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EXPOSITIONS Par Muriel Steinmetz |
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| Henri Michaux, dont la quête intérieure s'instaura au mépris de toute position assise, aurait eu cent ans cette année. Il est à l'honneur à la Bibliothèque nationale de France où une rétrospective lui est consacrée sous le titre "Peindre, composer, écrire", . |
| Au parcours de cette exposition, on peut discerner, en pas moins de huit haltes – de "La Fable des origines" aux "Dégagements" ultimes – la figure de celui qui s'était donné pour tâche de révéler l'inaccessible en se conciliant l'extrême. |
| Haute figure de la modernité, peintre et poète émérite, Michaux passa d'une pratique à l'autre comme "on change de gare de triage". Guetteur anxieux, fouillant le monde comme "on se dépucelle", il n'en finit pas de nous remuer. Mallarmé disait qu'"il faut penser de tout son corps". Michaux s'y est exercé au plus fort. |
| S'exercer à "penser de tout son corps" |
| Ce fils de bourgeois belges, incompris des siens, tôt atteint d'un souffle au coeur ("Cette pompe sans allant, sans mordant, qui commande à ma vie affaissée") ne cesse de se dégager de tout, luttant bec et ongle contre la réalité sinistre en s'armant d'une imagination puissante ("Je suis un sportif au lit"), non sans le souci du scientifique et l'honnêteté du saint. Sceptique né, jamais dupe des signes qu'il déconstruit (onomatopées dans l'écriture, maladresse cultivée du geste de peindre), ce "petit être au souffle court", vit plus vite, voit plus vite, sent plus vite que le commun. |
| Sur la voie des "lointains intérieurs" |
| Sa fièvre native d'homme en débâcle intime traversé de gouffres, de crépitements d'étincelle, éclate au sein du "gong" des mots qu'il invente, autant d'exorcismes, face à l'horreur de la guerre ("Traversée du tunnel"). Sa rage gesticulante prend d'assaut la peinture, avec ses sombres bataillons de figures crispées, de combattants pointus, ses saignées, ses noyades. Il aime l'encre à l'humeur noire, propice à tous les emportements, se démène avec l'huile, si longue à sécher (il use d'un séchoir à cheveu) et qui lui donne des allergies. Son amour pour les dessins de fous, son expérience de la drogue (la mescaline) sous contrôle médical, ont ouvert la voie à des "lointains intérieurs", à la perte de tout appui. Et ce constructeur de royaumes, d'une discipline mentale de fer, jamais ne s'est répété. |
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Bibliothèque nationale de France, Site Richelieu, Galerie Mazarine, 58, rue de Richelieu, jusqu'au 31-12- 99. Tél : 01 53 79 59.59. Catalogue sous la direction de Jean-Michel Maulpoix et Florence de Lussy. Préface de Jean-Pierre Angrémy, éd. Gallimard, 240 pages, 250 illustrations, 350 F. |