Regards Novembre 1999 - Le sens des connaissances

DECOUVERTE
Le vieillissement du cerveau... ou l'âge de ses artères

Par Nicolas Chevassus-au-Louis*


Parmi les troubles liés au vieillissement, les pertes de mémoire sont les plus durement ressenties par les personnes concernées. Elles sont perçues d'autant plus douloureusement que chacun craint d'y voir les signes annonciateurs de la terrible maladie d'Alzheimer. Cette insistance sur les troubles mnésiques tend à focaliser l'intérêt sur le vieillissement du cerveau , en oubliant que celui-ci n'est après tout qu'un organe comme un autre, également si ce n'est moins affecté par le vieillissement de l'ensemble de l'organisme.

C'est là le mérite de l'ouvrage de Ladislas Robert (1) que de replacer l'étude des mécanismes du vieillissement cérébral dans un cadre physiologique plus général. S'il comprend une utile et accessible présentation des mécanismes du vieillissement cérébral, et en particulier des multiples formes de mort neuronale, ce livre n'est jamais aussi passionnant que lorsqu'il traite des mécanismes extra-cérébraux du vieillissement : mécanismes vasculaires, autour des travaux de l'auteur sur les mécanismes biochimiques de la perte d'élasticité des artères avec l'âge, mécanismes immunitaires et enfin mécanismes hormonaux.

Cette insistance sur les mécanismes extra-cérébraux est d'autant plus pertinente qu'elle ouvre la voix à des approches thérapeutiques prometteuses. En effet, les stratégies visant à prévenir la mort neuronale se heurtent au problème fondamental de la difficulté de percevoir les signes avant-coureurs des démences. Plus de deux ans sont nécessaires à un neuropsychologue pour établir avec certitude un diagnostic de maladie d'Alzheimer après la première consultation pour troubles de mémoire. Deux ans pendant lesquels la perte neuronale se sera poursuivie sans qu'il soit possible d'y remédier. Il est en revanche possible d'envisager des traitements nutritionnels ou hormonaux qui préviendront utilement la détérioration du système vasculaire qui contribue à la maladie.

Terminons par une note d'optimisme : la perte des fonctions cognitives avec le vieillissement peut être limitée en tirant parti des extraordinaires capacités de plasticité du cerveau humain. Le pianiste Arthur Rubinstein expliquait ainsi sa virtuosité intacte à l'âge de 90 ans : "Je joue moins de morceaux, que je répète plus souvent, et en y introduisant des ritardandos avant les séquences rapides." Puisse cette remarquable stratégie de sélection/optimisation/ compensation servir à chacun de nous pour une vieillesse heureuse ! n N.C.


* Chercheur à l'INSERM

1. Ladislas Robert, Viellissement du cerveau et démence, Flammarion, 1998, 198F.

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