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ARTS DU TEMPS Par Muriel Steinmetz |
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Voir aussi Thierry Sigg |
| Cinquante-deux oeuvres, généralement monumentales, venues des cinq continents, peuplent "la plus belle avenue du monde", soit : les Champs Elysées. De la Concorde à l'Arc de Triomphe, la sculpture la plus contemporaine, nationale et internationale, défile en rangs dispersés sous l'oeil amusé des passants. Les oeuvres, gagnées par un sûr gigantisme, se heurtent à leur mise en situation. C'est à croire que les rivalités sous-jacentes s'exposent à coeur ouvert, au vu de l'espace et de l'endroit impartis à chacun. Dis-moi où tu es, je te dirai combien tu vaux... |
| Certaines oeuvres, en effet, semblent servir d'accroche, tandis que d'autres, plus excentrées qu'excentriques, s'invitent sur les pelouses et squares voisins. A ce jeu-là, ne gagnent pas toujours ceux que l'on pourrait croire. Ainsi, le beau monolithe de Ruckriem, les pieds dans l'herbe, impose sa force tranquille de dolmen en vadrouille. Giuseppe Penone également, avec sa forme végétale prise dans le verre, baptisée Biforcazione. Le record de poids est échu à Dietman, avec sa maison de quarante-et-une tonnes, en acier corten, mélange d'art minimal (!) et d'art brut. Juste derrière, Kirili vaut son pesant de blocs de pierres veinées rouge et rose, droit sortis de la carrière de Prémaux en Bourgogne. Il y a de quoi déambuler autour de ce grand canyon de l'imaginaire. Les petits malins s'en tirent plutôt bien. |
| Buren se taille la part du lion, puisque ses drapeaux, très défilé du 14-Juillet, s'affichent tout au long du parcours. Dimitrijevic n'est pas mal non plus, avec ses portraits de "Passants occasionnels" épinglés en bonne place, tout près de l'Obélisque. La proximité des carrefours, qui favorisent l'automobile, desservent parfois les oeuvres. Ainsi, les quinze pieux de bois de Raymond Hains sont noyés dans le flot des voitures. Ailleurs, on ne peut parler véritablement d'accrochage même si la vache de l'Australien John Kelly, rescapée d'une grosse montée des eaux, a dû donner du fil à retordre aux grutiers... Si l'ensemble, disparate, s'avère distrayant, le public ne l'est pas moins. La brève de trottoir prospère. Un gamin, impavide, n'hésite pas à escalader l'Homme à la remorque, de Balkenhol, pour lui mettre les doigts dans le nez. |
| Près du grand mur carrelé, très monsieur Propre, de Jean-Pierre Raynaud une femme, dubitative, s'écrie d'un seul coup d'un seul : "Au fond, tout ça, c'est dans la tête !" Face aux pupitres en acier du Russe Kabakov, un quidam s'esclaffe : "Tention à la sculpture !", ladite sculpture étant constituée d'un gant rouge gisant à terre près d'une flaque de boue menaçant son intégrité territoriale. Cela parle, pourtant, pour qui possède un tant soit peu les clés du sens... Des personnages en bois - taillés dans la masse par le chinois Keping - font pour certains songer à E.T. Près des brouettes du Zimbabwéen Younge, remplies de passeports, de chaussures usées, de quarts de métal, une jeune fille en rollers supersoniques commente en passant : "Sûr, ce sont les massacres en Afrique." Un qui s'approche, énonce : "Mais c'est plein de trucs là-dedans !" Enfin, sous le monumental concentré de fausses oranges en filet de Stockholder, une petite fille interpelle sa mère : "J'ai soif." n M.S. |
| Les Champs de la sculpture 2000 , |
| à l'initiative de la Mairie de Paris, exposition gratuite sur les Champs-Elysées, jusqu'au 14 novembre 1999. |
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Thierry Sigg Par Lise Guéhenneux
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Pour l'exposition au Centre d'art d'Ivry intitulée "Chroniques orbitales", Thierry Sigg continue son travail sur la figure humaine qui est pour lui un signe d'intérêt universel, héritage de la culture occidentale. L'artiste utilise cet outil comme un repère constamment en évolution à partir de ses limites les plus simples.
Le corps de la figure permet d'expérimenter les différentes mises en situation de l'homme dans l'espace, et la façon dont il se projette dans l'univers. Ce signe déjà acquis qu'est la figure humaine, Thierry Sigg le fait circuler dans un espace proche de la fresque, donné par le grand format des toiles, la forme picturale en aplat et les différentes couleurs. La structure de ces images peintes se laisse appréhender facilement : une ligne claire et une construction qui se donne à voir : les superpositions et le dessin transparaissent.
Les grandes plages colorées très maîtrisées agrandissent l'espace tout en le structurant. Thierry Sigg a choisi d'aborder la notion d'espace en se saisissant du répertoire restreint des signes les plus répandus et connus de tout un chacun : les signes du zodiaque. Il part donc d'une représentation consensuelle pour ne laisser personne en route, puis, à mesure que l'on regarde, que l'on passe d'une toile à l'autre, les divers éléments de la composition se mettent à clignoter et la lecture devient plus complexe.
L'évidence devient mouvement que l'on s'ingénie à vouloir suivre. Alors, le rapport frontal devient moins évident, et l'on ne peut que se projeter dans cet espace pictural qui attire, aspire, jusqu'au moment où le visiteur se reprend et mesure son corps à l'échelle des deux salles où sont accrochées les toiles. n L.G.
Jusqu'au 31 octobre, Galerie Fernand-Léger, Centre d'Art d'Ivry |