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HISTOIRE DE PORTUGAL Par Marina da Silva |
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| Le théâtre portugais reste mal connu de ses voisins européens (compagnies, metteurs en scène, comédiens, critiques...) et c'est sans doute dommage. Ce petit pays qui a une si grande histoire a aussi une histoire du théâtre. |
| Luis Miguel Cintra , metteur en scène et acteur auprès des plus grands réalisateurs portugais (Manoel de Oliveira, Paolo Rocha...) a toujours vécu sa vie pour le théâtre qu'il a d'abord appris à l'Université. |
| 1968, année cosmique... Il est à Avignon où il découvre le Living Theater. |
| A Paris il rencontre le Berliner Ensemble, Grotowski, Strehler... Pour apprendre, les maîtres l'invitent... à demeurer au Portugal. Il apprend vite et fonde, en |
| 1973, sous la dureté du régime salazariste, le Teatro da Cornucopia qu'il ouvre avec le Misanthrope de Molière et qu'il continue à diriger aujourd'hui. |
| 1974, année révolutionnaire... Il donne l'Ile des esclaves et la Dispute de Marivaux puis Grandeur et Misère du IIIe Reich de Brecht. |
| Rappelons que Brecht était interdit de représentation au Portugal jusqu'à la Révolution des OEillets (1). Suivent Tambours dans la nuit, les Petits Bourgeois de Gorki, Casimir et Caroline de Horvath, Et ne peut-on l'exterminer ? de Karl Valentin. La liste est longue. Parmi ses préférés le Labyrinthe de Crête de Antonio José Da Silva et, cette année, un Mariage de Figaro tellement jeune et inventif qu'il a été prolongé durant deux mois. |
| Lorsqu'on l'interroge sur la vitalité de la production théâtrale actuelle, Luis Miguel parle sans complaisance : "C'est un peu confus. Nous avons beaucoup de petites troupes, de gens très jeunes. C'est parfois très intéressant, parfois très mauvais. Mais l'on sent que les choses bougent et qu'il y a beaucoup d'activités pour une petite ville comme Lisbonne ou à Porto." |
| Sur un plateau, sur une scène ou assis dans un bureau, Luis Miguel Cintra dégage la présence et la force intérieure qui font sa signature. Pour lui, jusqu'à il y a seulement quatre ans, la politique théâtrale était une politique d'extermination pour les compagnies indépendantes. Aujourd'hui, elle se partage en deux tendances : "Une qui appuie les compagnies indépendantes, anciennes et nouvelles. |
| Une autre qui appuie le théâtre officiel, dans un système de concurrence comme dans toute l'Europe : grandes salles avec des spectacles étrangers invités, grandes productions luxueuses..." |
| Le prix d'un billet au Théâtre national de Lisbonne est d'environ 75 F. Les théâtres indépendants, même les plus solides, Almada, A Comuna, Malaposta... ne peuvent qu'être sensiblement moins chers. Le salaire "moyen" au Portugal est d'environ 5 000 F pour un professeur de lycée, ce qui met encore le théâtre hors de portée d'un très grand nombre. "De la même façon, pour un comédien ou un metteur en scène, travailler à Lisbonne est bien plus rentable qu'à Porto où il existe cependant quatre théâtres nationaux." Tous comptes faits, |
| Lisbonne demeure le lieu phare. La capitale a même dans sa banlieue son Avignon (à une échelle plus petite et plus humaine) avec le Festival international d'Almada (2). "Ce Festival fondé par Joaquim Benite en 1980 était le Festival des pauvres.. (...) Les années 80 étaient très difficiles. Il n'y avait pas de public. On était isolé de la société. Le théâtre était cher et les gens ne sortaient pas beaucoup. Maintenant, ça change beaucoup, surtout chez les jeunes. Il y a une vie nouvelle." |
| La jeunesse est un thème de recherche pour Luis Miguel Cintra qu'il explore cette année avec Affabulation de Pasolini. "Une pièce extraordinaire qui pose des questions qui m'interrogent. Une pièce très marquée par le contexte des années 60, des mouvements de contestation étudiants en Italie, comme dans d'autres pays. Pasolini y prend des positions très extrêmes et très intéressantes. |
| Il s'interroge sur l'évolution de la société bourgeoise européenne, sur l'industrialisation de l'Italie et sur le passage à une époque nouvelle, en héritier de la guerre et d'une Europe où les classes sociales étaient encore très prononcées." |
| Un conflit entre un grand bourgeois industriel de Milan et son fils, des rapports difficiles entre les générations, toujours actuels. |
| "J'admire beaucoup Pasolini. Jouer une pièce de lui, c'est une façon de le lire, de comprendre sa pensée. J'ai très peur car je vais diriger le spectacle et jouer le rôle principal. La pièce est tellement étrange, tellement tout ce que l'on peut attendre du théâtre. C'est un texte écrit en vers. Nous sommes à deux. Il faut que ce soit une chose simple et dépouillée." n M.D.S. |
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* Né en 1949 à Madrid de parents
portugais voyageurs. Il suit une
formation théâtrale à la faculté des Lettres de Lisbonne et des cours de l'Old Vic de Bristol. En France, il a joué en Avignon, en 1988, avec Maria de Medeiros (un spectacle de Pessoa).
En 1995 et 1997, il a travaillé avec
Brigitte Jacques au théâtre
de la Commune d'Aubervilliers. 1. Carlos Porto,
Histoire du théâtre au Portugal. 2. Cette année, quatre compagnies latino-américaines faisaient d'abord escale à Almada avant d'aller en Avignon. |