Regards Octobre 1999 - Vie des réseaux

HOURTIN
La société de l'information à l'étude

Par Xavier Delrieu


La vingtième Université d'été de la Communication qui s'est tenue à Hourtin du 23 au 27 août a été marquée, comme en 1997, par la présence du premier ministre, Lionel Jospin. Il y a tout juste deux ans, son discours avait formalisé l'engagement de la France dans la société de l'information : après avoir stigmatisé le désormais caduque "retard français", il avait défini la place de l'Etat dans le développement des nouvelles technologies. Les objectifs ayant été atteints, il s'agit maintenant de compléter le dispositif mais aussi "d'inventer" une attitude française et nouvelle face à ce secteur en pleine évolution. "Le secteur des technologies de l'information et de la communication pèse désormais 5 % du PIB national : c'est-à-dire plus que le tourisme et autant que les secteurs de l'automobile et de l'énergie réunis", précisait Lionel Jospin lors de son discours du 26 août. Autant dire que les enjeux économiques sont aujourd'hui particulièrement importants. Et le gouvernement n'entend pas être absent de ce secteur : il s'agit même pour le premier ministre de définir une nouvelle approche entre l'Etat et le secteur privé.

Les nouvelles technologies pourraient alors se transformer en un véritable laboratoire grandeur nature : "l'impulsion donnée par le gouvernement à ce secteur stratégique me semble exemplaire de ce que peut être le rôle d'un Etat moderne dans une économie de marché". Ce thème était par ailleurs au centre du débat "Les règles du Net : quelle intervention du politique ?" A cette occasion, Isabelle Falque Pierrotin, maître des requêtes au Conseil d'Etat, a évoqué la rapidité avec laquelle les entreprises définissent leurs propres lois au niveau international, mais aussi le fait que seules les grandes entreprises s'imposent dans un système d'autorégulation pure. Le rôle des Etats est donc de contrebalancer ces décisions du marché. L'idée d'une "corégulation" semble d'ailleurs peu à peu s'imposer aux différents acteurs français du secteur. Cette attitude est d'autant plus volontariste que la France se situait encore en 1998 au 23e rang en nombre d'ordinateurs reliés à Internet. Mais pour le gouvernement, il semble que le temps presse : s'il faut attendre d'avoir définitivement rejoint les pays de tête pour se faire entendre, il sera bien trop tard. D'autant qu'un autre handicap très sérieux se profile à l'horizon : les pays qui sont les plus connectés à Internet sont tous des pays anglo-saxons ou nordiques.

Or, chacun sait qu'ils répugnent à une quelconque intervention de l'Etat sur la construction de ce secteur en plein développement, préférant faire confiance à une autorégulation par le marché. L'annonce de Lionel Jospin est donc novatrice : "le gouvernement présentera au Parlement au début de l'année 2000 un projet de loi sur la société de l'information." Cependant, le gouvernement n'entend pas pour autant s'accaparer la déontologie des réseaux puisque "la nature même de l'internet ne conduit pas à en confier la régulation à une autorité administrative indépendante spécifique (...) le gouvernement proposera la mise en place d'un organisme qui associera, dans un but de concertation et de déontologie, acteurs publics et privés". Cette loi interviendra ainsi à un moment charnière du développement des nouvelles technologies en France. Mais on ne s'étonnera pas que les 29 grands patrons du commerce électronique, membres du Global Bussiness Dialogue on Electronic Commerce, réunis à Paris le 13 septembre, se soient prononcés pour le "laisser-faire" du marché. Pas question de légiférer sur la "société de l'information".

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