Regards Novembre 1999 - Le sens des connaissances

GRAND V
Au boeuf fou/Du fer dans les neurones/Jeux d'enfants/Contre la dépendance

Par Jean-Claude Oliva


Voir aussi IMAGE/Un musée rénové

Au boeuf fou

Avec le recul, la maladie de la vache folle apparaît comme un tournant dans les rapports de la population à l'alimentation bien sûr, mais aussi à un type de développement – technologique et scientifique notamment – de la société. Le professeur Jill-Patrice Cassuto décrit l'encéphalopathie spongiforme bovine, ses précurseurs, sa forme humaine dérivée, nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jacob, ses modes de transmission. Il établit un historique de l'apparition de la maladie et de sa gestion sociale et politique ainsi qu'un parallèle éclairant avec le sida (dont il est un spécialiste). Son petit livre, clair et précis, donne les éléments nécessaires à la réflexion de chacun, avec une pointe de cynisme mais sans jamais d'arrogance.

Jill-Patrice Cassuto,

De la maladie de la vache folle à celle de Creutzfeldt-Jakob,

Editions Odile Jacob, 194p, 120F

Du fer dans les neurones

Une maladie génétique n'appelle pas forcément une thérapie génique. Il "suffit" parfois de corriger le mécanisme défaillant. Encore faut-il l'identifier. C'est ce qu'a réussi une équipe française de médecins et de biologistes concernant l'ataxie de Friedreich. Cette maladie neurologique mortelle s'exprime par des troubles de la coordination motrice et de la sensibilité. Au niveau des neurones de la moëlle épinière se produit une accumulation anormale de fer dans les centrales énergétiques (les mitochondries) qui provoque l'apparition de molécules toxiques pour les cellules. Testée in vitro, puis chez trois jeunes malades, une molécule, l'idebenone, semble agir directement sur ce mécanisme et a donné de premiers résultats encourageants ouvrant la voie à un "simple" traitement médicamenteux de cette redoutable maladie.

Jeux d'enfants

La main à la pâte" est un projet de rénovation de l'enseignement scientifique à l'école primaire. Initiée par Georges Charpak, prix Nobel de physique, cette relance de l'apprentissage des sciences expérimentales est devenue aussi un label, attribué par l'Académie des Sciences et l'Institut national de la recherche pédagogique. Ainsi labellisé, Graines de sciences a été écrit par huit scientifiques de haut niveau, chacun traitant d'un sujet dans son domaine (le Soleil, la Terre, la forêt, les couleurs, les matériaux, musique et vibrations, la cellule, le temps) à l'issue d'un échange approfondi avec des enseignants. C'est une invitation à pratiquer la science, accessible – avec quelques idées d'expérimentation à mettre en place avec les enfants –, et ambitieuse. Autre ouvrage distingué, l'Astronomie est un jeu d'enfant. Une institutrice en maternelle, sans formation théorique particulière en astronomie, Mireille Hartmann, a su se lancer dans l'aventure, stimulée par la curiosité des enfants. Elle fait partager cette expérience passionnante dans un guide, bourré d'idées de jeux pour les tout-petits, s'adressant aux enseignants d'abord mais aussi aux parents et à tous les éducateurs.

Graines de sciences,

ouvrage collectif sous la direction de Isabelle Catala, Pierre Léna et Yves Quéré,

Ed. Le Pommier-Fayard

Mireille Hartmann,

L'astronomie est un jeu d'enfant.

Editions Le Pommier-Fayard, 200p, 99F

Contre la dépendance

Au fur et à mesure de l'entrée dans la toxicomanie, la personne associe la prise de drogue à certains signaux ou images comme la vue d'une cuiller, d'une seringue ou encore une ambiance particulière. La seule rencontre de ces signaux – même des années après sevrage – peut déclencher l'envie irrépressible de drogue. C'est à ce mécanisme de la dépendance que s'attaque une molécule mise au point par l'équipe de Pierre Sokoloff (INSERM U109) donnant de nouvelles perspectives dans le traitement de la dépendance à la cocaïne comme au tabac ou à l'alcool. Testée chez le rat, cette molécule baptisée BP 897, agit sur une des causes principales de rechute des toxicomanes. Des essais cliniques chez l'Homme ont commencé en septembre. Un nouveau médicament pourrait voir le jour d'ici à trois ans.

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IMAGE/Un musée rénové

Par Jackie Viruega


Trois siècles de sciences et de techniques, un musée rénové

Cet équilibriste en ivoire, haut de 28 cm, provient du cabinet de physique de Jacques-César-Alexandre Charles (1746-1823). Exposé au Musée des Arts et Métiers, il fait partie des collections d'objets scientifiques (plusieurs milliers) du XVIIIe siècle dont a hérité le Conservatoire des Arts et Métiers.

Fondé en 1794 par l'abbé Henri Grégoire, installé dans l'ancienne abbaye Saint-Martin-des-Champs, le Conservatoire est dédié à la technique et aux innovations. Sa collection est unique au monde : 15 000 dessins et 80 000 objets, parmi lesquels le pendule de Foucault, les machines à calculer de Pascal, les avions de Bréguet et de Blériot, etc. Le musée renaît aujourd'hui, après des années d'inventaire, de rénovation, de fermeture. Les réserves construites à Saint-Denis comportent une salle de documentation et d'études, des ateliers de restauration et un studio photographique. Rue Réaumur à Paris, un nouveau parcours organise les espaces d'exposition permanente en sept domaines : instruments scientifiques, matériaux, construction,communication, énergie, mécanique, transports. n J.V.

Musée des Arts et Métiers,

60 rue Réaumur, 75003 Paris, ouvert tous les jours sauf le lundi et les jours fériés, de 10 h à 18 h, jeudi jusqu'à 21h.

Tél. 01 40 27 22 20. Fax 01 40 27 26 62.

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