Regards Décembre 1999 - Edito

Congrès : ce qui se passe au Parti communiste

Par Henri Malberg


Diverses enquêtes d'opinions et articles de presse ont mis l'accent ces dernières semaines sur la crise de la politique et de la citoyenneté.

Un des textes en débat dans le Parti communiste utilise des mots forts : discrédit des hommes politiques, méfiance à l'égard de la représentation, recul du militantisme, abstentions graves. Mais la sévérité du jugement sur "la politique" n'est pas désintérêt pour les vrais débats politiques. Il y a besoin d'une conception neuve de la politique fondée sur l'honnêteté, la transparence, la proximité faisant droit à la volonté d'être écouté, "de mieux partager le savoir, le pouvoir, les compétences". Ce débat concerne tous ceux qui veulent faire avancer la démocratie dans notre pays, tous ceux qui considèrent que la politique est une grande conquête puisqu'il s'agit du débat, de la prise de position et de l'action en rapport avec l'intérêt général.

A l'évidence, de nouvelles questions sont posées. Les individus, les personnes ont gagné en libre arbitre, ils ne veulent pas seulement être informés, ils veulent décider, participer. Un fort besoin de marier la démocratie directe et la démocratie participative se cherche par tous les canaux dans la société. La préparation du Congrès communiste de mars 2 000 a à voir avec ces questions. Elle le fait en posant avec une grande force les problèmes les plus importants du devenir de la société. La mondialisation capitaliste, les évolutions de la société française, les débats autour du communisme et d'un projet communiste pour la France, l'appréciation de la politique menée depuis l'accès de la gauche au gouvernement. Et les problèmes propres au fonctionnement du Parti communiste lui-même.

Il y a de fortes attentes sociales. Il y a attente de réponses claires sur ce que les uns et les autres proposent pour l'avenir de la société. Et il y a une forte demande de comprendre "comment marche la politique", comment sont les partis politiques. Les questions de la transparence, du fonctionnement des partis, de leur processus de décision, du rôle des adhérents et des dirigeants sont indiscutablement posées. C'est peut-être ici que l'avenir retiendra un événement.

Un défi

Quelque chose de tout à fait nouveau est en train de s'expérimenter au Parti communiste. En place et lieu d'une démarche démocratique classique qui consiste pour une direction à soumettre aux adhérents un projet, des propositions, un bilan, et de leur demander de se prononcer, le Comité national du Parti communiste a proposé aux adhérents de dire eux-mêmes de quoi ils veulent discuter, de choisir l'ordre du jour du Congrès du Parti communiste. Cela à partir de textes adressés en juin à tous les communistes.

Des milliers de contributions ont abouti à des demandes "venues de la base" parfois différentes des textes initiaux. Sur cette base, un ordre du jour comportant une quarantaine de questions a été ordonné en sept points. Un vote des communistes a eu lieu pour savoir s'ils ratifiaient cet ordre.

Presque 60 000 adhérents se sont prononcés. A 87 % pour le texte. Et voici donc un congrès communiste qui commence par le choix par les adhérents eux-mêmes des sujets à traiter. C'est un choc, l'enclenchement d'une dynamique.

Les 20 et 21 novembre, le Comité national a proposé de pousser les feux en adoptant sept textes de réflexion, d'interrogations qui renvoient aux membres du Parti communiste non pas des propositions de choix, mais des éléments de réflexion et de débat. La proposition de la direction du Parti communiste, c'est que les choix, les votes d'orientation aient lieu après tout ce travail collectif, cette autoconstruction politique. De mémoire de militant communiste, et on peut dire de connaissance des pratiques politiques habituelles dans toutes les formations, un tel souci de rendre les adhérents d'un parti maîtres des débats n'a pas d'équivalent.

C'est une façon pour une direction de prendre au sérieux l'idée de démocratie, de pouvoir des adhérents sur leur parti ; une façon de croire effectivement à l'intelligence collective et à la créativité.

Evidemment cette affaire est à suivre. Et pas seulement pour les communistes ou pour ceux qui s'intéressent au devenir du communisme. Il s'agit d'expérimenter une nouvelle façon de faire de la politique et une nouvelle façon d'aboutir à de la cohérence et de la cohésion. Il est fort probable qu'une relance du militantisme sera au rendez-vous. Plus il y a de démocratie dans un parti, plus il y a de la place pour la parole et le choix, plus on a envie d'être ensemble, même quand on est différent. Et plus on a envie de participer et de s'engager.

Evidemment, tout cela n'a de valeur que si des réunions, des rencontres, des débats permettent l'échange et si la circulation des idées a lieu, notamment dans la presse communiste, qui doit permettre de se rendre compte de toutes les idées qui apparaissent.

Comme il a été dit en souriant au Comité national du Parti communiste en pensant aux adhérents et à ceux qui ont envie d'apporter quelque chose à ce débat : à vous de jouer.

Les paroles suffisent rarement à convaincre, surtout quand il s'agit d'une chose si complexe que l'avenir du Parti communiste et sa place dans la société. Le comportement du Parti communiste, ses initiatives, son action comme celle du 16 octobre, comme ce qu'il est en train d'ébaucher pour son fonctionnement, c'est le Parti communiste en actes.

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