Regards Décembre 1999 - Supplément

FORUM/EXPERIENCES/PROPOSITIONS
Continuer à progresser

Par FRANCIS COHEN *


Ce que sera le XXXe Congrès commence à se dessiner. Au long des semaines, des progrès sont faits dans la voie transformatrice qui a été annoncée. Par exemple, il y a un fossé entre ce qui était proposé dans Transparences de juillet avec quatre paquets de questions qui contenaient en elles-mêmes leur réponse et le rapport de Jean-Paul Magnon le 25 octobre où se retrouve l'écho de (presque) toutes les questions que les communistes se posent. Les choses évolueront encore au cours de la préparation. Je voudrais verser quelques observations à cette évolution.

J'ai une inquiétude. A cette date (8 novembre), on ne sait pas encore si on va vers un texte global ou vers sept textes. Je suis résolument contre un texte du type des anciennes résolutions qui parlent de tout, mais pour des textes courts concluant chaque point de l'ordre du jour. Et je suis contre ce qui semble se préparer : une discussion sur des projets préparés par un groupe de travail composé uniquement de membres de la direction sortante (même si on annonce la consultation – sous quelle forme, confidentielle ? – de non-communistes). Je souhaiterais que le Congrès consacre une journée à l'étude par groupes de travail (ou commissions) des sept questions et élabore lui-même la rédaction de ce qui sera rendu public. Je propose que le Congrès adopte une adresse au peuple français courte, lisible, claire, pour dire ce que nous sommes, ce que nous voulons, ce que nous proposons pour l'avenir et pour maintenant et ce que nous attendons des gens.

A ce sujet, je récuse l'idée que notre projet n'est pas lisible : il n'existe pas, ou du moins nous-mêmes ne nous le représentons pas clairement, c'est l'objet du Congrès de l'élucider et il n'est pas sûr qu'il y parvienne. En ce sens, il me paraît risqué d'annoncer un congrès fondateur ; il faudrait savoir de quoi. Pour la poursuite de la discussion, je verrais bien deux moyens. D'une part, multiplier les réunions transversales qui, en plus des réunions statutaires, rassemblent les communistes pour des débats, rencontres, concertations par centres d'intérêt, professions, etc., et cela à tous les niveaux : local, régional et même, le cas échéant, national. Sans se laisser enfermer dans les 48 questions adoptés par le Parti au stade actuel.

D'autre part, assurer la circulation des opinions dans tout le parti. Je suis contre le choc entre deux plate-formes ; l'une du Comité national, l'autre de l'opposition (laquelle ? Il y en a plusieurs et c'est bien). Je suis par contre pour que les tendances puissent exposer largement leur point de vue (ici, dans Transparences qui mériterait alors son nom ou autrement). Si on craint le déséquilibre (et il est à craindre), je souhaite que les partisans de la position du comité national s'expriment largement, en particulier les dirigeants du parti dont on ne sait pas ce qu'ils pensent, puisque le secrétaire national a le monopole des idées nouvelles (que j'approuve, préciserai-je).

Je pense que le Congrès devra discuter de l'histoire du parti. Certains estiment que ce serait de l'auto-flagellation, d'autres que le passé ne les concerne pas. Ils ont tort. Le parti est le produit de son histoire. Ecrire son histoire est l'affaire des historiens et il faut les garder. Mais en donner une appréciation et en tirer des leçons est le devoir du parti. Il y a d'ailleurs une forte attente à ce sujet dans le parti et en dehors. Pourquoi le congrès ne prendrait-il pas une décision pour la célébration de son 80e anniversaire en la motivant ? On pourrait brièvement montrer, par exemple, comment l'acceptation des directives de l'Internationale communiste soumise aux intérêts de l'URSS s'est combinée avec la réponse aux problèmes politiques, nationaux et sociaux de notre pays qui fait du PCF une composante intégrante de la vie politique et sociale tout au long de son existence.


* Ancien directeur de la Nouvelle Critique.

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