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Recherches d'avenir... Par Henri Malberg |
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| Certains disent : qu'est-ce que ça change, l'an 2000 ? Pas grand chose. Et pourtant, en écrivant pour la première fois : janvier 2 000, j'avoue un certain plaisir. Dans l'ordre symbolique, ce n'est pas rien. Au nom de l'équipe de Regards, je souhaite à nos lecteurs une bonne et heureuse année. En s'intéressant à notre journal, en le soutenant, en le critiquant parfois, nos lecteurs sont nos meilleurs amis. "Une période de l'histoire se termine, une nouvelle époque se profile" écrit dans son livre si passionnant l'Age des extrêmes, Eric Hobsbawm (1). Nouvelle époque. Pourquoi pas aussi nouvel espoir ? Jamais tant de moyens n'ont existé pour vivre mieux et plus libre. Partout. Jamais encore les humains n'avaient eu la possibilité d'échanger en temps réel leurs connaissances, leurs idées, leurs inventions, leurs lubies. C'est fait. Jamais il n'y a eu tant de moyens de faire reculer la pauvreté, les maladies. Et pourtant, les écarts de richesses, de pouvoirs, de savoirs entre individus, entre groupes sociaux, entre peuples sont immenses. Les capacités humaines décollent littéralement et les rapports sociaux et humains ne suivent pas. Et même régressent. |
| Mais pourquoi serait-ce fatal ? Et pourquoi un idéal de fraternité, de partage ne prendrait pas le dessus ? Et pourquoi l'aspiration communiste venue de si loin dans l'histoire humaine, comme le montre Arnaud Spire dans Forum (2), renouvelée par l'histoire du siècle qui s'achève, ne donnerait pas des clés pour le combat émancipateur ? |
| Question de confiance, question d'audace. Qui aurait dit, l'année dernière, alors que la mondialisation capitaliste semblait irrésistible qu'à Seattle apparaîtrait, à l'échelle du monde, un début de contre-offensive ? Voilà qui en dit long sur les potentiels de notre époque. Rien n'est joué. C'est vrai en France. |
| Un congrès communiste, pour quoi faire ? |
| Janvier 2000, c'est aussi un moment fort de la préparation par les communistes de leur congrès (3). Les questions qu'ils se posent sont simples, mais difficiles à résoudre. Des questions politiques. Et des questions quant à leur façon et leur raison d'être dans le Parti communiste. Sur le fond, qu'est-ce qu'être révolutionnaire, qu'est-ce qu'être communiste aujourd'hui ? Dans le monde et dans la société, tout semble hésiter. Le congrès communiste veut être une contribution forte pour dégager des idées, des propositions et des moyens d'action, pour changer la société, dépasser le capitalisme. Points en débat : dans quel monde vivons-nous et quel monde voulons-nous ? Est-ce le communisme qui a échoué en ce siècle ? Quelle leçon en tirons-nous pour le renouveau du communisme ? Où en est la société française ? Et que veut dire la crise de la politique ? Quel est le projet des communistes, et quelle société proposent-ils de construire ? Qu'en est-il de leur participation à la majorité et au gouvernement de la France ? Et que peut-on faire pour que ça pousse à gauche ? Vaste programme !Trop vaste, peut-être, mais, consultés, les communistes eux-mêmes ont voulu ce questionnement. |
| Etat des lieux |
| Autre facette et non des moindres : quel "état des lieux" du Parti communiste aujourd'hui ? Et de sa presse ? Et quel Parti communiste faut-il pour être à la hauteur du projet de société dont il est porteur ? Les communistes, actuellement, n'hésitent pas et ne doivent pas hésiter à regarder les choses en face, les qualités et les défauts de leur parti. Et ses limites actuelles. Pas par masochisme, mais pour avancer. Les communistes aiment leur parti. Ils savent que beaucoup de choses de ce pays ne seraient pas ce qu'elles sont sans l'intelligence, le courage et parfois le sacrifice de personnes qui se proclamaient avec fierté "militants communistes". En même temps, force est de constater que, si 25 % ou 30 % des Français estiment le Parti communiste, moins de 10 % votent pour lui. Force est de constater qu'il y a comme un fossé, en tout cas un espace difficile à franchir, entre ceux qui sont membres du Parti communiste aujourd'hui, les organisations du Parti communiste et un nombre très important de personnes qui agissent dans la société, qui luttent, qui se considèrent eux-mêmes comme communistes ou proches d'eux. Et tant de jeunes qui restent en marge. Faut-il considérer cette situation comme naturelle, ou s'interroger avec sincérité sur ses raisons et sur la manière d'y faire face ? |
| Conquérants |
| Est-il possible de construire un parti communiste de ce temps à la mesure de ce qu'ont fait les communistes, à diverses époques, en créant le Parti communiste, ou à l'époque du Front populaire. Ou après la Libération. Les structures : cellules, sections, fédérations, direction nationale ont longtemps été considérées comme un modèle de parti politique, fort, discipliné, efficace. Or la vie a changé. Le travail a changé. Les formes d'exploitation ont changé. Les moyens d'information ont changé. Le rapport individu/collectif a changé. Pour le Parti communiste, rester fidèle à la source impose de repenser l'ensemble. Qu'est-ce qu'être un parti politique, un parti communiste influent et efficace dans les conditions d'aujourd'hui ? Voilà ce qui est en débat. Et changer quoi ? |
| Les cellules ? Il s'agit d'une invention d'une grande richesse, puisque c'est un espace de quartier, d'entreprise ou de village dans lequel se retrouvent des personnes de conditions et d'âges différents pour faire de la politique ensemble et agir ensemble. Ou devraient se retrouver... Dans la vie réelle, beaucoup de cellules vivent peu ou pas du tout. Pourquoi ? Crise de la politique et attentes auxquelles le Parti ne répond pas ou mal ? Difficulté de la vie ? Perte de confiance dans la possibilité de changer les choses ? Trop grande habitude d'être ensemble, difficulté à intégrer les forces nouvelles ? Tout cela se discute. |
| Et que faire ? Même quand les cellules fonctionnent bien, suffisent-elles ? Ne faut-il pas diversifier non seulement les voies d'accès au Parti communiste mais la possibilité pour la personne qui adhère de choisir, de participer à des structures différenciées. En clair, le Parti communiste ne doit-il pas ouvrir un large champ d'initiative et d'expérience permettant à des personnes d'être communistes par des canaux autres que la seule structure actuelle, la cellule ? |
| Autre aspect de ce débat : pour que tous les membres du Parti communiste soient à égalité, ne faut-il pas décider d'un lieu géographique dans lequel s'exerce leur souveraineté par le vote et par l'élection des directions ? Tout cela, évidemment, ce n'est pas "de l'organisation" mais profondément politique. Est-il possible de construire, reconstruire, innover afin que le Parti communiste ne se contente pas de gérer son espace, mais décolle comme c'est nécessaire, non pas pour des raisons étroites de parti, mais pour contribuer à faire avancer la société. |
| D'autres questions en découlent. Ainsi le besoin de mieux concevoir les directions du Parti communiste à l'image de la société. Ainsi le besoin d'ouvrir des lieux de travail en commun, accueillant des hommes et des femmes liés au mouvement social qui se sentent concernés par le Congrès du Parti communiste et veulent construire avec lui. |
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1. Voir l'article de Raymond Huard, Regards, décembre 1999. 2. Voir, dans ce numéro, le supplément Forum. 3. A Martigues, les 23-26 mars 2 000. |