Regards Octobre 1999 - Supplément

GRAINS DE SEL
Hiérarchie et méthode Coué

Par Elisabeth Vernay *


Je pense que nous souffrons d'un manque de confrontations d'idées. J'en vois une cause : le centralisme. Pour moi, il est abandonné en théorie pas en pratique. Il existe toujours une échelle de valeur.

En haut ceux qui détiennent le savoir politique. En bas, ceux qui exécutent. Si ces derniers ont leur mot à dire, leur pouvoir de décision reste limité. Avant les dernières élections, j'ai trop souvent entendu dire par des responsables fédéraux et nationaux les "communistes ne comprennent pas notre stratégie". Il fallait donc leur inculquer la bonne façon de penser. Méthode Coué, discours conclusions succédanés des rapports du comité national, plaqués, copiés et souvent mal collés. Il y a eu ensuite l'après résultats des européennes. En parcourant les débats du comité national, j'ai fait une heureuse découverte. Certains de ses membres nous auraient trouvé des traces d'intelligence. Je ne veux pas généraliser. J'ai juste envie de briser la frontière entre le "haut" et le "bas".

Si, dans un dialogue, les personnes en présence se considèrent à égalité, respectent leurs différences, la confrontation d'idées peut s'instaurer. Je crois que l'on éviterait les faux débats "les communistes n'ont rien compris" – si l'on remplace les communistes par les gens on mesure l'ampleur du problème. Nous pourrions aborder des sujets qui dérangent, analyser nos actions, nos réflexions en toute liberté. La critique est encore trop ressentie comme une attaque personnelle à l'encontre des dirigeants.

Un autre sujet m'agace dans sa manière d'être traité, "la mutation". Elle nous est souvent montrée comme une gigantesque montagne. L'effet n'est pas vraiment encourageant. L'expérience de la vie du parti dans ma section me fait dire que la grosse difficulté ne vient pas d'en bas. Cela ne signifie pas que les obstacles n'existent pas. Je crois par contre qu'on peut les lever assez facilement. Quand on est capable de poser des questions, les réponses ne sont pas très loin. Le texte en pose beaucoup sur la vie du parti "en bas". Certaines me paraissent déjà dépassées. Je n'en ai pas vu une seule sur "le haut". Je crois que continuent à persister les sujets tabous, les domaines réservés, sur le rôle des dirigeants, des permanents, le fonctionnement du comité national, sa composition, le cumul des fonctions... Un exemple récent, les régionales : les adhérents pouvaient faire des propositions de candidatures... à partir de ceux qui ne seraient pas élus. Pour les autres, la consultation s'arrête au oui ou non. Les questions abordées dans la dernière partie du texte me semblent très insuffisantes.

La liberté de pensée, de parole, la démocratie sont nos raisons d'être communistes. Les faire vivre au quotidien ne devrait pas être compliqué, même dans le parti. n E.V.


*Fonctionnaire municipale.

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