Regards Décembre 1999 - La Planète

ELECTIONS PORTUGAISES
Sous le signe de l'abstention

Par Marina da Silva


Voir aussi Résultats des législatives , Votes dans l'immigration , Quelques chiffres

Les résultats des législatives du 10 octobre ont surpris les observateurs. Le Parti socialiste avait bâti sa campagne sur la nécessité d'emporter une majorité absolue et croyait tenir sa victoire jusqu'au dépouillement des urnes.

Avec 43,9% des votes lui donnant 112 parlementaires, il manquait trois députés au PS portugais pour cette majorité tant convoitée. Ce qui n'était pas sans affaiblir sa victoire et ce que n'ont pas manqué de souligner les journaux portugais qui titraient "une victoire amère", "une petite grande victoire", "des espoirs de la campagne à la désillusion des résultats", "la majorité échappe au PS", ou encore "les Portugais, indignés n'ont pas été voter". Ce dernier constat est le plus inquiétant. Avec 3 308 906 électeurs inscrits qui ne sont pas allés voter – supérieur aux 2 359 561 électeurs qui ont donné la victoire au PS... –, l'abstention a été historique. De 33,70 % aux élections de 1995, elle est passée à 38,15 % et aurait été encore plus importante si les registres électoraux n'avaient pas été "nettoyés" (épurés des morts, des fausses inscriptions, etc). Pour mémoire, ce taux était de 14, 36 % en 76 et de 12,87 % en 79. Après 79, il n'a cessé de croître et manifeste de toute évidence un désenchantement et un manque de confiance de la part des citoyens portugais. Le nombre de bulletins blancs est également loin d'être négligeable. 56 856 votes blancs (1,06 %), ce choix d'insatisfaction apparaît comme la sixième force politique du pays. Ce qui est apparu aux analystes comme un "boycott" des élections a également interpellé la classe politique portugaise et faisait dire au Parti communiste "ce sont les gouvernements successifs et les politiques de droite qui ont accentué la dégradation des conditions politiques et sociales du pays". Le PCP qui avait obtenu 15 mandats en 95 en a gagné deux supplémentaires en regroupant ses forces avec le parti écologique dans une Coalition démocratique unitaire qui a obtenu 9,02 % des suffrages. Les votes qui ont fait défaut au PS se sont reportés sur la gauche. Le parti social-démocrate, qui reste la deuxième force politique avec 32,32 % des voix et 83 députés, n'y a rien gagné.

Le Bloc de gauche, la surprise de ces élections

Elément important de ces résultats, le vote à gauche des Portugais s'est surtout exprimé en faveur du tout récent Bloc de gauche et manifeste l'exigence du respect des opinions des partis de l'opposition. Avec deux députés élus à Lisbonne, 70 % des votes provenant du milieu urbain (principalement Lisbonne, Porto et Setubal) et des jeunes, le Bloc de gauche a constitué la surprise de ces élections et montré que les sources de mécontentement populaires ont été engrangées par la gauche. Quelque temps après, l'on apprenait que le PS était cependant sauvé par le résultat du vote des émigrés qui ont élu 3 députés socialistes faisant ainsi passer leur nombre à 115. Si cela ne change pas la lecture du vote des Portugais et la situation d'insatisfaction interne, cela donne au PS la majorité effective et créé une situation inédite en vingt-quatre ans de démocratie portugaise. C'est dans ce contexte que s'est constitué le nouveau gouvernement, le XIVe, avec Antonio Guterres reconduit dans son poste de premier ministre et 17 ministres parmi lesquels quatre indépendants et trois femmes (une de plus que sous le précédent gouvernement). En dehors de Julio Castro Caldas, ministre de la Défense nationale, un indépendant dont la nomination est perçue comme significativement novatrice, peu de changement. Ce qui a fait dire au Parti communiste qu'"il s'agissait davantage d'une recomposition que de la formation d'un nouvel exécutif". Vitor Dias, membre de la commission politique du parti, estimait qu'il y avait "des raisons fondées pour que se poursuivent les aspects les plus négatifs de l'orientation gouvernementale de la législation antérieure". Le PSD, tout aussi sceptique, déclarait qu'il s'agissait "d'une redistribution partidaire et d'un rééquilibrage interne". Quant au secrétaire général de l'UGT, il a souhaité que le gouvernement soit "nommé pour gouverner et non pour attendre les élections suivantes". n

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Résultats des législatives

Par MDS


PS (Parti socialiste), 2 359 561 (43,99 %), 112 députés.

PSD (Parti social-democrate), 1 733 589 (32,32 %), 80 députés.

CDU (Coalition democratique unitaire, regroupement du PCP (Parti communiste) et du PEV (parti écologique), 483 675 (9,02 %), 17 députés.

CDS / PP (Centre démocratique social / Parti populaire) 449 253 (8,38 %), 15 députés.

BE (Bloc de gauche, nouveau parti composé du PSR – Parti socialiste révolutionnaire), trotskiste – et de l'UDP – Union démocratique populaire, extrême-gauche – 131 867 (2,46 %), 2 députés.

Sept autres partis, (MRPP, MPT, PPM, PSN, PH, POUS et PDA) étaient en lice mais totalisaient moins de 1 % chacun.

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Votes dans l'immigration

Par MDS


Europe et monde 171 357 inscrits, 43 040 participants. Europe 97 023 inscrits, 25 711 participants. En France 67 290 inscrits, 14 598 participants. Europe deux député PS. Reste du monde 1 député PS, 1 autre PSD. L'Assemblée est constituée de 230 députés.

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Quelques chiffres

Par MDS


Inscrits 8 672 801 Votants 5 363 895 (61,87 %) Abstentions 3 308 906 (38,15 %) Bulletins blancs 56 856 (1,06 %) Nuls 49 928 (0,93 %)

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