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PLANETE LIVRES Par Sarah Achouline, Marina da Silva, Francine Perrot et Alain Peter |
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| Regards sur des expériences |
| Deux ouvrages proposent une réflexion sur l'action humanitaire aujourd'hui. |
| Le premier, l'Humanitaire en catastrophe de Pierre de Senarclens, après en avoir fait l'historique, s'attache à montrer le brouillage qui pèse sur sa nature et ses objectifs depuis l'effondrement de l'URSS et des pays du bloc communiste. Les ressources des ONG humanitaires provenant principalement du gouvernement américain ou de l'Union européenne, ce n'est pas sans incidence sur leur action. Une action qui, face à des guerres de plus en plus destructrices, est aussi utilisée à des fins idéologiques. Par ailleurs, la confusion entre action humanitaire et aide au développement devient toujours plus grande alors que les ONG ne peuvent pallier les défaillances des mécanismes de régulation internationale. Enfin, l'auteur note que l'humanitaire "apparaît comme une nouvelle expression d'un apolitisme croissant au sein des pays occidentaux". |
| Le second ouvrage, Des choix difficiles, un ensemble de travaux, va encore plus loin dans la critique de l'action humanitaire. Les auteurs sont partie prenante et défendent son bien-fondé avant tout mais ont tous été confrontés à ses limites et contradictions sur le terrain. Ces regards de l'intérieur sont d'autant plus intéressants qu'ils couvrent des conflits importants qui ont défrayé l'actualité et apportent bien des éclairages dont on n'a jamais entendu parler. On recommandera les textes de Romeo A. Dallaire et Ian Martin sur le Rwanda, celui de Mu Sochua sur le Cambodge ou celui de Jean-Christophe Rufin sur le Kosovo. Ce dernier analyse le nouveau pas qui a été franchi dans une situation où ce n'est plus l'ONU mais l'OTAN qui règle les conflits et les conséquences pour les ONG. A propos des peuples auprès desquels elles interviennent, il conclut : "Le pire serait qu'à leurs yeux les droits de l'Homme et ceux qui les défendent n'apparaissent un jour que comme l'une des faces de l'Occident, l'auxiliaire des ses armes et le masque de ses intérêts." n M.D.S. |
| Pierre de Senarclens, |
| L'Humanitaire en catastrophe, |
| Presses de Science Po, 145 p., 75 F |
| Sous la direction de Jonathan Moore, |
| Des choix difficiles, |
| Gallimard, 460 p., 125 F |
| Trafic |
| Objets de culte pour les sociétés africaines, les objets d'art africain sont devenus des marchandises très courues, source de toutes les spéculations pour les collectionneurs internationaux. De véritables réseaux dont les places fortes se trouvent aux Etats-Unis et en Europe – et où la France occupe une bonne position – organisent le ratissage des villages et du sous-sol africain. Dans une enquête de longue haleine et passionnante, Philippe Baqué en dresse l'état des lieux. Le trafic des objets d'art serait le second après la drogue par son importance, autant dire que les intérêts en jeu sont colossaux et mettent en cause de multiples personnalités. On y apprend également que les objets africains et océaniens sont très prisés d'un grand nombre d'artistes et d'intellectuels qui participent ainsi à la légitimation du pillage. Une invitation à réfléchir sur le rôle de l'artiste dans sa société... Pour la société africaine, il semble qu'il soit déjà bien tard et que ses richesses aient été drainées vers le Nord. L'auteur plaide pour une restitution du patrimoine artistique africain, qui pourrait être réalisée en partie. n M.D.S. |
| Philippe Baqué, |
| Un nouvel or noir, |
| Paris Méditerranée, 192 p., 120F |
| Lettres de Mumia |
| Tandis que Mumia Abu-Jamal bénéficie de quelques mois de sursis, son livre est réédité. |
| Si tu crois à la glorieuse démocratie américaine et au rayonnement de son Empire, alors referme immédiatement ce livre... Dans ces pages, tu entendras d'autres voix, celle de l'Amérique noire, de l'Amérique de la révolte, de l'Amérique des cachots et de ses habitants assignés à l'enfer". Ainsi commence l'avertissement au lecteur français, que Mumia Abu-Jamal joint à la réédion de son livre. |
