Regards Janvier 2000 - L'Evénement

LE POINT DE VUE
Une hirondelle ne fait pas le printemps

Par Catherine Tricot*


Depuis ce fameux dimanche, Michèle Alliot Marie, le président MAM, se débat avec l'interprétation de son élection. Rétive au féminisme, elle ne veut pas l'alimenter. Dans ce parti mysogine, elle craint trop pour la légitimité de son élection : aurait-elle été élue parce qu'elle est une femme ou malgré sa féminité ? Elle veut croire que c'est pour son discours. En fait, c'est plus surement parce que les militants du RPR ont vu "la mort de leur parti en face" qu'ils ont choisi une femme.

A défaut d'entendre une ligne politique convaincante, ils ont choisi la révolution culturelle. L'urgente modernisation du parti était devenue une évidence. Par son retour critique sur le Pacs, Nicolas Sarkozy l'avait mise à l'ordre du jour. AlainJuppé avait emboîté le pas en se prononçant en faveur du vote des immigrés. Les adhérents ont continué en chahutant un pan de l'identité de ce parti fier de "chasser en meute", ce parti où les militants sont des "compagnons" et où les femmes, elles, n'ont pas de nom ; ce parti où la commission d'investiture ne comprend aucune femme et est incapable de voir qu'il a sans doute avec Françoise de Panafieu sa dernière carte à jouer pour conserver Paris. L'arrivée de MAM, quelle que soit la réalité de son engagement conservateur, fonctionne comme une ouverture du RPR. Sa culture machiste vient d'être écornée.

Mais l'élection de MAM prend aussi valeur nationale. Certes, avant elle, il y eut une femme premier ministre, des femmes ministres, des femmes préfètes, une femme garde des sceaux. Mais toutes l'ont été par la décision d'un homme. MAM n'accède pas aux plus hautes responsabilités politiques par le fait du prince. Elle devient présidente du RPR contre le prince. Elle n'est pas la première femme responsable d'un parti politique. Dominique Voynet l'était avant elle. Mais les Verts se voulaient alors en marge du jeu institutionnel, quand le RPR est, lui, au coeur de la Ve République.

Sur le plan symbolique, avec l'élection de MAM, le chemin en faveur de l'égalité des femmes en politique est allé jusqu'au bout. L'affaire est désormais entendue : les portes de la politique leur seront ouvertes. En période de défiance politique, les militants, les électeurs accordent même un bonus aux candidates.

La revendication de parité politique est née d'une exigence d'égalité toujours différée. L'accès des femmes aux responsabilités publiques renouvellera certainement les manières d'être une personne publique. Elle travaillera les représentations sexuées des rôles et contribuera à déplacer les lignes séparant espace privé/ espace public. Mais la parité peut s'installer dans l'espace politique en place. Le nombre de femmes parmi les élites peut désormais permettre la perpétuation du système de domination sociale et culturelle. Elle ne constitue pas un socle critique solide. La revendication en faveur de la parité ne peut tenir lieu de pensée féministe radicale. L'élection de Michèle Alliot Marie en est une confirmation. n C.T.


* Rédactrice en chef de Futurs.

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