter "globe-trotte" depuis ces dix dernières années à l'Est, il finit par connaître du monde. C'est ce qui est arrivé à ce jeune journaliste qui brosse le portrait et questionne des hommes qui ont fait tomber le Mur, illustres ou modestes. Au total, une série de rencontres qui replace des événements aussi fondamentaux que ceux auxquels il est là fait référence (1989) à une échelle humaine. Pour le coup, l'histoire, si elle garde de sa solennité, gagne beaucoup sur le champ de l'aventure humaine, rendant à l'homme ce que les Césars lui subtilisent trop souvent : le devant de la scène. F.A. |
| Nicolas Jallot, |
| De Varsovie à Moscou. Ces hommes qui ont fait tomber le Mur, |
| Editions de l'Atelier. |
| Bilan 2000 |
| Bon. Là, vous ne pouvez pas y couper. C'est le moment où jamais de faire le point sur l'état du monde, se situer à l'aube de l'an 2 000 n'impose-t-il pas cette sorte de travail ? L'annuaire l'Etat du monde 2000 complète un autre état que nous avions bien apprécié (voir Forum n° 52), 80 idées-forces pour entrer dans le XXe siècle, chez le même éditeur. Tous deux arment avantageusement les partisans du penser par soi-même. n F.A. |
| L'Etat du Monde, annuaire économique, géopolitique mondial, |
| La Découverte |
| Tseten Norbu, la force d'une voix discordante |
| Président du Congrès de la jeunesse tibétaine, la principale organisation politique tibétaine, Tseten Norbu fait partie de la deuxième génération des Tibétains vivant en exil depuis la fuite du dalaï-lama des Indes en 1959. Représentant du courant laïque et radical au sein de la communauté tibétaine opposée à la domination chinoise au Tibet, Tseten Norbu exprime une voix discordante de celle du dalaï-lama. Selon lui, les Tibétains sont devenus un mythe confortable pour l'Occident qui y voit une source de réconfort spirituel et de religiosité. Ce mythe contribue à ce que les Tibétains bénéficient d'une grande sympathie dans les opinions publiques occidentales, mais il n'apporte pas la solution politique au problème tibétain. |
| A la différence du dalaï-lama et des religieux conservateurs qui croient à la possibilité d'un compromis avec la Chine, Tseten Norbu milite pour l'indépendance du Tibet et prévoit une reprise de la lutte armée : tout est là, comme avant, les esprits sont prêts, les hommes, impatients. Ils attendent dans les camps de la frontière himalayenne. A.P. |
| Tseten Norbu, |
| la Reconquête du Tibet, |
| Indigène, 1999, 95 F |
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