| Journaliste et ancien militant des panthères noires, condamné à la peine capitale pour le meurtre contesté d'un policier, il est incarcéré depuis 1982. Pour la seconde fois, depuis les 17 ans que dure son emprisonnement, et grâce notamment à la pression internationale et à une forte mobilisation de l'opinion publique, son exécution prévue le 2 décembre, a été reportée. Sa série d'articles sur le système carcéral et judiciaire au Etats-Unis et sur la condition des Noirs américains reste douloureusement d'actualité. En effet, "Il y a aujourd'hui plus de deux millions de femmes et d'hommes qui vivent enterrés dans les maisons d'arrêts, les prisons et les pénitenciers américains. Les habitants toujours plus nombreux de cette ville invisible ont proportionnellement la peau plus noire que la société qui les a bannis... Ces voix tu les entendras dans mon livre, ce sont les voix de l'autre Amérique", précise encore l'auteur de ce livre. Déjà, en 1996, "les Noirs, qui représentent 13 % de la population américaine, rassemblent 54 % du million cinq cent mille détenus que totalise la population pénitentiaire (laquelle a triplé en quinze ans) et environ 40 % de la population du couloir de la mort". Aujourd'hui, la vie de Mumia Abu-Jamal est toujours en suspens. Ses avocats, qui font état d'une trentaine de violations des droits constitutionnels durant tout son procès, soulignent que "la voie est ouverte vers un nouveau procès". S.A. |
| Mumia Abu-Jamal, |
| En direct du couloir de la mort, (Live from Death Row). |
| Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jim Cohen, préface de Jacques Derrida, |
| La Découverte/Poche, 56F |
| Oncle Ho |
| A la fois mythique et proche, la personne de Ho Chi-Minh "l'oncle Ho" a symbolisé la lutte et l'émancipation des peuples opprimés. A l'occasion du trentième anniversaire de sa mort, le Temps des Cerises fait paraître un texte écrit en 1920 et édité une seule fois en 1925 : le Procès de la colonisation française. |
| La présentation d'Alain Ruscio situe l'ouvrage dans le contexte de l'après-Première Guerre mondiale et de l'effervescence révolutionnaire qui le caractérise, mais également dans l'itinéraire politique de celui qui s'appelle alors Nguyen Ai Quoc, du nationalisme vers le communisme. |
| Ho Chi-Minh, qui ne fut pas un "théoriciste", dresse un réquisitoire à partir "des extraits des ouvrages qu'ont écrits des coloniaux français" dans toutes les colonies ou protectorats français (Algérie, Maroc AEF, Madagascar, etc.). Les réalités de sa patrie donnent cependant matière à l'essentiel de sa dénonciation. Oui, la colonisation est faussement civilisatrice, qui apprend aux colonisés à vivre en les envoyant se faire tuer, et ferme les écoles pour ouvrir des débits de boisson et d'opium, sur ordre du ministre Sarraut. |
| Oui, l'indigénat est à l'origine d'une exploitation éhontée qui engraisse des fonctionnaires incapables et la toujours efficace alliance du sabre et du goupillon. |
| Oui l'injustice et la cruauté président aux relations entretenues avec les indigènes, en particulier les femmes. La seule réponse à la hauteur de cette oppression est un réveil du prolétariat et de la paysannerie des pays conquis alliés au prolétariat des pays colonisateurs. C'est pourquoi, Ho Chi-Minh met son espoir dans "le Congrès de Bakou, où vingt et une nationalités d'Orient ont envoyé leurs délégués" et devient léniniste. C'est pourquoi il déclare dans son intervention au Congrès de Tours : "Nousvoyons dans l'adhésion à la IIIe Internationale la promesse formelle du parti socialiste de donner enfin aux questions coloniales l'importance qu'elles méritent." n F.P. |
| Compte-rendu de |
| le Procès de la colonisation française d'Ho Chi-Minh, |
| présenté par Alain Ruscio |
| aux éditions Le Temps des Cerises |
| Couple de Chine |
| Dans le huis clos d'un appartement chinois, un couple règle ses comptes. La nuit, épouse et mari s'affrontent à coup de révélations sur leurs passés respectifs qui vont faire éclater leur union. Cependant, en journée, ils laissent croire à leur entourage que tout va pour le mieux. La fin est forcément tragique. Concis, tendu, ce court roman se lit d'une traite. Il comporte aussi une dimension politique qui en fait un vrai témoin de la Chine de cette fin de siècle. En effet, le mari est d'origine paysanne, l'épouse d'origine ouvrière. En décrivant ce couple qui se déchire, Chi Li souligne donc aussi les tensions qui menacent la société chinoise d'éclatement. n A.P. |
| Chi Li |
| Trouée dans les nuages, |
| Actes Sud, 1999, 69 F |
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